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	<title>Le Feuilleton de Ficelle &#187; Adèle et les Séraphin</title>
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		<title>Intermède</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Sep 2009 13:23:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Bonjour chez vous, lecteurs, lectrices. Depuis un peu plus de quatre mois (on dirait que c&#8217;est plus long, nan?), vous avez été 590 à passer une ou plusieurs fois sur ce site. Vous y avez lu 2700 pages de texte et êtes restés environ 3 minutes sur le site à chacun de vos passages. Bien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_328" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><img class="size-full wp-image-328" title="1917600478_dec434eb8b" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/09/1917600478_dec434eb8b.jpg" alt="1917600478_dec434eb8b" width="500" height="333" /><p class="wp-caption-text">Crédit: Flick</p></div>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-327" title="spaceball" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/09/spaceball.gif" alt="spaceball" width="1" height="1" /></p>
<p>Bonjour chez vous, lecteurs, lectrices.</p>
<p>Depuis un peu plus de quatre mois (on dirait que c&#8217;est plus long, nan?), vous avez été <strong>590 à passer une ou plusieurs fois sur ce site</strong>. Vous y avez lu <strong>2700 pages</strong> de texte et êtes restés environ <strong>3 minutes sur le site</strong> à chacun de vos passages. Bien sûr, vous étiez déjà quelques-uns à suivre le Feuilleton sur le blog de <a href="http://www.ficelleetboulote.com">Ficelle et Boulotte</a>. Je ne peux que vous en remercier (vraiment très) chaleureusement.</p>
<p>A l&#8217;origine du Feuilleton, deux objectifs: 1) <strong>dynamiser le blog</strong> que nous avons lancé Boulotte et moi en fin d&#8217;année dernière, lui donner une identité, une plus-value. Mais, bien vite, le travail d&#8217;écriture que j&#8217;ai entrepris a nécessité un outil de diffusion plus adapté. Ce blog dédié a ainsi vu le jour. 2) <strong>Me <span style="text-decoration: line-through;">condamner</span> pousser à progresser/persévérer dans une histoire</strong>. Ma grande spécialité (comme celle de 99% des écrivains ratés?): écrire des &laquo;&nbsp;premières pages&nbsp;&raquo; toujours plus palpitantes. Sans jamais écrire aucune page 2.</p>
<p>Je ne pensais pas arriver si loin. Je ne soupçonnais pas que quelques-un(e)s me liraient fidèlement (nan, pas toi Millou, les sœurs ça compte pas!). Bref, j&#8217;ai réussi à me prouver que&#8230; je n&#8217;aime trop ce que j&#8217;écris. Que j&#8217;ai de l&#8217;imagination, mais qu&#8217;elle n&#8217;est pas débordante. Que j&#8217;ai un style&#8230; mais que ce n&#8217;est pas le mien. Conclusion, <strong>pour ce qui est d&#8217;Adèle et ses copains, je pense que l&#8217;histoire va s&#8217;arrêter là</strong>.</p>
<p>Je ne signe pas l&#8217;arrêt de mort de ce blog. Ne l&#8217;enlever pas tout de suite de vos flux RSS. Je risque de revenir avec autre chose, peut-être plus personnel. Ou pas. Je ne sais pas encore. je ne veux pas me coller plus de pression que je ne m&#8217;en mets dans la vie réelle.</p>
<p>Alors, encore une fois, merci. Et je vous dis <strong>à tout de suite</strong>.</p>
<p>NB: Si vous êtes un <strong>éditeur</strong> et que par <span style="text-decoration: line-through;">inconscience</span> chance, cette historiette vous plait, je suis prête bien sûr à la remettre sur le métier, héhé&#8230;</p>
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		<title>Chapitre 23 &#8211; Dérapage</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Aug 2009 09:35:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[« Allô? » Je sortis discrètement du hall et me glissai dans le salon pour répondre au téléphone. Le numéro qui s&#8217;affichait était masqué. Bien que cette idée me mit mal à l&#8217;aise, je souhaitais qu&#8217;il s&#8217;agisse du commissaire. L&#8217;apparition de Komenko m&#8217;avait bouleversée. J&#8217;avais peur à nouveau et je ne savais plus en qui avoir confiance. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_318" class="wp-caption aligncenter" style="width: 492px"><img class="size-full wp-image-318" title="main" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/08/main.jpg" alt="Crédit: Flick" width="482" height="392" /><p class="wp-caption-text">Crédit: Flick</p></div>
<p>« Allô? » Je sortis discrètement du hall et me glissai dans le salon pour répondre au téléphone. Le numéro qui s&#8217;affichait était masqué. Bien que cette idée me mit mal à l&#8217;aise, je souhaitais qu&#8217;il s&#8217;agisse du commissaire. L&#8217;apparition de Komenko m&#8217;avait bouleversée. J&#8217;avais peur à nouveau et je ne savais plus en qui avoir confiance. Je fus presque rassurée quand il me gronda de sa voix grave et paternaliste: « On vient de voir un bateau s&#8217;éloigner des falaises de Ploubelle-île! Qui était-ce, Adèle? Répondez-moi, et pas de conneries s&#8217;il vous plait. »</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>« C&#8217;était Komenko. Andreï Komenko. Il nous a enlevé&#8230; Il a tué Alex&#8230; »</p></blockquote>
<p>Je regardai autour de moi, j&#8217;étais toujours seule. Je me postai dans le cadre d&#8217;une porte-fenêtre donnant sur le jardin, scrutant les alentours, à l&#8217;affût. « C&#8217;était Komenko. Andreï Komenko. Il nous a enlevé&#8230; Il a tué Alex&#8230; » Je pleurais presque, ma voix se brisait à mesure que les mots sortaient de ma gorge. Je ne voulais pas parler, mais une force irrésistible me poussait à me confier. Il n&#8217;était pas du côté des méchants&#8230; Et moi non plus&#8230; C&#8217;était peut-être la solution pour blanchir Jean et Robin. Montrer au commissaire qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas coupables, qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas les monstres qu&#8217;il imaginait.</p>
<p><span id="more-317"></span>« Ecoutez moi attentivement, Adèle. Vous ne bougez pas. Vous ne faites aucun coup d&#8217;éclat, vous montez dans votre chambre, vous ne parlez à personne. J&#8217;arrive. Je viens vous chercher, vous devez tout nous raconter&#8230; Et en détails. Je suis là dans moins d&#8217;une heure. » Il raccrocha de façon pour le moins abrupte et je restai là, comme un petit animal paumé, comme un Bambi qui vient de perdre sa mère. Mes larmes coulaient le long de mes joues sans que je ne fis grand chose pour les retenir. C&#8217;était la fin du rêve (ou du cauchemar?), j&#8217;avais craqué, j&#8217;étais passé de l&#8217;autre côté de la barrière, je pouvais dire adieu à Jean, aux Séraphin, à Robin même&#8230; Puis, sans qu&#8217;aucun bruit ne m&#8217;ait alertée, je sentis une main glisser le long de ma nuque, puis remonter jusqu&#8217;à mes cheveux détachés et encore humides&#8230; Lentement. Je me retournai brusquement et plongeai mes yeux dans ceux de Robin. Il souriait, d&#8217;un air mélancolique.</p>
<p>« Qui était-ce? Demanda-t-il doucement. A qui parlais-tu de Komenko? » Je soutins son regard, essayant de décrypter l&#8217;expression sur son visage. Sa main se baladait sur moi, suivant les lignes de mon front, des mes pommettes, sensuelle et dangereuse. Nous restâmes quelques secondes dans cette contemplation méfiante, des secondes qui me parurent des heures. Et puis je craquai, me liquéfiant littéralement, comme une gamine prise en flagrant délit de vol à l&#8217;étalage: « C&#8217;était le commissaire Martin, il veut savoir ce qui se passe ici, lâchai-je dans un sanglot. Il est venu me parler hier, il m&#8217;a mis une pression d&#8217;enfer&#8230; Et de revoir Komenko, j&#8217;ai eu peur, je n&#8217;ai pas su&#8230; Je suis désolée&#8230; » Robin ne me quittait pas des yeux. Sa main était fermement posée sur ma joue. Il semblait perdu dans ses pensées. Songeur. Puis il dit:</p>
<p>« Ce n&#8217;est pas grave, Adèle. Nous n&#8217;avons rien à nous reprocher. Ni toi d&#8217;ailleurs. Mais, dans notre famille, nous avons l&#8217;habitude de régler nos problèmes nous-mêmes. La police n&#8217;a rien à voir dans nos affaires. Ce Martin, il se fait des idées. Il s&#8217;attaque aux mauvaises personnes&#8230; Ne t&#8217;inquiète pas. Je veille sur toi. » Il fit une pause avant de reprendre: « Par contre, pas question qu&#8217;il nous trouve ici. » Et m&#8217;attirant contre lui, il me serra dans ses bras un long moment. J&#8217;étais pétrifiée. Partagée entre deux sentiments aux antipodes l&#8217;un de l&#8217;autre. L&#8217;appréhension d&#8217;abord. Qu&#8217;entendait-il par cette dernière phrase? Où comptait-il m&#8217;emmener? Qu&#8217;allait-il faire de moi? Une boule d&#8217;angoisse s&#8217;était formée au creux de mon estomac&#8230; Et puis, me laissant aller dans ses bras, je pris conscience de l&#8217;ambivalence de ma position. J&#8217;étais bien là. Il sentait bon. La douceur de son souffle dans mon cou me fit même frissonner. Me repoussant légèrement vers l&#8217;arrière, il me regarda longuement, alors que je pleurais toujours, doucement. Et puis il m&#8217;embrassa langoureusement et je lui rendis son baiser.</p>
<p>Sans relâcher son étreinte, il m&#8217;entraina dans le petit bureau attenant, dont il ferma la porte d&#8217;un petit coup de pied maitrisé. Il m&#8217;assis sur la banquette accolée à la bibliothèque et me déshabilla de ses mains expertes. Pas un geste brusque, une fausse note. Je me laissai faire, impuissante à repousser ses assauts. Il me prit là, sans ménagement, sans un mot. Un délice coupable qui ne nous prit que quelques minutes. Extrêmement intenses. Alors qu&#8217;il se redressait, il m&#8217;attira à nouveau vers lui et me souffla: « Tu ne peux plus reculer maintenant, Adèle. Tu dois venir avec moi, tu es à moi&#8230; Tu es à nous. » Etourdie par notre étreinte, je ne relevai pas ses derniers mots, qui pourtant aurait dû me glacer le sang. Me rhabillant maladroitement, je le vis ouvrir un passage dans la bibliothèque (un autre?), puis se tourner vers moi, m&#8217;attraper le bras et m&#8217;attirer à l&#8217;intérieur. Tremblante, je le suivis sans faire mine de résister, asservie à cet homme dont tout l&#8217;être m&#8217;inspirait à présent du désir. Une fois le passage refermé sur nous, il colla son corps sur le mien, debout. Il m&#8217;embrassa à nouveau, me fit l&#8217;amour à nouveau. J&#8217;étais à sa merci.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Alors que nous sortions silencieusement de la grotte, je soufflai à Robin, bien malgré moi: « Et Jean? »</p></blockquote>
<p>Nous restâmes là un temps indéterminé, quand nous perçûmes des bruits à l&#8217;extérieur. « Ils arrivent, suis-moi. » L&#8217;ordre intimé à mon oreille ne pouvait en aucun cas être négocié. Tirée par la main, je tentai de le suivre dans sa marche rapide et décidée, dans le noir du tunnel. Nous parvînmes à une grotte, différente de celle que j&#8217;avais découverte avec Jean. Oh, Jean! Qu&#8217;avais-je fait! Alors que je me débattais avec ma culpabilité, j&#8217;aperçus Maxime et Julien en contrebas, qui chargeaient du matériel et des cagettes sur la vedette qui nous avait ramenés à bon port la veille. Ils levèrent les yeux vers nous, et Julien s&#8217;écria: « Qu&#8217;est-ce qu&#8217;elle fait là? On n&#8217;était pas sensé l&#8217;emmener! Qu&#8217;est ce que tu branles Robin? » Son grand frère, me tirant toujours derrière lui, descendit rapidement au bas de l&#8217;escalier taillé à même la roche. « T&#8217;occupes, intima-t-il à son cadet. Où sont Joséphine et Ariane? » C&#8217;est Maxime qui lui répondit: « Ariane est introuvable. J&#8217;te parie qu&#8217;elle boude dans un coin de l&#8217;île. T&#8217;inquiète pas pour elle, elle saura quoi faire en cas de problème. Elle connait la procédure. Elle sera au point de rendez-vous dans 36 heures. » Il marqua une pause et reprit: « Joséphine par contre, je sais pas ce qu&#8217;elle a fichu. Après le départ d&#8217;Andreï, elle est montée dans sa chambre. Je pense qu&#8217;elle a bouclé ses bagages et s&#8217;est tirée. Comment? J&#8217;en sais foutre rien. »</p>
<p>Robin s&#8217;assombrit d&#8217;un coup. Sa sœur chérie. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;elle avait bien pu manigancer? Et s&#8217;adressant à Maxime et Julien: « Ce fouille-merde de Martin va pas tarder. On met les bouts tout de suite. Pas question de revenir ici avant quelques temps. Direction la plate-forme. » Les trois hommes m&#8217;aidèrent à monter dans le bateau, qui démarra au même moment. Alors que nous sortions silencieusement de la grotte, je soufflai à Robin, bien malgré moi: « Et Jean? » Il me dévisagea le regard vide, puis me répondit: « Où nous allons, il t&#8217;attend déjà. » Et Maxime fit rugir le moteur sous les nuages de cette bien étrange journée.</p>
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		<title>Chapitre 22 &#8211; Insinuation</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Aug 2009 10:49:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Le lendemain matin, je me réveillai seule au milieu du grand lit de Jean. Sa chambre se situait au fond du couloir du premier étage. Il fallait grimper quelques marches intermédiaires pour parvenir à son « antre ». Les murs, d&#8217;un gris souris impeccable, étaient nus. Tout comme le reste de la vaste pièce, où n&#8217;étaient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_298" class="wp-caption aligncenter" style="width: 337px"><img class="size-full wp-image-298" title="ponton" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/08/3003154457_0498aee0b3.jpg" alt="Crédit: Flick" width="327" height="500" /><p class="wp-caption-text">Crédit: Flick</p></div>
<p>Le lendemain matin, je me réveillai seule au milieu du grand lit de Jean. Sa chambre se situait au fond du couloir du premier étage. Il fallait grimper quelques marches intermédiaires pour parvenir à son « antre ». Les murs, d&#8217;un gris souris impeccable, étaient nus. Tout comme le reste de la vaste pièce, où n&#8217;étaient disposés qu&#8217;un large fauteuil club et une armoire massive en bois sombre. Ses draps étaient frais et doux, couleur crème. Je m&#8217;y prélassai quelques minutes, pensive. J&#8217;avais entendu Jean se glisser hors du lit aux aurores, mais ne l&#8217;avais pas retenu. Il s&#8217;était habillé très vite puis avait quitté la chambre, et sans doute l&#8217;île. Il m&#8217;avait fait comprendre à demi-mots la veille qu&#8217;il s&#8217;absenterait sans doute quelques jours. Je n&#8217;avais pas eu le cœur à en savoir d&#8217;avantage. Il ne fallait d&#8217;ailleurs en aucun cas que j&#8217;en sache d&#8217;avantage. Ce fouille-m**£&amp;* de commissaire devait m&#8217;appeler dans la journée et il n&#8217;était pas question que je lui donne une quelconque information qu&#8217;il n&#8217;ait déjà.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Je fus parcourue d&#8217;un violent frisson en identifiant l&#8217;un d&#8217;entre eux.</p></blockquote>
<p>Alors que je sortais de la douche et enfilai un large pull en coton sur mon jean, je tendis l&#8217;oreille. Au-dehors, je perçus du mouvement. Je me postai à la fenêtre, en prenant soin d&#8217;être cachée par les lourds rideaux camel qui encardaient le chambranle. Je vis alors Maxime courir à travers le jardin, droit vers l&#8217;entrée du manoir. Il faisait des grands signes à la personne qui devait sans doute se tenir sur le perron, hors de ma vue. En fouillant les feuillages au bout du parc, qui cachaient les falaises et ne laissaient voir qu&#8217;un petit bout de mer, je sus qu&#8217;un bateau avait accosté. Un gros bateau. Un yacht? Des hommes apparurent à l&#8217;orée de la clairière. Je fus parcourue d&#8217;un violent frisson en identifiant l&#8217;un d&#8217;entre eux.</p>
<p><span id="more-296"></span>Je sortis précipitamment de la chambre, courus jusqu&#8217;à l&#8217;escalier, en dévalai les marches quatre à quatre, et parvins en bas juste à temps pour apercevoir Andreï Komenko, à l&#8217;entrée de la maison, salué froidement par Robin et Joséphine. « Qu&#8217;est-ce que tu veux Andreï?, grinça Robin, beaucoup moins poli que <a href="http://www.lefeuilletondeficelle.com/2009/05/08/chapitre-12-migraine/#content" target="_blank">lors de leur dernière rencontre</a>, tandis que je me recroquevillai derrière la rampe du grand escalier, non loin de Julien et Ariane. Alex est mort&#8230; Tout ça pour quoi? Une embrouille entre toi et Père? » Komenko l&#8217;observait, encadré par deux molosses, pas loin de ressembler à des caricatures de Schwarzi, option Terminator. « Ton père et moi, on a pas réussi à se mettre d&#8217;accord. L&#8217;échange que je proposais ne lui a pas plu&#8230; C&#8217;est Alex qui a payé. Je le&#8230; hum&#8230; regrette. Maintenant, si ton père ne veut pas qu&#8217;il y ait d&#8217;autres cadavres, il va falloir qu&#8217;il change de ton. »</p>
<p>Aucun des enfants Séraphin ne réagit à cette&#8230; révélation? Komenko ne savait donc pas que son « banquier » n&#8217;était plus de ce monde? Et de quel échange voulait-il parler? Le silence se fit sur notre petite assemblée. Alors que Robin faisait quelques pas de côté, le visage dans les mains, faisant mine de réfléchir, Ariane et Julien se regardaient du coin de l&#8217;œil, tandis que Joséphine observait toujours leur interlocuteur, en se balançant discrètement (mais sûrement) d&#8217;une jambe sur l&#8217;autre. Elle était visiblement mal à l&#8217;aise. Andreï Komenko la fixait d&#8217;un air bizarre, pendant deux à trois minutes, longues et étrangement calmes. Ce fut Julien qui se risqua à mettre les choses au clair: « Mais, Andreï, Alex ne vous a donc pas dit ce qui c&#8217;était passé au manoir? Ni Blanche? » Avant que Komenko n&#8217;ait pu réagir, Robin s&#8217;interposa: « Quels étaient les termes de l&#8217;échange, Andreï. Père n&#8217;est plus là. Alex&#8230; l&#8217;a tué. Et nous ne te devons plus rien. »</p>
<p>Le visage de Komenko exprima une brève surprise. Puis, le malfrat russe sourit. « Non, votre frère a été plutôt discret concernant le sort de son père&#8230; Et Blanche n&#8217;a que peu l&#8217;occasion de s&#8217;exprimer. » Alors que j&#8217;imaginai l&#8217;ex-future belle-mère de Jean et Robin enfermée dans une cabine du yacht, malmenée par son oncle (pour quelle raison déjà?), Komenko fixait toujours Joséphine, d&#8217;un air presque&#8230; interrogateur. Il reprit: « Les termes de l&#8217;échange ne me semblent plus si&#8230; opportuns, dans ces conditions. Plus rien ne me retient ici. » Et il tourna les talons. Quoi? C&#8217;était tout? Je bouillonnais, mais cette affaire n&#8217;était pas ma bataille&#8230; Je dûs me retenir d&#8217;interpeller le Russe. Heureusement, Robin s&#8217;écria, le visage déformé par une colère rentrée: « Attends, espèce de salopard! Tu butes notre frère, tu viens faire ton mariole ici&#8230; Tu nous dois des explications! » Komenko s&#8217;arrêta net. Sans se retourner, il lui fit cette réponse, petit cadeau aux relents de bombe atomique: « Je parie qu&#8217;Alex n&#8217;est pour rien dans la mort de ton père&#8230; Et si tu veux te faire une idée sur toute cette affaire, tu n&#8217;as qu&#8217;à demander à ta sœur&#8230; » Et il repartit en direction des arbres, droit vers le ponton nord.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>« Qu&#8217;est-ce tu crois? Que j&#8217;ai buté ce salopard qui nous servait de père? Lâche-moi, merde! »</p></blockquote>
<p>Tous autant que nous étions, nous restâmes interdits quelques secondes. Et puis Robin se tourna vers Joséphine, tandis que Julien avait attrapé Ariane par le bras, le lui secouant d&#8217;un air rageur. C&#8217;est Robin qui commença: « Joséphine, je ne veux pas céder à la paranoïa. Je sais qu&#8217;Andreï est un malade qui ne cherche qu&#8217;à nous monter les uns contre les autres. Il l&#8217;a toujours fait. C&#8217;est un pourri&#8230; Mais si tu as quelque chose à nous dire, c&#8217;est le moment. » Il regardait sa cadette d&#8217;un air neutre, attendant simplement une réponse claire et négative de la part de Joséphine. Ce que sa sœur s&#8217;empressa de lui fournir. « Je t&#8217;assure, dit-elle, les yeux visiblement embués de larmes (l&#8217;émotion?), je ne sais pas du tout de quoi il parle! Père, Alex&#8230; Il a avoué! Andr&#8230; Komenko&#8230; Il raconte n&#8217;importe quoi! »</p>
<p>Robin se détourna et fixa Julien et Ariane. Cette dernière hurlait: « Mais tu vas me lâcher espèce de taré! Qu&#8217;est-ce tu crois? Que j&#8217;ai buté ce salopard qui nous servait de père? Hein, c&#8217;est ça que tu crois? Lâche-moi, merde! » Elle se débattait et finit par balancer un coup de genou dans l&#8217;entrejambe de son frère, qui poussa un cri et tomba en arrière, libérant sa proie. Ariane se tourna vers nous. « T&#8217;es bien capable de penser ça de moi, hein, toi aussi, dit-elle à Robin, d&#8217;une voix forte et amère. Ben tu te fourres le doigt dans l&#8217;œil. Et pis merde, je me casse. » Elle s&#8217;enfuit vers les cuisines. On entendit une porte claquer, et puis plus rien. C&#8217;est à ce moment-là que je sentis mon téléphone vibrer dans ma poche de jeans.</p>
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		<title>Chapitre 21 &#8211; Enquête</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Jul 2009 16:05:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: Flick « Mademoiselle Laurrisson, c&#8217;est ça? » Il me regardait d&#8217;un œil amusé et plutôt bienveillant. Le commissaire était un homme rondelet, au visage avenant, un peu rougeot. D&#8217;vait s&#8217;enfiler pas mal de litrons de cidre brut celui-là&#8230; Je gardai ma réflexion pour moi et lui répondis: « Oui? Je peux vous aider? Vous chercher quelqu&#8217;un en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-272" title="banc2" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/07/banc2.jpg" alt="banc2" width="338" height="500" /><em> </em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: Flick</em></p>
<p>« Mademoiselle Laurrisson, c&#8217;est ça? » Il me regardait d&#8217;un œil amusé et plutôt bienveillant. Le commissaire était un homme rondelet, au visage avenant, un peu rougeot. D&#8217;vait s&#8217;enfiler pas mal de litrons de cidre brut celui-là&#8230; Je gardai ma réflexion pour moi et lui répondis: « Oui? Je peux vous aider? Vous chercher quelqu&#8217;un en particulier? » « Oui, vous. Je vous cherchais, vous. Vous me suivez? » Il me fit signe de le devancer dehors. Nous sortîmes sur la terrasse, puis il m&#8217;invita à faire quelques pas dans le jardin. « Je souhaitais vous parler en privé, mademoiselle. Je sais que vous venez d&#8217;arriver, mais&#8230; Connaissiez-vous la famille Séraphin avant de venir vous installer à Ploubelle-île? » « Non, pas du tout », répondis-je, du tac au tac, encore intimidée et angoissée à l&#8217;idée de ce que ce policier souhaitait tirer de notre conversation.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>« Je souhaite seulement que vous me teniez un peu au courant de ce qui se passe ici. Des allers et venues des membres de la famille&#8230; »</p></blockquote>
<p>Il me conduisit dans un recoin du jardin, où nous nous assîmes sur un petit banc de pierres. L&#8217;endroit était charmant. « Je vous explique, reprit-il. Nous enquêtons sur certains membres de cette famille. Et d&#8217;autres, qui semblent avoir&#8230; disparu. Je sais que vous êtes étrangère à cela&#8230; N&#8217;est-ce pas? Mais j&#8217;ai besoin de votre aide. J&#8217;ai besoin que vous collaboriez avec nous. » Je restai sans voix. « Euh, oui. Je ne sais pas&#8230; Je ne comprends pas très bien ce que vous attendez de moi&#8230; »</p>
<p><span id="more-271"></span>J&#8217;étais dans mes petits souliers. « C&#8217;est très simple. Ne vous inquiétez pas, je ne vous demande pas de jouer un double jeu&#8230; Je souhaite seulement que vous me teniez un peu au courant de ce qui se passe ici. Des allers et venues des membres de la famille&#8230; Je sais que votre sœur&#8230; Lucie, c&#8217;est ça? Je sais que votre sœur fait partie de la maison. Elle travaille au commissariat de Marseille, non? » Ah oui. Il s&#8217;était renseigné. J&#8217;étais coincée. Maudite Lulu. « oui, c&#8217;est ça. Elle a été nommée là-bas il y a quatre ans. » Je réfléchissais à cent à l&#8217;heure. « Ecoutez, je ne sais pas trop quoi vous dire&#8230; Je ne peux rien vous promettre. Je ne les connais pas bien&#8230; » Il sourit. « J&#8217;ai vu que Jean et Robin Séraphin vous tenaient déjà en haute estime, j&#8217;me trompe? » Il était loin d&#8217;avoir les yeux dans le godet de cidre, argh. « Oui, heu, nous nous entendons déjà assez bien. J&#8217;ai été très gentiment accueillie ici, je ne voudrais pas&#8230; » « Non, je vous le redis, nous n&#8217;avons pas l&#8217;intention de vous mettre en porte-à-faux par rapport à vos nouveaux employeurs. Je vous téléphonerai tous les deux jours environ, pour savoir un peu ce qui se passe ici, c&#8217;est tout. Et d&#8217;ailleurs&#8230; Vous êtes sûre de n&#8217;avoir vu ni Alex, ni monsieur Séraphin depuis votre arrivée? » « Hum&#8230; Non, je vous l&#8217;ai dit, je&#8230; » J&#8217;étais nulle en mensonges.</p>
<p>« N&#8217;en dites pas plus. Je sais que vous ne me dites pas toute la vérité. De la même manière que je sais que vous n&#8217;êtes pas venue ici en train. Votre sœur nous l&#8217;a dit. » Mais de quoi elle se mêlait-elle celle-là&#8230; toujours à balancer les copines, scr***&amp;?! « Ce n&#8217;est pas grave, ajouta le commissaire dans un sourire. J&#8217;ai bien vu le petit jeu des deux aînés, là&#8230; Ils vous ont fait peur, ou ils vous ont embobinée avec leurs belles gueules. J&#8217;me formalise pas pour ça. Je sais que vous n&#8217;êtes pas dans le coup. Alors maintenant, vous avez plutôt intérêt à m&#8217;aider à les coincer. Vous n&#8217;êtes pas d&#8217;accord? » Sa question n&#8217;appelait pas de réponse. J&#8217;étais prise au piège (<a href="http://www.lefeuilletondeficelle.com/?p=50" target="_blank">une fois de plus?</a>), en effet. Je hochais la tête en baissant les yeux. Il reprit: « Très bien, on s&#8217;est compris. Si par hasard, notre collaboration connait d&#8217;autres aléas, je vous rappellerai votre engagement. Vous ne voulez pas devenir complice de ces gens-là? Vous ne savez rien, ou très peu de leurs agissements. Mais, il y a des choses pas très belles à entendre sur cette famille. Et si le père est une ordure, les enfants, filles comme garçons, sont pires. »</p>
<p>Alors que je faisais mine de me lever, le commissaire Martin me retint. « Pour vous convaincre que vous êtes du côté des gentils, je vais vous faire un petit topo sur le palmarès familial. » Je soufflai: « Je ne tiens pas&#8230; » « Si, si, vous y tenez. » Il m&#8217;attrapa la manche et me fit rasseoir un peu brutalement. « Juste pour marquer un peu votre petit cerveau. D&#8217;abord, le père. Un mafieux, ou au moins un banquier de mafieux. D&#8217;envergure internationale. Il fait faire le sale boulot par ses rejetons. Le liquidateur, c&#8217;est Jean. Il aurait tué une trentaine de « partenaires » gênants. C&#8217;est ce qu&#8217;en pense Interpol en tout cas. Alex est le rabatteur, il ramène les proies à plumer, celles à sauter. Robin, Joséphine, les beaux parleurs&#8230; On ne sait pas trop quel est réellement leur rôle dans le dispositif paternel. Mais on ne va pas tarder, hein? Ariane et Julien ont été à bonne école. Elle, elle s&#8217;est fait virer de plusieurs établissements, a fait un petit séjour en maison pour adolescents délinquants. Elle est soupçonnée d&#8217;avoir étranglé un camarade de classe. On a jamais eu de preuves&#8230; Elle a été chopée plusieurs fois pour trafics divers. Lui, rien de concret, mais il est pas blanc-bleu, c&#8217;est clair. » Je n&#8217;avais pas envie d&#8217;en savoir d&#8217;avantage. D&#8217;ailleurs, tout ça, je m&#8217;en doutais.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Comment éviter de jouer les agents doubles? Il était hors de question de mettre en danger Robin, Jean ou les autres&#8230;</p></blockquote>
<p>Je me levai et il ne me retint pas. Je l&#8217;entendis cependant lancer derrière mon épaule: « Je vous appelle demain, laissez votre portable allumé&#8230; » Je ne me retournai pas. Cet homme-là m&#8217;était extrêmement antipathique. Comment éviter de jouer les agents doubles? Il était hors de question de mettre en danger Robin, Jean ou les autres&#8230; Mais, si tout ce qu&#8217;avait dit le commissaire était vrai, était-ce à moi de protéger les Séraphin? Jean&#8230; Je ne pouvais pas perdre Jean! Déjà&#8230; Mais pouvais-je imaginer ma vie avec ce&#8230; meurtrier? Tout devait être de la faute de leur père. Il était mort, peut-être allaient-ils changer de vie, d&#8217;orientation? Et puis, Komenko devait revenir, c&#8217;était lui le méchant, pas eux&#8230; Je ne pouvais pas les vendre. Comment allais-je jouer cette partie? Misère&#8230;</p>
<p>Alors que je m&#8217;apprêtais à passer la porte-fenêtre du grand salon, je sentis une main m&#8217;attraper l&#8217;épaule. « Alors, qu&#8217;est-ce qui t&#8217;voulais le flic? » Je sursautai en reconnaissant Ariane. « Heu&#8230; Il voulait me poser des questions sur mon voyage&#8230; Il ne croit pas que je suis venue ici en train&#8230; Il recherche Alex. » Mon cœur battait à tout rompre, mon mensonge devait être écrit en turquoise sur mon front&#8230; Je soutins pourtant son regard. « Ah. Et tu lui as dit quoi? » fit Ariane, soupçonneuse. « Rien&#8230; Que si, j&#8217;avais pris le train et que non, je ne savais pas où était Alex. » « Ouais. » Elle me croyait? Pas sûr. « T&#8217;as pas intérêt à l&#8217;ouvrir, hein, j&#8217;t'ai à l&#8217;œil. » « Comment tu parles à Adèle, dis donc! Qu&#8217;est-ce que ça veut dire, Ariane! Tu n&#8217;as pas à la menacer&#8230; » C&#8217;était Robin, qui venait de surgir derrière nous. « Elle papotait tranquille avec le flic dans le jardin&#8230; J&#8217;lui demande seulement ce qu&#8217;elle lui a raconté », se défendit Ariane en tournant les talons. Avant de quitter le salon, elle me jeta un coup d&#8217;œil plein de méfiance. Un regard qui me fit baisser les yeux.</p>
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		<title>Chapitre 20 &#8211; Romance</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Jul 2009 14:47:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: Flickr Alors qu&#8217;au-dehors, le soleil d&#8217;été commençait à pointer son nez, je ne sortis plus de mon bureau les 10 jours qui suivirent. Robin recevait déjà des quantités impressionnantes de manuscrits, alors que sa petite maison d&#8217;édition commençait à peine à s&#8217;imposer dans les rayons jeunesse des librairies hexagonales. Je naviguais à vue entre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-248" title="276464301_9d29116f8f_o" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/07/276464301_9d29116f8f_o.jpg" alt="276464301_9d29116f8f_o" width="380" height="504" /></p>
<p style="text-align: center;"><em> </em><em>Crédit: Flickr</em></p>
<p style="text-align: left;">Alors qu&#8217;au-dehors, le soleil d&#8217;été commençait à pointer son nez, je ne sortis plus de mon bureau les 10 jours qui suivirent. Robin recevait déjà des quantités impressionnantes de manuscrits, alors que sa petite maison d&#8217;édition commençait à peine à s&#8217;imposer dans les rayons jeunesse des librairies hexagonales. Je naviguais à vue entre les imitations timides d&#8217;<a href="http://harrypotter.warnerbros.fr/main/homepage/home.html" target="_blank">Harry Potter</a>, des plagiats grossiers d&#8217;<a href="http://www.eragon.fr/" target="_blank">Eragon</a> et autres <a href="http://www.stepheniemeyer.com/twilight.html" target="_blank">Twilight</a>, les romans dignes de la série BD « so 80&#8242; » <a href="http://tito.casterman.com/" target="_blank">Tendre banlieue</a>. Puis, je tombai sur cette histoire, celle de Coline, une ado « bien sous tous rapports » et une amoureuse&#8230; comme moi. Ecrite par une jeune femme, dont il est inutile de citer le nom ici, cette histoire me rappela des souvenirs.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Avec le fric que je m&#8217;étais fait pendant cet été-là, je m&#8217;étais payé mon premier téléphone portable.</p></blockquote>
<p>« J&#8217;avais passé un été pourri. A garder une gosse de deux ans toute la journée, à faire du repassage, du ménage ou à bouquiner (les parents de la p&#8217;tite n&#8217;avaient même pas la télé, pourtant, ils étaient pétés de thune, mais bon, c&#8217;était phi-lo-so-phique). Bref, je m&#8217;étais fait chier comme un rat mort. D&#8217;ailleurs, c&#8217;était une période de ma vie super morte. J&#8217;avais 17 ans, je vivais chez mon père et je rentrais en Terminale. Avec le fric que je m&#8217;étais fait pendant cet été-là, je m&#8217;étais payé mon premier téléphone portable. Un Nokia 410 ou un truc dans le genre. Il était super beau, bleu-vert canard.<br />
<span id="more-247"></span>Le jour de la rentrée, j&#8217;étais au fond de la classe. Avant les vacances, je m&#8217;étais frittée avec mes copines et j&#8217;avais pas encore refait mon stock de potasses. J&#8217;étais donc derrière, contrairement à mes habitudes de bonne élève. Le prof principal était nouveau. Il portait un nom un peu ridicule (j&#8217;ai pouffé quand il l&#8217;a écrit au tableau) et était plutôt jeune, avec une bonne tête. Enfin, plus jeune que les autres profs, tous vieux et moches, de ce bahut de premiers de la classe (fallait un super bon dossier pour y entrer).<br />
Et puis les mois ont passé. J&#8217;aimais bien ce prof. Il était fort dans sa matière. Il présentait les choses de façon plus intéressante que ses prédécesseurs, tous très&#8230; académiques, pour ne pas dire chiants. J&#8217;ai rapidement réintégré le premier rang avec ma nouvelle cops. On s&#8217;entendait bien toutes les deux. Elle était différente des autres, discrète mais décidée. Et surtout, elle n&#8217;avait pas froid aux yeux. Et se tapait pas mal de mecs. C&#8217;était plutôt fun et motivant dans la grisaille ambiante. J&#8217;avais déjà eu ma part de parties de jambes en l&#8217;air, mais les choses s&#8217;étaient un peu calmées. Je rongeais mon frein, navigant entre un blondinet frisé qui se prenait pour Pascal Obispo et un gars de prépa math qui ne voulait décidément pas de moi. « Trop jeune », qu&#8217;il disait. Je crois que c&#8217;était, à ce moment-là de ma vie, la pire insulte possible. Je ne comprenais pas qu&#8217;un mec de 25 ou 30 ans puisse se taper une minette de 16 ou 17, mais qu&#8217;un mec de 18 ou 20 ans ne voit dans la même fille qu&#8217;une gamine pas baisable. Pire, qu&#8217;il s&#8217;imagine avec un détournement de mineure aux fesses s&#8217;il tentait quoi que ce soit. Un vrai mystère.<br />
Bref, mon énergie à draguer des mecs à peine majeurs était visiblement dépensée en pure perte. Un constat que je ne fis pas consciemment alors. Mais tranquillement, sans crier gare, mon attention et mon désir changèrent peu à peu d&#8217;objet. Fini les ados boutonneux (qui ne m&#8217;avaient attirée que dans ce court intervalle), bonjour le crush du siècle. Ce fut d&#8217;abord un peu de gloss mis avant les cours, des dossiers bourrés de post-it amusants et spirituels, une lenteur infinie pour ranger mes affaires une fois la sonnerie passée, de longues minutes consacrées à réfléchir à la question que j&#8217;allais lui poser pour attirer son attention&#8230; Puis, des sourires échangés, des phrases lâchées pleine de sous-entendus. « Vous savez monsieur, aujourd&#8217;hui c&#8217;est mon anniversaire. » « Ah oui? Et quel âge as-tu? » « 18 ans! » Sourire malicieux de part et d&#8217;autre du bureau. Sans commentaire.<br />
Et puis des discussions à n&#8217;en plus finir dans la cour du lycée. Des clopes taxées. On avait encore le droit de fumer dans la cour des bahuts à ce moment-là. Et puis, un café, à l&#8217;extérieur. Il voulait savoir « ce qui n&#8217;allait pas bien en ce moment ». « Ben, je vis avec mon père et on s&#8217;engueule souvent. Par exemple, j&#8217;me suis fais un piercing à la langue et il trouvait ça affreux, alors il m&#8217;a demandé de ne plus dîner avec eux à table, pour pas choquer ma petite sœur. » « Eh ben dis donc! Oui, c&#8217;est vraiment n&#8217;importe quoi! Et ça doit être très dur pour toi&#8230; Et ta mère? » « Oh, ben, elle est partie vivre dans une autre ville, je la vois plus. » « Oh, je suis désolée. » « Ne le soyez pas, on s&#8217;entendait pas du tout. »</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>J&#8217;étais totalement sous le charme. Le ventre noué. Et il m&#8217;a pris la main. Et dans le métro, on s&#8217;est fait un rapide baiser sur la bouche.</p></blockquote>
<p>Pour ce rendez-vous, j&#8217;avais mis une mini-jupe rouge de chez Mango et un pull rouge de chez H&amp;M, avec un grand col roulé large et assez sexy. Il m&#8217;a dit qu&#8217;il aimerait bien qu&#8217;on se revoie. « On pourrait aller au salon du livre samedi? Qu&#8217;est-ce que tu en penses? » J&#8217;en revenais pas. Mes efforts pour attirer son attention allaient-ils enfin payer? « Oui, bien sûr, ce serait génial. » Je me souviens plus comment je me suis fringuée pour cette occasion. Je me souviens plus non plus de ce qu&#8217;on a fait au salon du livre d&#8217;ailleurs. Je pense qu&#8217;on n&#8217;y est pas resté longtemps. On est allé déjeuner dans une brasserie pas loin de la porte de Versailles. Mais j&#8217;ai rien pu avaler. J&#8217;étais totalement sous le charme. Le ventre noué. Et il m&#8217;a pris la main. Et dans le métro, on s&#8217;est fait un rapide baiser sur la bouche. Incroyable. C&#8217;était incroyable. Sa femme, son enfant, je n&#8217;y pensais même pas. Plus que de simples obstacles à mon bonheur immédiat, ils n&#8217;étaient que des concepts auxquels je ne pouvais/voulais donner aucune chair, aucune existence réelle. Et puis, quelques jours plus tard, il me proposa de le retrouver à l&#8217;hôtel. Je lui dis oui bien sûr&#8230; »</p>
<p>Je connaissais la suite de cette histoire. Elle ressemblait à beaucoup d&#8217;autres. Des histoires de  filles amoureuses folles, de passions de circonstance, de bonheur hors du temps qui rongent peu à peu tous les protagonistes. Mais ce n&#8217;était pas une histoire pour adolescents, c&#8217;était une histoire d&#8217;adolescente vue/écrite par une adulte. Dommage. Je la rangeais dans un tiroir de mon grand bureau en chêne. Elle ne figurerait pas dans la pile destinée à Robin. Je m&#8217;attelai de nouveau à la tâche. Avec une nouvelle certitude, c&#8217;était l&#8217;amour que je recherchais, cet amour fort et impulsif, passionné et destructeur qui caractérise les histoires adolescentes. Mais il me fallait une romance vue de l&#8217;intérieur, toute aussi banale peut-être, mais racontée sur le vif. La quête s&#8217;annonçait passionnante. Je quittai mon bureau, des idées pleins la tête, descendis au rez-de-chaussée pour avaler un dîner sur le pouce avant de rejoindre Jean, quand je tombai sur une tête connue. Celle du commissaire Martin.</p>
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		<title>Chapitre 19 – Etreinte</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Jun 2009 21:05:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: ici Le noir complet. La douloureuse sensation de membres engourdis par la fatigue et les efforts. Je réalisai que mes yeux étaient clos, que j&#8217;étais couchée dans un lit très confortable. Pas la peine de m&#8217;éveiller totalement pour constater ma réintégration au deuxième étage du manoir Séraphin. Sans nul doute dans ce qui m&#8217;avait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-230 aligncenter" title="ferronnerie-de-la-rampe-du-grand-escalier-boissy-le-sec" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/06/ferronnerie-de-la-rampe-du-grand-escalier-boissy-le-sec.jpg" alt="ferronnerie-de-la-rampe-du-grand-escalier-boissy-le-sec" width="306" height="524" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: <a href="http://fr.topic-topos.com/ferronnerie-de-la-rampe-du-grand-escalier-boissy-le-sec" target="_blank">ici</a></em></p>
<p style="text-align: left;">Le noir complet. La douloureuse sensation de membres engourdis par la fatigue et les efforts. Je réalisai que mes yeux étaient clos, que j&#8217;étais couchée dans un lit très confortable. Pas la peine de m&#8217;éveiller totalement pour constater ma réintégration au deuxième étage du manoir Séraphin. Sans nul doute dans ce qui m&#8217;avait servi de chambre ces dernières 24 heures. Glissant doucement mes mains le long des pans de couverture repliée sur moi, je tentai de me dégager mais constatai que j&#8217;étais coincée dans mon sarcophage de coton. A tâtons, je m&#8217;aventurai à quelques centimètres et constatai que je n&#8217;étais pas seule. J&#8217;ouvris les yeux d&#8217;un coup. Comme je m&#8217;y attendais, Jean était couché à côté de moi. Il me fixait de son regard dur, une expression de souffrance sur le visage.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Je sentais son envie toute aussi impérieuse de me posséder, doublée d&#8217;une détresse et d&#8217;un abandon presque total.</p></blockquote>
<p>Je le fixai à mon tour, sans prononcer un mot. Et partis, le souffle coupé par un désir violent mêlé d&#8217;anxiété, à la découverte de son nez, de ses pommettes, de son front et de sa bouche. Sans crier gare, il prit ma tête dans ses mains et m&#8217;embrassa de toutes ses forces. Je sentais son envie toute aussi impérieuse de me posséder, doublée d&#8217;une détresse et d&#8217;un abandon presque total.</p>
<p>Nous fîmes l&#8217;amour pendant une éternité.</p>
<p><span id="more-229"></span>Et puis les rayons de lumière traversèrent les mailles serrées des rideaux de ma chambre. Jean s&#8217;extirpa de mes bras, alors que je flottais entre sommeil et veille, enivrée par son odeur, bercée par ses assauts répétés. Il se rhabilla, se tourna vers moi un léger sourire sur les lèvres. Mi-tendre, mi-contrit, puis sortit. Je n&#8217;eus même pas le temps de prononcer une phrase. Combien de temps s&#8217;était écoulé depuis notre retour sur l&#8217;île? Qu&#8217;étaient devenus Julien, Ariane, Joséphine? Avais-je cauchemardé notre enlèvement? Les morts de M. Séraphin et d&#8217;Alex? Komenko et sa clique? Les baisers de Jean?</p>
<p>Je me levai avec peine et me dirigeai vers la salle de bain. Je ressortis quelques-uns de mes accessoires (remballés à la va-vite la veille au matin), et me glissai sous la douche. La sensation de l&#8217;eau chaude sur mes cheveux, sur les muscles de mon visage et de mon corps encore endolori, me fit comme l&#8217;effet d&#8217;un long et doux massage. La situation était de plus en plus complexe, mais paradoxalement, les décisions à prendre semblaient de plus en plus limpides. Même avec deux cadavres dans les parages, un mafieux russe et un frère jaloux, plus moyen pour moi de quitter l&#8217;île. De quitter les Séraphin. De quitter Jean.</p>
<p>J&#8217;émergeai enfin des vapeurs d&#8217;eau brûlante, enfilai rapidement une tenue confortable (jean/marinière/Converse) et me décidai à franchir le seuil de ma porte. Rapidement, je tombai sur Annick, au moment où elle sortait de l&#8217;une des chambres de l&#8217;étage. Elle me sourit avant de s&#8217;éloigner vers le fond du couloir, à l&#8217;opposé de ma chambre. Je n&#8217;osai pas la retenir pour lui poser des questions. Elle ne semblait pas du genre à lâcher des infos facilement. Mieux valait trouver un Séraphin dans les parages pour tenter de refaire le film des dernières heures de la nuit. Je me dirigeai vers les escaliers et les descendis rapidement jusqu&#8217;en bas. En évitant même un regard vers le bureau du patriarche. Je ne voulais pas imaginer ce qui pouvait encore subsister des traces de l&#8217;abominable parricide. Brrr&#8230;</p>
<p>Avant d&#8217;arriver en bas des marches, j&#8217;entendis des voix monter dans le salon. Je tendis l&#8217;oreille: « Non, commissaire, aucun bateau n&#8217;a mouillé à proximité de Ploubelle-île pendant la tempête. Impossible de toute façon. Bien trop de mer, bien trop de vent. » Je reconnus tout de suite la voix un peu rude de Maxime, l&#8217;intendant. Je n&#8217;eus pas le temps de remonter d&#8217;un étage, que quatre hommes sortirent dans le hall. Robin, dernier à franchir le seuil du salon, reprit à l&#8217;adresse des deux inconnus, des policiers, de toute évidence: « Père n&#8217;est pas rentré de Turin. On ne l&#8217;a pas revu depuis la semaine dernière. Il y est pour affaire avec Blanche de Fronsac, son associée. Et notre frère Alex avait des affaires à régler à Paris, il n&#8217;est pas rentré, lui non plus. » « Pourtant, le responsable de l&#8217;aérodrome de Lorient nous a indiqué l&#8217;avoir aperçu il y a deux jours avec une jeune femme&#8230; » En même temps qu&#8217;il prononçait ces mots, le plus âgé des deux hommes (le commissaire?) leva les yeux vers moi et sourit. « Bonjour mademoiselle. Puis-je savoir qui vous êtes? » « Une invitée », gronda Jean, sortant de la pénombre du couloir menant aux cuisines. « Adèle est ma nouvelle collaboratrice, ajouta Robin, affable. Je dirige à partir de Ploubelle-île une petite maison d&#8217;édition jeunesse. Mademoiselle Laurrisson est chargée de la branche adolescents. »</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>« Alors les tourtereaux, va falloir penser à se décoller. Adèle, nous avons du travail. »</p></blockquote>
<p>Je n&#8217;en menais pas large. Que devais-je dire&#8230; Pas dire. Je descendis lentement les marches du grand escalier, un sourire timide sur les lèvres. (Une fois encore: dans quel merdier m&#8217;étais-je encore fourré&#8230; Les flics maintenant?) « Bonjour, heu&#8230; commissaire? » « Commissaire Martin. Mademoiselle Laurrisson, c&#8217;est ça? Depuis combien de temps êtes-vous sur l&#8217;île? » « Avant-hier soir », lui répondis-je. « Vous venez de&#8230;? » « De Paris, le coupa Robin. Je suis allé la chercher à la gare il y a deux jours, dans la soirée, juste avant que la tempête ne se déclenche. » « Ah&#8230; Et vous avez pris le TGV? » « Euh&#8230; oui, fis-je timidement (le TGV? Il allait jusqu&#8217;où déjà&#8230;?). Mais il ne va pas très vite pour un TGV, hein, hum&#8230; Plutôt un tortillard à partir de&#8230; Angers? Le Mans? » (Lecture pour la plage: le Grand test de culture G, option géographie&#8230;) « Oui, bien sûr, oui&#8230; Et vous n&#8217;avez vu aucun bateau accoster à proximité de l&#8217;îlot depuis que vous êtes ici? » Je ne répondis pas tout de suite. Le policier sembla ne pas noter mon hésitation. « Non », finis-je par dire, d&#8217;une voix à peu près ferme. Un peu plus aiguë qu&#8217;à l&#8217;ordinaire. « Ah. Très bien&#8230; » Il n&#8217;ajouta rien et, se tournant vers Robin et Maxime (Jean s&#8217;était rapproché de moi sans que je l&#8217;eusse remarqué), leur serra la louche puis mit les voiles, suivi de près par son collègue, direction le ponton sud.</p>
<p>Jean me prit la main en les regardant s&#8217;éloigner. « Ils reviendront&#8230; eux aussi. » Alors que j&#8217;embrassai distraitement les doigts de sa main gauche, un œil sur la vedette de la police fluviale s&#8217;éloignant dans le petit matin clair, Robin se tourna vers nous. Il se renfrogna imperceptiblement, avant d&#8217;afficher son sourire le plus franc sur son doux visage: « Alors les tourtereaux, va falloir penser à se décoller. Adèle, nous avons du travail. » Je regardai Jean d&#8217;un air interrogateur. « Vas-y. Je ne suis pas loin. » Encore hésitante, je suivis Robin dans l&#8217;escalier menant au premier. Il s&#8217;arrêta devant le bureau où son père nous était apparu 24 heures plus tôt, la cervelle explosée sur le cuir souple de son fauteuil. « Adèle, installe-toi, je te fais porter les manuscrits que j&#8217;ai reçu ces dernières semaines. Tu les lis, m&#8217;en sélectionnes quelques-uns, tu me les résumes. Puis nous aviserons. » Je restai interdite devant le spectacle qui s&#8217;offrait à moi. Entièrement repeinte et redécorée, la pièce était méconnaissable. J&#8217;y entrai et humai l&#8217;odeur de peinture et de colle à papier peint. « Je suis prête », furent mes seules paroles avant de prendre place dans le large fauteuil face à la fenêtre, offrant une magnifique vue sur la mer. Calme et belle.</p>
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		<title>Chapitre 18 &#8211; Sauvetage</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Jun 2009 19:34:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-217" title="couloir1" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/06/couloir1.jpg" alt="couloir1" width="432" height="562" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: <a href="http://picasaweb.google.com/lh/photo/6BAtphokzBoW4b71yxTD4A" target="_blank">Eric</a></em></p>
<p>« Oui? » demandai-je doucement, sur les ordres de Jean, à nouveau à l&#8217;affût. « C&#8217;est moi, c&#8217;est Maxime » entendis-je faiblement derrière la porte. Jean lui ouvrit et laissa entrer l&#8217;intendant suivi de près par Julien, Joséphine et Ariane. Nous nous retrouvâmes à huit dans cet espace confiné, où nous ne disposions pas plus que d&#8217;environ deux centimètres carrés par personne (j&#8217;exagère&#8230; mais pas tant qu&#8217;ça). « On met les voiles glissa Robin à Maxime. On ne peut pas prendre le risque d&#8217;attendre encore. Ils pourraient venir chercher Adèle, ou l&#8217;une des filles&#8230; C&#8217;est bien le genre de Komenko. » Alors que les trois hommes récapitulaient les étapes du plan d&#8217;évasion, les trois plus jeunes des Séraphin remarquèrent la présence d&#8217;Alex, recroquevillé dans un coin.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Les filles et Julien ne devaient pas apprendre la vérité avant de mettre pied à terre&#8230;</p></blockquote>
<p>« Mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;il fout là, lui, marmonna Ariane en direction de son frère. Hein, pauv&#8217; nase! Qu&#8217;est-ce que tu fais là? Tu changes de camp? Encore? Tu te dégonfle? Pauv&#8217; minable&#8230; » Jean se tourna vers sa petite sœur et lui fit signe de la boucler. Ce n&#8217;était clairement pas le moment de rentrer dans de nouvelles explications. Les filles et Julien ne devaient pas apprendre la vérité avant de mettre pied à terre&#8230; Je frissonnai en imaginant leur réaction lorsqu&#8217;ils seraient mis dans la confidence. Quelle horreur&#8230; Comme Alex avait dû souffrir pour en arriver à une telle extrémité&#8230; Comme il devait souffrir encore à présent&#8230; après ce qu&#8217;il avait fait. Mais il n&#8217;était plus temps de compatir.</p>
<p><span id="more-212"></span>Robin et Maxime nous rassemblèrent: « Bon, on a pas beaucoup de temps, commença le premier. Nous allons devoir sortir les uns à la file des autres en passant par le pont inférieur. Objectif: se tailler avec le canot principal. Jean, tu te poste à l&#8217;avant, Maxime à l&#8217;arrière. On tire sur tout ce qui bloque le chemin. Compris? » Nous hochâmes la tête, tandis qu&#8217;Alex restait prostré dans son coin et que Jean s&#8217;était rapproché de moi sans dire un mot. Tandis que les têtes de file rechargeaient leurs armes et rassuraient Joséphine et Julien, franchement stressés, Jean restai près de moi. Je sentis son haleine dans mon coup, sa main frôler mon bras. « N&#8217;aie pas peur, il ne t&#8217;arrivera rien&#8230; Je vais veiller sur toi. Tu restes toujours derrière moi, tu ne traînes pas. » Il avait prononcé ces mots très doucement, afin que personne ne les entende à part moi. Je fis oui de la tête et savourait ce moment d&#8217;intimité&#8230; électrique. Ce petit souffle de douceur au cœur de l&#8217;action. Un vrai réconfort. Je levai les yeux. Robin regardait dans notre direction. Nos regards se croisèrent et il détourna la tête.<br />
Puis tout se précipita. Jean me prit la main fermement et ouvrit la porte. Il fit signe aux autres de suivre le mouvement. Nous sortîmes tous les uns après les autres de la petite cabine. Jean et moi, suivis d&#8217;Ariane et Julien, puis de Joséphine et Robin, traînant avec poigne son malheureux frère, et Maxime fermant la marche. Durant une ou deux minutes, qui me semblèrent une éternité, nous longeâmes un long couloir aux teintes acajou et miel, seulement illuminé par de petites veilleuses. Puis Jean m&#8217;attira à travers une porte et nous débouchâmes sur le pont inférieur. Là, je sentis sa main se crisper sur le mienne avant d&#8217;être repoussée violemment en arrière. Des détonations fusèrent. Je me jetai à terre, les mains sur les oreilles, les paupières écrabouillées les unes sur les autres&#8230; Le tout, en hurlant.</p>
<p>Puis un silence. Et à nouveau des coups de feu. Jean se précipita sur moi, me releva et me força à courir en sens inverse. Dans l&#8217;urgence, je jetai malgré tout un regard en arrière pour apercevoir que j&#8217;étais suivie d&#8217;Ariane. Les autres venaient aussi derrière, le dos courbé, les mains sur la tête&#8230; Terrorisée, je m&#8217;accrochai à la main de Jean, qui bientôt me fit sauter dans le vide. J&#8217;atterris dans une embarcation assez vaste. Alors qu&#8217;il lançait le moteur, ses frères et sœurs sautèrent à leur tour dans le canot, suivis de Maxime qui continuait à tirer des coups de feu par intermittence. Puis nous démarrâmes. L&#8217;agitation était telle qu&#8217;il me fallut quelques minutes pour reprendre mon souffle et constater qu&#8217;il manquait l&#8217;un d&#8217;entre nous. Alex. Alex n&#8217;était pas là. Robin devança la question qui me brûlait les lèvres: « Il s&#8217;est interposé&#8230; Il a protégé Joséphine. »</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Ariane maintenait sa sœur emmitouflée dans sa parka, si bien que je n&#8217;avais pas vu qu&#8217;elle avait été touchée.</p></blockquote>
<p>Je n&#8217;avais pas remarqué que Joséphine était en pleurs. Et en sang. J&#8217;esquissai un geste vers elle, vite découragée par ses jeunes frère et sœur,qui la protégeaient en l&#8217;entourant de toutes leurs forces. Ariane maintenait sa sœur emmitouflée dans sa parka, si bien que je n&#8217;avais pas vu d&#8217;abord qu&#8217;elle était touchée. Les larmes coulaient sur les joues de la cadette, tandis que Julien tentait de réchauffer les mains de Joséphine. « On va s&#8217;occuper de toi, lui glissa Ariane, les joues trempées. C&#8217;est rien, on va arranger ça&#8230; Tu tiens, t&#8217;as pas le choix. » « Je sais ce qu&#8217;il a fait, lui dit Joséphine, d&#8217;une voix à peine audible, le visage marqué par la douleur. Il a voulu se racheter à mes yeux&#8230; C&#8217;est ça qu&#8217;il a voulu faire&#8230; Je ne voulais pas&#8230; Je sais pourquoi il a fait ça à papa&#8230; C&#8217;était de ma faute&#8230; » Elle s&#8217;effondrait, difficilement tenue à flots par sa cadette. Alors que Jean poussai les gaz au maximum, je me serrai contre lui, au bord des larmes moi aussi. Mais une angoisse me taraudait: « Pourquoi ils ne sont pas là, derrière nous? lui demandai-je, autant étonnée qu&#8217;angoissée par l&#8217;étrange facilité avec laquelle nous étions à présent débarrassés de nos poursuivants. Pourquoi Komenko nous a-t-il forcés à monter à bord&#8230;? Je comprends pas&#8230; Tu dois m&#8217;expliquer. » Moi aussi je flanchais. J&#8217;enfouis ma tête dans le creux de son épaule, dos aux autres. Il me dit, doucement, comme il en avait (déjà) pris l&#8217;habitude: « Je t&#8217;expliquerai tout ça plus tard&#8230; Sois patiente. Komenko ne nous courra pas après. Il a Blanche&#8230; Alex est&#8230; Enfin, voilà. Il ne peut pas. En tout cas pas tout de suite. Mais nous n&#8217;en avons pas fini avec lui. Malheureusement. »</p>
<p>Je sentis une main se poser sur mon épaule. « Adèle, ça va? » Je levai la tête, un peu hagarde: « Oui&#8230; Je pense que ça va aller ». Robin me sourit gentiment, tandis que je me détachai de Jean, mal à l&#8217;aise. « Vous restez de toute façon&#8230;, me dit-il ensuite. On ne vous&#8230; On ne te laisse plus partir. On a beaucoup de choses à faire ensemble. Et puis tu fais partie de la famille maintenant. » Je ne pris pas la peine de répondre, assommée que j&#8217;étais par tous ces événements, et fixai la mer droit devant moi, la main droite dans celle, large et chaude, de Jean, la gauche prisonnière de la paume de Robin, douce et ferme. En ligne de mire, Ploubelle-île, la fin (provisoire) de ce cauchemar et&#8230; un lit douillet où oublier toute cette affreuse (et palpitante?) aventure.</p>
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		<title>Chapitre 17 – Aveu</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Jun 2009 20:37:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: belleisleenmer.free.fr Je restai là, sans trop savoir quoi faire, un peu paniquée. Jean me tira fermement derrière lui, alors qu&#8217;une clé tournait dans la serrure. Nous entendîmes bientôt: « Quoi? Mais&#8230; mais c&#8217;est ouvert&#8230; » Soudain, plus rien. Puis, très doucement, la porte s&#8217;entrouvrit et Alex se faufila par l&#8217;entrebâillement, sur ses gardes. « Adèle&#8230;? » Il n&#8217;eut [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-208" title="tempete2" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/06/tempete2.jpg" alt="tempete2" width="496" height="399" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: <a href="http://belleisleenmer.free.fr/PageDecouverteBIEM.html" target="_blank">belleisleenmer.free.fr</a></em></p>
<p style="text-align: left;">Je restai là, sans trop savoir quoi faire, un peu paniquée. Jean me tira fermement derrière lui, alors qu&#8217;une clé tournait dans la serrure. Nous entendîmes bientôt: « Quoi? Mais&#8230; mais c&#8217;est ouvert&#8230; » Soudain, plus rien. Puis, très doucement, la porte s&#8217;entrouvrit et Alex se faufila par l&#8217;entrebâillement, sur ses gardes. « Adèle&#8230;? » Il n&#8217;eut pas le temps de pousser un cri de surprise que Jean lui mettait le revolver sur la tempe. « Si tu bouges, je t&#8217;assomme. Tu sais que j&#8217;en suis capable. Pas de blague. » Robin se précipita sur son jeune frère, lui attrapa les mains et lui tint les bras serrés derrière le dos. « Qu&#8217;est-ce tu fous avec Komenko, Alex? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il t&#8217;a promis pour que tu vendes tes sœurs, salopard?! »</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>« Je me doutais bien que vous tenteriez quelque chose&#8230; Mais pas que vous vous jetteriez dans la gueule du loup! »</p></blockquote>
<p>Jean lui intima l&#8217;ordre de baisser d&#8217;un ton et poussa Alex vers la couchette. « Qu&#8217;est-ce que tu espérais, hein, p&#8217;tit merdeux? Que tu n&#8217;aurais pas de compte à rendre? Que t&#8217;allais t&#8217;en tirer comme ça? Et bien non. C&#8217;est vraiment mal me connaître&#8230; Mal connaître Robin. Tu sais qu&#8217;on allait venir, hein? » Il s&#8217;agissait plus là d&#8217;une question rhétorique plutôt que d&#8217;une réelle interrogation. Son cadet le fixait, les yeux débordant de haine et de mépris. Il répondit tout de même, par bravade: « Je me doutais bien que vous tenteriez quelque chose&#8230; Mais pas que vous vous jetteriez dans la gueule du loup! » Un mince sourire apparut sur son visage. Ce dingue se réjouissait de cette confrontation. Souhaitait que ses frères fussent pris&#8230; ou même pire. J&#8217;en eu froid dans le dos. J&#8217;avais juste envie de dire: pourquoi tant de haine?! Collée au mur proche de la porte, j&#8217;observais cette scène d&#8217;un autre monde&#8230; Triste et effrayante.</p>
<p><span id="more-199"></span>Jean reprit: « On va se sortir de ce traquenard et tu viens avec nous, p&#8217;tit con. Que tu le veilles ou non. Tu vas pas foutre ta merde, cette fois. Il y a des personnes innocentes que tu as impliquées cette histoire, tu le sais. Dans cette&#8230; Dans ta vengeance. » Mon sang ne fit qu&#8217;un tour. Il parlait de moi là&#8230; Et c&#8217;était quoi cette vengeance? De quoi Alex devait-il se venger? Sans trop réfléchir, je m&#8217;interposai (ok, toujours à faire la fière&#8230; Curieuse? Moi?): « Hé, moi je veux savoir, vous me devez au moins ça, hein! J&#8217;y comprends rien à vos histoires, et j&#8217;ai la trouille&#8230; Je veux qu&#8217;on m&#8217;explique ce qu&#8217;on fait là&#8230; Pourquoi vous vous détestez&#8230; Pourquoi&#8230; » Jean se figea et se tourna vers Alex, le regard noir. Nous tendîmes l&#8217;oreille à notre tour et ouîmes à nouveaux des pas se rapprocher. Alex n&#8217;eut pas le temps de faire un geste que ses deux aînés étaient sur lui, le maintenant serré et lui couvrant la bouche, étouffant ainsi toute velléité d&#8217;appels au secours. Essayant en vain (et par pure provocation sans doute) d&#8217;attirer l&#8217;attention de la personne au-dehors, Alex se débâtit comme un diable, multipliant les « mgrmm!*?&amp;* » rageurs. Puis les pas se perdirent dans le silence de la nuit. Au bout de quelques minutes, Robin et Jean desserrèrent leur étreinte. « Qu&#8217;est-ce que tu cherches Alex? A t&#8217;en sortir? Mais t&#8217;es fichu mon pote. Je sais tout. Je sais que c&#8217;est toi pour papa. Je sais que c&#8217;est toi qui l&#8217;a tué. » Alex et Robin (et moi accessoirement) se figèrent. Le rouge monta aux joues d&#8217;Alex, tandis que Robin le fixait, incrédule. Accusé, acculé, éperdu, Alex lança à Jean:</p>
<p>« Tu sais pas ce qu&#8217;il m&#8217;a fait&#8230; Ce qu&#8217;il a fait à Julien&#8230; A maman! Tu sais rien toi! J&#8217;avais pas d&#8217;autre solution&#8230; Et il allait tout filer à sa pute, là. Toute la fortune de maman à cette sorcière! » Abasourdie, je restai totalement scotchée par cet aveu. Comment Alex, ce type jeune, branché, détendu (Alex!! Le gars qui roule en voiture de sport et pilote des avions pour la frime&#8230;!) avait-il pu exploser la cervelle de son propre paternel?! C&#8217;était complètement dingue. Sans vraiment préméditer mon geste (une tentative de sauvetage désespérée du « pauvre » Alex? J&#8217;étais assez débile/compatissante/maso pour ça&#8230;), je me jetai aux pieds du&#8230; meurtrier: « Mais Alex, pourquoi? Qu&#8217;est-ce que ton père a fait de si terrible? Ce que tu as fait a un rapport avec ta mère? Mais de quoi est-elle morte, bordel?! » Les yeux pleins de larmes, Alex baissa la tête et, fixant le sol, se mit à raconter:</p>
<p>« Quand mes parents se sont rencontrés, ma mère était à l&#8217;internat sur le continent et ses parents vivaient à Ploubelle-île. Des aristos plutôt coincés, autarciques et cathos, que tous leurs enfants ont fui les uns après les autres, dès qu&#8217;ils en ont eu l&#8217;occasion. Sauf maman, qui était la plus jeune et rentrait chaque week-end sur l&#8217;îlot. Et puis un jour, elle y a ramené mon père&#8230; dont elle était enceinte, et qu&#8217;elle a dû épouser illico. Un enfant non désiré, un mariage express, pour le plus grand malheur de tous. » J&#8217;entendis grommeler derrière mon dos et jetai un coup d&#8217;œil à Jean, qui s&#8217;était détourné et gardait la porte. Mais je savais qu&#8217;il ne perdait pas une miette du récit de son frère. Robin, de l&#8217;autre côté de la cabine, serrait les poings, incapable de cacher le dégoût que lui inspirait le benjamin des Séraphin.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Notre tentative de rébellion n&#8217;a pas trop plu à Père&#8230; qui a décidé de nous punir en nous envoyant sur les yachts de passage, jouer les larbins&#8230; voire pire.</p></blockquote>
<p>Alex reprit: « Et puis nos parents se sont installés sur Ploubelle-île, ont eu d&#8217;autres enfants – ma mère a clairement reproduit le schéma de sa propre fratrie&#8230; Mon père a repris les activités d&#8217;affaires de son propre père, un agent de change de Lorient, développant son réseau au fil des années, dans des eaux&#8230; plus sombres. Nos grands-parents sont morts et notre père a fait petit à petit de Ploubelle-île une plaque tournante de blanchiment d&#8217;argent. Des hommes d&#8217;affaires russes, britanniques, français ont commencé à faire escale ici, à la saison creuse. Personne ne vient sur notre îlot, à part quelques touristes qui prennent une chambre pour une ou deux nuits et font un peu de catamaran dans le coin. Sinon, c&#8217;est très tranquille&#8230; Très discret. Et puis, quand Robin et Jean sont allés au lycée, les filles, Julien et moi sommes restés sur le rocher, à subir les colères de notre&#8230; tyran domestique. A faire ses quatre volontés. A voir maman humiliée quotidiennement. Alors, on a essayé de l&#8217;ouvrir&#8230; Sauf Joséphine, que papa adorait et gâtait, chouchoutait. Notre tentative de rébellion n&#8217;a pas trop plu à Père&#8230; qui a décidé de nous punir en nous envoyant sur les yachts de passage, jouer les larbins&#8230; voire pire. Julien a même subi des&#8230; attouchements. Ariane a mordu, elle. Elle ne s&#8217;est pas laissée faire. Papa ne l&#8217;a plus jamais envoyé au turbin. Et puis maman s&#8217;est rendue compte du petit manège de papa. Elle a accepté d&#8217;aller jouer les hôtesses&#8230; pour nous. Pour nous protéger. Et puis, il y a eu cet « accident ». »</p>
<p>J&#8217;écoutais, hébétée. Submergé par l&#8217;émotion, Alex fut soudain saisi de sanglots. Il ne parvenait plus à articuler. J&#8217;attendais la suite&#8230; en vain. Je jetai un coup d&#8217;œil dans la direction de Robin, puis de Jean. Alors que le second s&#8217;était réfugié dans le mutisme, le premier prit la parole, d&#8217;une voix froide, éteinte. « Maman est sortie en mer, rejoindre le bateau d&#8217;un Anglais, Hardtford. Un très bon client de Père. La mer était grosse&#8230; Elle a absolument voulu rentrer sur l&#8217;île en fin de soirée&#8230; Et&#8230; Et on ne l&#8217;a jamais revue. » Noyée. Ecrasée sur les rochers par la force des vagues? Je restai sans voix à l&#8217;issue de ce récit tragique, imaginant la fin de cette <em>mater dolorosa</em>. Tous les quatre, nous ne prononçâmes plus un mot pendant de longues minutes. Trois frères, un parricide, un « nettoyeur », un « éditeur »&#8230; et moi. Comment allions-nous nous sortir de cet enfer? Je n&#8217;eus pas le temps de me poser cette question très longtemps. Alors qu&#8217;une chape de plomb s&#8217;était abattue sur la cabine, nous entendîmes à nouveau gratter à la porte.</p>
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		<title>Chapitre 16 – Jalousie</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jun 2009 08:28:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: msc-yachting Nos lèvres se touchèrent. Resserrant ses mains sur mes bras, il me repoussa doucement. « Non&#8230; Vous ne me connaissez pas&#8230; » Je souris et l&#8217;embrassai à nouveau. Il se laissa faire d&#8217;abord, puis m&#8217;embrassa à son tour. Ses lèvres étaient fermes et charnues, ce baiser&#8230; transportant. Je me laissai totalement aller dans ses bras, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-191" title="cabine" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/06/cabine.jpg" alt="cabine" width="500" height="334" /><em>Crédit: <a href="http://www.msc-yachting.com/vente/mondomarine_vente.htm" target="_blank">msc-yachting</a></em></p>
<p style="text-align: left;">Nos lèvres se touchèrent. Resserrant ses mains sur mes bras, il me repoussa doucement. « Non&#8230; Vous ne me connaissez pas&#8230; » Je souris et l&#8217;embrassai à nouveau. Il se laissa faire d&#8217;abord, puis m&#8217;embrassa à son tour. Ses lèvres étaient fermes et charnues, ce baiser&#8230; transportant. Je me laissai totalement aller dans ses bras, oubliant un instant l&#8217;endroit où nous nous trouvions, la peur qui m&#8217;étreignait quelques minutes auparavant. Il passa la main derrière ma nuque, caressa mes cheveux, me serrant tout contre lui. Allongés sur la couchette, notre étreinte était douce et passionnée&#8230; Puis plus violente, à mesure que montait le désir.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Règle n°1: toujours tâter l&#8217;arrière-train de son partenaire!</p></blockquote>
<p>Mais Jean se redressa d&#8217;un bond. « Taisez-vous! » me souffla-t-il brusquement, aux aguets. « Quelqu&#8217;un vient. » Il se précipita derrière la porte et sortit une arme de l&#8217;arrière de son pantalon (comment avais-je pu passer à côté de ça&#8230; Règle n°1: toujours tâter l&#8217;arrière-train de son partenaire, même -surtout?- enivrée par ses caresses!). Je n&#8217;eus pas le loisirs de sourire à ma propre remarque. Des pas très légers se firent entendre dans le couloir. Je me pelotonnai sur la couchette, soudain dégrisée. Je fixai la porte, puis Jean&#8230; puis la porte. Nous entendîmes un cliquetis discret dans la serrure, puis nous vîmes la poignée s&#8217;abaisser et la porte s&#8217;ouvrir. A la seconde où l&#8217;homme franchit la porte, il se retrouva un révolver appuyé sur la tempe.</p>
<p><span id="more-190"></span>« Robin! » m&#8217;écriai-je, oubliant toute prudence. Le frère de Jean resta figé, les yeux fixés sur moi, l&#8217;air presque amusé. « Jean, c&#8217;est bon, c&#8217;est moi&#8230; Tu peux te détendre. » Son aîné baissa son arme et tira Robin par la manche en refermant la porte d&#8217;un geste aussi rapide que précis. « Mais qu&#8217;est-ce que tu fous-là? Tu vas nous faire repérer! Tu devais rester avec Ariane et Julien! » « T&#8217;énerve pas. Ils sont dans la pièce d&#8217;à côté, avec Maxime et Ariane. Il ne manquait plus que&#8230; vous deux, pour l&#8217;extraction. » Jean et moi nous regardâmes d&#8217;un air gêné, qui fit immédiatement tiquer Robin. Il balada son regard entre son frère et moi, sans mot dire – qu&#8217;aurait-il pu dire d&#8217;ailleurs&#8230; Il ne savait rien de la scène qui venait de se dérouler et nous nous connaissions à peine. Pourtant, j&#8217;étais persuadée qu&#8217;une once de culpabilité devait se lire sur mon visage&#8230;</p>
<p>« Non, on ne peut pas quitter le bateau maintenant, c&#8217;est trop tôt et tu le sais », murmura Jean, suspicieux, tout en attirant son cadet dans le coin opposé de la cabine. « C&#8217;est clair&#8230; Nous allons donc attendre&#8230; ensemble. D&#8217;ici une heure, ils devraient être cuits. Avec ce qu&#8217;on leur a fait livrer, ils ne vont pas faire long feu. » Croisant mon regard interrogateur, Jean me glissa: « Annick a fait le nécessaire » (Somnifères? Arsenic? Héro??? Je ne m&#8217;aventurai pas à poser la question). Robin vint s&#8217;assoir à côté de moi sur la banquette, alors que Jean se postait près de la porte. Je m&#8217;enroulai à nouveau dans ma couverture et jetai un œil à travers le hublot. La mer était toujours aussi grosse, même si la pluie semblait moins forte. « Ne vous inquiétez pas Adèle, me chuchota Robin, à quelques centimètres de l&#8217;oreille. La tempête est en train de se calmer&#8230; Nous allons pouvoir emprunter le canot et débarquer sans souci. Vous serez bientôt sortie d&#8217;affaire&#8230; » Je le remerciai distraitement du regard et croisai celui de Jean, fixé sur nous. Je lui souris doucement. Me voulant&#8230; rassurante?</p>
<p>Le visage toujours fermé mais les yeux pétillants (je l&#8217;aurais juré en tout cas&#8230; T&#8217;as de l&#8217;espoir fillette, m&#8217;aurait sans doute répondu mon psy), Jean soutint mon regard. L&#8217;échange dura quelques précieuses secondes. Le temps nécessaire pour son frère de le remarquer, sans faire pour autant aucun commentaire. Au contraire, il me prit la main, qu&#8217;il se mit à caresser avec douceur. Et reprit, toujours à mi-voix: « Adèle, je suis navré de ce qui est en train de se passer&#8230; C&#8217;est&#8230; C&#8217;est parti en vrille. J&#8217;aurais dû être là à votre arrivée, j&#8217;aurais dû emmener mon père à Turin, j&#8217;aurais dû surveiller Alex de plus près&#8230; » Je le coupai: « Pourquoi Alex? Est-ce qu&#8217;il a quelque chose à voir avec la mort de votre père? » Robin répondit, baissant encore d&#8217;un ton (pour que Jean ne puisse suivre notre conversation? Pour créer une plus grande intimité entre nous?): « Nous ignorons encore qui est directement responsable du&#8230; décès. Mais il est clair qu&#8217;Alex n&#8217;est pas blanc-bleu dans cette affaire. De là à l&#8217;accuser&#8230; Il a du mal à trouver sa place depuis toujours dans notre&#8230; fratrie. C&#8217;est compréhensible. Nous avons tous de très&#8230; très fortes personnalités&#8230; Et puis, Komenko est son parrain. C&#8217;était l&#8217;employeur de notre mère avant d&#8217;être un client de Père. Quant à Blanche, elle est de notre côté. »</p>
<p>J&#8217;esquissai un mouvement de recul, plutôt surprise. « Ah bon! Mais&#8230;? Elle&#8230; Tout à l&#8217;heure? » Robin reprit la main que je lui avais enlevée (il insistait, non?), puis me dit: « Blanche et Père formaient un couple atypique, c&#8217;est vrai, mais un couple solide. Ils devaient se marier dans quelques semaines.  Elle n&#8217;avait aucun intérêt à se débarrasser de lui. Il nous avait prévenu qu&#8217;il lui léguait une bonne partie de la fortune familiale&#8230; Quant à elle, pour notre compte, elle joue double jeu depuis quelques temps auprès de Komenko, et nous confie de cette façon pas mal d&#8217;infos le concernant&#8230; C&#8217;est un pourri, mais un gros client. On a besoin de lui, mais il faut tout le temps avoir un œil sur ses magouilles&#8230; plus ou moins discrètes. Tu es bien placé pour le savoir Jean, non? » Il se tourna vers son frère, toujours à la porte. Celui-ci fit mine de n&#8217;avoir rien entendu, ne prenant même pas la peine de le regarder.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Je restai là, à observer les deux frères, à présents rivaux.</p></blockquote>
<p>« Jean est un peu le nettoyeur de l&#8217;affaire familiale, reprit Robin, un petit sourire en coin. Il s&#8217;occupe de faire disparaître les cochonneries laissées ça et là par les gros clients comme Komenko. Dernier « nettoyage » en date&#8230; » « Ça suffit! Tu la boucles! » L&#8217;ordre était venu sans préambule de l&#8217;autre côté de la cabine. Robin se tut instantanément. Je restai là, à observer les deux frères, à présents rivaux. La tension était palpable. Robin avait compris qu&#8217;il s&#8217;était passé quelque chose ici, entre nous. Il avait attendu le bon moment et pousser son frère dans ses retranchements pour accréditer son intuition. Manipulateur, le cadet, sans le moindre doute. La manœuvre me dégoûta presque. Mais qu&#8217;est-ce que Jean ne souhaitait pas que j&#8217;apprenne? Et pourquoi deux hommes si riches (et beaux/charismatiques/sexy&#8230;) s&#8217;intéressaient-ils à une fille comme moi? Un mystère que je n&#8217;avais pas du tout envie d&#8217;élucider (héhé).</p>
<p>J&#8217;en étais là de mes réflexions intérieures, dans mon petit cerveau embrumé par le manque de sommeil et l&#8217;adrénaline, quand, de nouveau, des pas se firent entendre dans le couloir. On gratta à la porte. Jean me fit signe de me lever. Il me tira doucement vers lui. Je compris au bout de quelques secondes ce qu&#8217;il me demandait de faire. Posant mes mains sur le chambranle de la porte, je soufflai: « Oui? Qui est là? » Un long silence s&#8217;ensuivit. Puis, très faiblement, nous écoutâmes la réponse: « C&#8217;est Alex, Adèle. Je suis venue vous sortir de là. »</p>
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		<title>Chapitre 15 &#8211; Apparition</title>
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		<pubDate>Wed, 27 May 2009 13:59:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: www.leblogfinance Les filles marquèrent un temps d&#8217;arrêt. Julien referma sa main sur mon avant-bras. Si fort que j&#8217;étouffai un cri. Mais la scène était si effrayante que je ne cherchai pas à me dégager. Les deux inconnus s&#8217;avancèrent vers nous, tandis qu&#8217;Alex restait en arrière, le visage fermé. « Alors, les filles, lança l&#8217;homme avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-177" title="yacht" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/6a00d83451b18369e200e54faa6e048834-640wi3.jpg" alt="yacht" width="393" height="262" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: <a href="http://www.leblogfinance.com/2007/12/rodriguez-redre.html" target="_blank">www.leblogfinance</a></em></p>
<p style="text-align: left;">Les filles marquèrent un temps d&#8217;arrêt. Julien referma sa main sur mon avant-bras. Si fort que j&#8217;étouffai un cri. Mais la scène était si effrayante que je ne cherchai pas à me dégager. Les deux inconnus s&#8217;avancèrent vers nous, tandis qu&#8217;Alex restait en arrière, le visage fermé. « Alors, les filles, lança l&#8217;homme avec un fort accent russe, en direction des sœurs Séraphin. On est pas venu me dire bonjour? C&#8217;est pas très gentil, ça. » Je vis Ariane fixer celui que j&#8217;identifiai (à regrets) comme étant Komenko, sans ouvrir la bouche. Joséphine s&#8217;approcha au même moment, repoussant sa petite sœur et affichant un large sourire (sa marque de fabrique?) sur son doux visage.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>« Joséphine, ma caille, je te croyais plus maline&#8230; »</p></blockquote>
<p>« Yuri! Quel plaisir de vous revoir! Nous ne savions pas que vous étiez déjà là&#8230; Nous tentions de quitter l&#8217;île avant que ce ne soit impossible à cause de la tempête&#8230; Ariane et Julien doivent retourner à l&#8217;école&#8230; à terre. » L&#8217;homme ne rembrunit. « Joséphine, ma caille, je te croyais plus maline&#8230; Vous saviez bien que j&#8217;étais là, hein? Et qui est la jeune femme qui vous accompagne? » Il me regarda avec ses petits yeux porcins. « C&#8217;est, hum&#8230; C&#8217;est une amie à moi, elle vit à Paris et doit aussi rentrer. » « Mmm », fit-il simplement. Et, se tournant vers Monsieur « porte-parapluie »: « Tu me les embarque ». Il ajouta à destination d&#8217;Alex: « Et toi, tu vas pas rester sans rien faire, hein! Tu l&#8217;aides ».</p>
<p><span id="more-170"></span>Un grognement se fit entendre du côté d&#8217;Ariane, mais celui qui me sembla le plus surpris à la découverte de cette duplicité fraternelle fut sans conteste Julien. Nous n&#8217;eûmes pas le loisir de protester plus avant. Je tremblais comme une feuille, toujours maintenue par le cadet des Séraphin, quand nous fûmes vigoureusement poussés vers la vedette. Alors que le moteur démarrait, je vis une silhouette se dessiner sur la crête de la falaise nous surplombant. Robin? Jean? Maxime? Du bateau, je ne sus pas reconnaître qui fut témoin de la scène.</p>
<p>Le trajet, très désagréable (le vent? La pluie? La peur? Les trois mon capitaine!), ne dura que quelques minutes. La vedette se rapprocha rapidement d&#8217;un immense yacht. Trois ponts, une longueur que j&#8217;évaluai à quelque cinquante mètres, et un nom, le &laquo;&nbsp;Sasha&nbsp;&raquo;. Un bien joli nom&#8230; pour un séjour qui s&#8217;annonçait moins sympathique. Des hommes en uniforme nous aidèrent à nous hisser à bord. Aucun d&#8217;entre nous ne se risqua à se débattre ou à poser des questions. Je fus la dernière à découvrir la star de notre comité d&#8217;accueil. Au milieu d&#8217;un grand canapé crème, dans le salon gigantesque du pont supérieur, la belle Blanche se prélassait en nous observant. Comme lors de nos précédentes rencontres, elle n&#8217;exprima avec ses grands yeux noirs qu&#8217;un profond mépris envers mes compagnons autant qu&#8217;envers moi (envers l&#8217;espèce humaine toute entière?).</p>
<p>« Vous connaissez déjà ma nièce, s&#8217;amusa Komenko en s&#8217;asseyant aux côtés de la beauté froide. Votre future belle-mère. Ou devrais-je dire votre&#8230; ex-future belle-mère. » Un éclat de rire fusa dans la pièce, nous glaçant le sang. Mais ce n&#8217;était pas le fait de notre charmant hôte russe. Ariane hurlait de rire: « Ahahahahah! C&#8217;est la meilleure! Papa, buté par sa pute frigide! » Blanche se raidit, visiblement plus gênée par le volume sonore du rire hystérique d&#8217;Ariane que par la teneur de ses propos. Joséphine fit signe à sa sœur de se calmer (sans grand succès), puis interpella brusquement Alex: « Tu es de mèche avec elle? C&#8217;est elle, hein? C&#8217;est elle qui a tué papa? » Alex n&#8217;eut pas le temps de répondre (en aurait-il seulement eu l&#8217;envie, rien ne le laissa paraître&#8230;) que Komenko s&#8217;interposa: « Joseph, mets-moi ces gosses au trou. Un par cabine. Tout de suite. » Alex se glissa derrière le canapé, le visage mutique, tandis que l&#8217;homme au parapluie nous poussait vers la sortie.</p>
<p>Ariane et Julien furent emmenés par deux hommes, tandis que Joséphine et moi étions conduites dans une autre partie du bateau. Les portes s&#8217;ouvraient et se refermaient sans que nous puissions réellement savoir où l&#8217;on nous emmenait. Puis Joséphine fut poussée dans une cabine, la porte refermée à clé derrière elle, avant que mon tour ne vienne, un mètre plus loin. Une fois seule, je ne parvins même pas à pleurer (une première?). L&#8217;angoisse m&#8217;étreignait. Mais qu&#8217;est-ce que ce Komenko nous voulait? Comment allions-nous nous sortir de ce mauvais pas? Et Alex? Et Blanche? Et le meurtre? Et&#8230; Jean, Robin? Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête, si bien que je fermai les yeux, reprise de migraine.</p>
<p>Emmitouflée dans la couverture de la (très luxueuse) couchette, mon gilet humide séchant sur le dos de la chaise de bureau de cette cabine plutôt jolie, j&#8217;appuyai ma tête contre le petit hublot. La pluie tombait toujours aussi fort au dehors et l&#8217;on ne pouvait plus voir le rivage. Je restai là, désespérée, à observer la mer. Monsieur Séraphin aurait-il été tué sur les ordres de Komenko par Blanche? Ce n&#8217;était pas logique. Elle était à deux doigts de l&#8217;épouser, à deux doigts de posséder sa fortune&#8230; ou du moins une partie. Quel intérêt Blanche et son oncle avaient-ils à éliminer la poule aux œufs d&#8217;or? Et si ce n&#8217;étaient pas eux? Si quelqu&#8217;un d&#8217;autre avait voulu éliminer le banquier, avant ce mariage peut-être&#8230; Je n&#8217;y comprenais rien. Une chose était sûre, j&#8217;étais prise au piège dans cette histoire qui ne me concernait pas. Prise en otage, peut-être&#8230;</p>
<p>Roulée en boule sur la banquette, je laissai mon esprit vagabonder de Paris à Ploubelle-île, de ma mère à Blanche, de Robin à&#8230; Jean. Quand je sentis une caresse si douce, si douce&#8230; sur mon épaule. Je rêvais. Je rêvais que Jean me parla tendrement à l&#8217;oreille, me pris doucement dans ses bras immenses et forts, m&#8217;emmena loin de ce lieu hostile et de sa famille de fous.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Je posai alors ma tête sur son large torse, sans trop savoir pourquoi, ni comment il interprèterait ce geste.</p></blockquote>
<p>« Adèle » me glissai-il à l&#8217;oreille&#8230; « Adèle! Adèle, réveillez-vous! » Je sursautai. Hein? Quoi? J&#8217;ouvris les yeux et il me plaqua la main sur la bouche&#8230; <a href="http://www.lefeuilletondeficelle.com/?p=131" target="_blank">à nouveau</a>. Cette façon de me surprendre au moment le plus improbable commençait à devenir une bien vilaine habitude. « Adèle, surtout taisez-vous. » Je fis oui de la tête et il retira sa main de ma bouche. Je le fixai avec des yeux plus larges que des soucoupes volantes. La porte était toujours fermée&#8230; Mais comment diable avait-il pu entrer?! « Mais comment avez-vous fait pour arriver jusqu&#8217;ici? » susurrai-je. « Chut! » Il me plaqua à nouveau (oh délice) la main sur la bouche. Je humai son odeur. Scrutai son visage, ses cheveux, ses mains. Il me regarda, sévère. « Je suis là pour vous sortir de ce merdier. Robin et Maxime s&#8217;occupent des autres. Komenko a commis une grave erreur en vous emmenant&#8230; Il n&#8217;aurait pas dû. » Il semblait déterminé. En colère, mais une colère froide.</p>
<p>Je ne comprenais rien à ce qu&#8217;il me racontait. Je hochai la tête tandis qu&#8217;il restait là, à tendre l&#8217;oreille, son bras toujours posé autour de mes épaules. « Nous allons devoir attendre&#8230; Nous sommes venus à la nage&#8230; Pas moyen de repartir avant la nuit. » Je posai alors ma tête sur son large torse, sans trop savoir pourquoi, ni comment il interprèterait ce geste. Il se figea puis se recula, me relevant la tête de sa main libre. « Je ne crois pas que ce soit le moment&#8230; » dit-il, plongeant son regard dans le mien. « Au contraire&#8230; » lui répondis-je. Et me redressant tout à fait, j&#8217;approchai mes lèvres des siennes.</p>
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		<title>Chapitre 14 &#8211; Sœurs</title>
		<link>http://www.lefeuilletondeficelle.com/2009/05/20/chapitre-14-soeurs/</link>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2009 12:19:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: Serge.passions Julien s&#8217;était assoupi, me laissant seule avec mes pensées. La porte était ouverte (j&#8217;avais vérifié), mais pour rien au monde, je ne l&#8217;aurais franchie. Pendant plusieurs heures, le cadet des Séraphin avait tenté de me convertir à ses jeux de société « pour passer le temps et déstresser »&#8230; Peine perdue, j&#8217;avais refusé en bloc. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-155" title="deux_jumelles_presentation" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/deux_jumelles_presentation.jpg" alt="deux_jumelles_presentation" width="232" height="300" /></p>
<p style="text-align: center;"><em><a href="http://pagesperso-orange.fr/serge.passions/deux_jumelles.htm" target="_blank">Crédit: Serge.passions</a></em></p>
<p style="text-align: left;">Julien s&#8217;était assoupi, me laissant seule avec mes pensées. La porte était ouverte (j&#8217;avais vérifié), mais pour rien au monde, je ne l&#8217;aurais franchie. Pendant plusieurs heures, le cadet des Séraphin avait tenté de me convertir à ses jeux de société « pour passer le temps et déstresser »&#8230; Peine perdue, j&#8217;avais refusé en bloc. Car 1) je déteste jouer en temps normal et 2) je n&#8217;avais franchement pas la tête, en plein drame familial et intrigue version <em>Dix petits nègres</em>, à me « faire un p&#8217;tit Uno » (Julien dans le texte).</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Il ne semblait pas vraiment affecté. Fataliste plutôt.</p></blockquote>
<p>J&#8217;avais bien essayer quant à moi d&#8217;aborder avec lui la mort de son père, qui remontait à présent à environ 12 heures, sans grand résultat. Il ne semblait pas vraiment affecté. Fataliste plutôt. « Tu sais, de toute façon, mon père et moi&#8230; », fut le seul commentaire dont il me gratifia. Je n&#8217;insistai pas, persuadée qu&#8217;il me cachait bien des choses et qu&#8217;il ne m&#8217;en dirait (<a href="http://www.lefeuilletondeficelle.com/?p=44" target="_blank">une fois encore</a>) pas vraiment plus. Mais ce mutisme contribuait à me mettre mal à l&#8217;aise. A sa place, j&#8217;aurais été effondrée, sombre ou larmoyantes (comme souvent?)&#8230; Bref, je me repassai le film des dernières 24 heures, me demandant à quel moment j&#8217;avais cessé de m&#8217;amuser de toutes ces bizarreries&#8230;</p>
<p><span id="more-154"></span>Quand un mouvement lent et discret attira mon attention. La poignée de la porte s&#8217;abaissait doucement&#8230; Un grincement se fit entendre, réveillant en sursaut mon geôlier comateux. « Qui est-là? » demanda Julien d&#8217;une petite voix aigüe en sautant maladroitement sur ses jambes, longues et fines. « C&#8217;est moi, ferme-là! » grogna une voix, néanmoins féminine. Une jeune fille passa la tête, puis le haut du corps par la porte entrouverte, scrutant l&#8217;intérieur, puis entra et referma rapidement derrière elle. « Mais qu&#8217;est-ce que tu fous là, Ariane?! T&#8217;étais sensée rester à terre pour récupérer le colis! Comment t&#8217;as fait pour arriver sur l&#8217;île de toute façon? » La grande fille, peut-être âgée de 15 ou 16 ans, se fendit d&#8217;une joli sourire. « Ah, ah! Mystère et boule de gomme&#8230; J&#8217;allais pas pourrir au lycée pendant que vous vous amusiez sans moi! » « Et Joséphine, elle est où? Elle est pas venue j&#8217;espère! » reprit Julien, franchement agacé. « Ben si pourquoi? Et puis d&#8217;abord, tu te prends pour papa ou quoi? On fait ce qu&#8217;on veut, on a aucun compte à te rendre. » Julien se rembrunit.</p>
<p>« Papa est mort, Ariane. » La grande gigue se figea instantanément, ouvrant les yeux grands comme des soucoupes. « Quoi? Mais qu&#8217;est que tu racontes? Quand? C&#8217;est pas possible, il était à Lorient hier soir! » « Non, il n&#8217;était pas à Lorient. Il était ici avec Blanche. On l&#8217;a trouvé ce matin, une balle dans la tête. » « Hein, mais tu racontes n&#8217;importe quoi! Faut te faire soigner mon pauvre! Pfff&#8230; n&#8217;importe quoi! » Ariane s&#8217;agitait, multipliant les allers-retours dans la pièce. « Non, c&#8217;est pas possible&#8230; Il était à Lorient, c&#8217;est ce qu&#8217;Alex m&#8217;a dit&#8230; » murmurait-elle en boucle.</p>
<p>Puis, soudain, elle se planta devant moi. « C&#8217;est elle? C&#8217;est l&#8217;assistance de Robin? » « Euh&#8230; oui » balbutia-je, un peu décontenancée par son attitude franchement <span style="text-decoration: line-through;">impolie</span> bravache. « Elle reste là le temps qu&#8217;on trouve une solution avec Komenko, expliqua Julien. On ne préfère pas qu&#8217;il la voit. Et puis&#8230; il y a papa. » « Quoi? Mais où est-il? » « Il s&#8217;est pris une bastos, je viens de te dire! T&#8217;es sourde ou quoi&#8230; Il est dans son bureau. A moins que Maxime ait eu le temps de le changer d&#8217;endroit. » « Tu déconnes pas là? », reprit Ariane, réellement ébranlée cette fois. Croisant le regard furieux de son frère, elle se tut et alla s&#8217;asseoir dans un coin de la pièce, un peu sonnée (enfin!). Pendant de longues minutes, plus personne ne parla.</p>
<p>Et puis, la porte s&#8217;ouvrit à nouveau sur&#8230; Ariane? Ou sa copie conforme! Une autre jeune femme, un peu plus âgée mais affichant peu ou prou les mêmes traits du visage, entra brusquement dans la petite pièce. Outre leurs années d&#8217;écart, les deux sœurs se distinguaient surtout par leurs looks diamétralement opposés. La plus jeune arborait un duo jean/polaire pas franchement sexy, alors que l&#8217;autre portait une tunique parfaitement coupée (<a href="http://www.maje-paris.fr/" target="_blank">Maje</a>? <a href="http://www.comptoirdescotonniers.com/" target="_blank">Comptoir</a>?) sur des leggings en laine partiellement recouverts de jolies bottines (<a href="http://www.chloe.com/version_fr/" target="_blank">Chloé</a>? Hum&#8230; je m&#8217;égare). « Ariane! Papa est mort! Souffla-t-elle. Je viens de croiser Annick, elle m&#8217;a appris la nouvelle! On l&#8217;a A-SSA-SSi-NE!! » Avisant la présence de son frère et tremblant légèrement, elle se jeta dans les bras de Julien, les traits tendus, les larmes aux yeux. « Il vient de me le dire, marmonna sa jeune sœur. Tu vas pas nous chier une pendule&#8230; C&#8217;est pas comme si on ne se doutait pas qu&#8217;il finirait comme ça, ce vieux salop! »</p>
<p>Joséphine (j&#8217;ai deviné, hein, je suis pas débile&#8230;) s&#8217;extirpa des bras de Julien et se tourna vers Ariane: « Comment tu peux dire ça! Comment tu peux l&#8217;insulter alors qu&#8217;il vient de se faire tuer! C&#8217;est dégueulasse! T&#8217;es vraiment qu&#8217;une ingrate! » Elle montrait à présent tous les signes d&#8217;une colère noire. Elle reprit, éructant contre sa petite sœur, toujours impassible: « De toute façon, tu ne l&#8217;as jamais aimé, jamais soutenu&#8230;! C&#8217;est pas sa faute si maman est morte! Il n&#8217;y pouvait rien&#8230; », hurla l&#8217;aînée au nez de la cadette. Qui lui lança: « Tu parles&#8230; Allez, arrête ton psychodrame et tais-toi&#8230; » En prononçant ces mots, Ariane fit un signe à sa sœur dans ma direction.</p>
<p>Joséphine me regarda, surprise. « Mais qui êtes-vous? Ah&#8230; Adèle, c&#8217;est ça? » Elle retrouva presque instantanément un air posé et engageant. « Robin et papa m&#8217;avaient prévenue de votre arrivée. C&#8217;est vraiment dommage que nous fassions connaissance dans ces circonstances. Habituellement, Ploubelle-île est un endroit vraiment charmant, dont je suis sûre que vous apprécierez la qualité de vie&#8230; » « Mais tu déraille ma pauvre, s&#8217;exclama sa sœur. Je suis pas sûre qu&#8217;Adèle ait envie de rester une minute de plus sur cette ilot minable une fois cette histoire terminée! Tu parles vraiment pour ne rien dire&#8230; »</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>« Message de Robin: vous gardez Adèle avec vous. Pas de vague avant 48 heures ».</p></blockquote>
<p>L&#8217;ambiance était électrique. Les deux sœurs étaient sur le point de reprendre leurs échanges franchement agressifs, quand la porte s&#8217;ouvrit à nouveau. C&#8217;était Maxime, qui nous fit signe de sortir. « La voie est libre, dit-il. Vous foncez au ponton nord. Un bateau vous y attend. Vous mettez le cap sur Lorient et vous vous planquez dans l&#8217;appartement. » Et, à Joséphine: « Message de Robin: ni débordements, ni repérage par les flics. Et surtout, vous gardez Adèle avec vous. Pas de vague avant 48 heures ». « C&#8217;est compris », lui répondit simplement la jeune femme, pas étonnée le moins du monde par les ordres édictés par l&#8217;intendant. Julien, un peu piteux, me tira gentiment vers l&#8217;extérieur. Il n&#8217;était pas (comme d&#8217;habitude?) à la manœuvre mais tenait à rester « responsable » de ma personne. Cette attention, même un peu désespérée de la part de l&#8217;adolescent, visiblement en mal de reconnaissance, me toucha. « Je te suis, ne t&#8217;inquiète pas », lui murmurais-je, compatissante.</p>
<p>Nous courûmes sous la pluie jusqu&#8217;à l&#8217;extrémité nord du parc, puis descendîmes un petit escalier de pierres, dans le même genre que celui emprunté la veille. Arrivés en bas, nous avisâmes une vedette amarrée au petit ponton. Devant, trois hommes nous attendaient. Je reconnus presque immédiatement Alex. Devant lui, un grand bonhomme moustachu protégeait à l&#8217;aide d&#8217;un parapluie un autre homme, tout aussi grand et massif, vêtu d&#8217;une large veste en fourrure. Ce dernier souriait en nous tendant les bras.</p>
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		<title>Chapitre 13 &#8211; La grotte</title>
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		<pubDate>Wed, 13 May 2009 15:41:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: Topic-Topos En même temps que je sentis cette main, immense et ferme, se refermer sur mon bras, une autre, appartenant de toute évidence au même propriétaire, s&#8217;abattit sur ma bouche. Etouffant ainsi mon cri instinctif de surprise mêlé d&#8217;effroi. L&#8217;homme m&#8217;entraina ensuite le long du passage, toujours plongé dans le noir, d&#8217;un pas rapide [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-133" title="grotte-de-lapothicairerie-sauzon1" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/grotte-de-lapothicairerie-sauzon1.jpg" alt="grotte-de-lapothicairerie-sauzon1" width="524" height="512" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: <a href="http://fr.topic-topos.com/grotte-de-lapothicairerie-sauzon" target="_blank">Topic-Topos</a></em></p>
<p>En même temps que je sentis cette main, immense et ferme, se refermer sur mon bras, une autre, appartenant de toute évidence au même propriétaire, s&#8217;abattit sur ma bouche. Etouffant ainsi mon cri instinctif de surprise mêlé d&#8217;effroi. L&#8217;homme m&#8217;entraina ensuite le long du passage, toujours plongé dans le noir, d&#8217;un pas rapide et souple. Terrorisée, je n&#8217;essayai même pas de me dégager de son étreinte. Etreinte qui se desserra au fil des minutes, jusqu&#8217;à ce que, presque libre, j&#8217;aperçoive au loin une éclaircie&#8230; Puis une ouverture sur un espace plus large m&#8217;apparut peu à peu. Au bout d&#8217;un court laps de temps, ce fut le bout du tunnel. Nous débouchâmes sur une immense cavité minérale. Sur les murs de la grotte (appelons les choses par leur nom, hein!?), les reflets marins dansaient, imitant le clapotis de l&#8217;étendue d&#8217;eau qui s&#8217;étalait à nos pieds. Il y faisait froid et humide, nous devions nous trouver bien au-dessous du manoir, non loin de la mer.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Du haut de son mètre quatre-vingt dix, Jean Séraphin me toisa d&#8217;un air méprisant.</p></blockquote>
<p>« Qu&#8217;est ce que vous faisiez là derrière? me demanda brusquement mon kidnappeur, d&#8217;une voix grave et brutale. Vous n&#8217;aviez rien à faire là. Vous auriez pu nous mettre dans une sale situation! Vous ne savez pas qui sont ces gens. » Je me tournais vers lui, sûre de connaître à présent l&#8217;identité de mon interlocuteur. « Et vous! Répliquai-je, agressive, tout en me dégageant avec force. Pourquoi m&#8217;avez-vous enfermée? Vous n&#8217;aviez pas le droit! Vous n&#8217;avez pas le droit de me retenir contre mon gré! » Du haut de son mètre quatre-vingt dix, Jean Séraphin me toisa d&#8217;un air méprisant. « Je ne comprends pas que Robin ait pris le risque de vous faire venir ici! Quel égoïste&#8230; » Sa voix était à présent plus basse.</p>
<p style="text-align: left;"><span id="more-131"></span>Il me lâcha tout à fait et s&#8217;approcha d&#8217;une alcôve taillée dans la pierre. Il en sortit deux grands sacs étanches, qu&#8217;il ouvrit et vida. « Mettez ça, me dit-il, en me tendant une grande veste imperméable et des bottes en caoutchouc. Nous allons devoir marcher un peu&#8230; pour vous cacher dans les dépendances. Vous allez avoir froid si vous restez comme ça. »</p>
<p style="text-align: left;">Dépitée, j&#8217;enfilai la veste, immense sur mes épaules pas bien épaisses, et les bottes dans lesquelles je nageais. « Et votre père? » Jean se retourna, blême. « Dans son bureau&#8230; De toute façon, je ne peux rien vous dire. J&#8217;ignore qui, précisément, a fait le coup, même si j&#8217;ai une vague idée de qui en est le commanditaire. Mon père était un homme à la morale élastique et aux méthodes controversées. Il avait beaucoup d&#8217;ennemis, parmi lesquels des personnalités haut placées, voire dangereuses&#8230; Alors, ne faites pas l&#8217;imbécile et suivez-moi. La personne qui a tué mon père est peut-être toujours dans les parages. Et, honnêtement, j&#8217;ignore ses intentions. »</p>
<p>Il me fit signe de le suivre. Nous longeâmes prudemment le lac intérieur par un petit corridor de pierre, adossé à la paroie. Il marchait rapidement, j&#8217;avais du mal à le suivre. « Attendez-moi », fis-je, alors qu&#8217;il me distançait déjà d&#8217;une dizaine de mètres. Ma voix dérailla et je m&#8217;arrêtai, prise de sanglots. J&#8217;avais honte et peur. J&#8217;étais submergée. Jean fit demi-tour et se figea face à moi. « Ecoutez Adèle, dit-il d&#8217;un ton moins rude qu&#8217;à son habitude. Je ne veux pas vous brusquer. Mais j&#8217;ai des choses urgentes à régler&#8230; Je dois vous conduire jusqu&#8217;à un endroit sûr. Je&#8230; je suis désolé. Ne pleurez pas&#8230; » Je ne parvins à me calmer qu&#8217;en apercevant son visage gêné entre deux salves de larmes salées. Il me regardait de ses yeux intenses et noirs, mais ne parvenait pas à faire un geste vers moi. Prenant conscience de ce manque d&#8217;assurance face à la situation visiblement pénible et inhabituelle que je lui infligeais, une bouffée de courage et d&#8217;orgueil m&#8217;étreignit le ventre et je me frottai le visage pour tenter d&#8217;y effacer les traces de pleurs. Je hochai la tête et nous reprîmes notre chemin.</p>
<p>Au bout de quelques minutes à marcher à présent le long d&#8217;une large galerie, je levai finalement les yeux et fut littéralement soufflée par la vision qui s&#8217;offrait à moi. Nous étions en contrebas d&#8217;une profonde ouverture dans les falaises, une seconde grotte ouverte sur la mer. Les vagues déchainées se brisaient sur les rochers à dix mètres de nous, me rappelant cette tempête qui faisait rage dehors. « Venez », m&#8217;intima Jean, en me prenant la main. Il m&#8217;entraina vers un autre passage, plus étroit celui-là, dans lequel nous nous engouffrâmes.</p>
<p>Très vite, nous fûmes à nouveau dans le noir. Me serrant la main, Jean me guida au fur et à mesure, m&#8217;indiquant les tournants et les obstacles tout le long du boyau. Alors que mes yeux s&#8217;abituaient progressivement à la pénombre, je distinguai des escaliers. Nous les empruntâmes jusqu&#8217;à une nouvelle porte, à laquelle Jean frappa doucement. Nous patientâmes quelques instants. Je sentis sa main serrer la mienne. Ferme et protectrice. Cette main me rassurait, je la pressai donc à mon tour. Envie ou simple reflexe? Je ne sus me l&#8217;expliquer. Surpris, Jean tressaillit. Je sentis malgré l&#8217;obscurité qu&#8217;il se tournait vers moi d&#8217;un air interrogateur. Mais très vite, la porte s&#8217;ouvrit. Et c&#8217;est un Julien le visage crispé qui nous laissa entrer dans la pièce.</p>
<p>« Je suis désolé Jean! Comment aurais-je pu savoir qu&#8217;elle allait trouver le passage! » Le jeune homme était visiblement énervé et inquiet. Son aîné le toisa d&#8217;un air impassible, tout en me poussant doucement au centre de cette petite chambre. « Qu&#8217;est-ce que tu veux que je te dise? Tu n&#8217;avais qu&#8217;à pas faire le malin hier! Qu&#8217;est-ce que c&#8217;était que cette idée d&#8217;espionner papa et Blanche par le passage?! On ne te l&#8217;a jamais demandé. C&#8217;était totalement inutile et tu t&#8217;es retrouvé coincé. » J&#8217;écoutais leur échange, incrédule. « Et Blanche? Demandai-je. C&#8217;est elle qui a tué votre père? » Julien se tut, alors que Jean se tournai vers moi: « Je vous ai déjà dit que je ne savais pas qui était le meurtrier&#8230; Et je ne crois pas que ce soit elle&#8230; Malgré ce que pense Alex. Elle avait trop d&#8217;intérêts à ce qu&#8217;il reste en vie. »</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Mais au-delà de la peur et de l&#8217;incertitude sur ma situation, mes larmes avaient le goût de l&#8217;abandon.</p></blockquote>
<p>« Tu la gardes là jusqu&#8217;à ce que je revienne, dit-il ensuite à Julien, se dirigeant vers une seconde porte, plus traditionnelle celle-là. Je dois aller saluer ce salopard de Komenko. S&#8217;il ne me voit pas arriver, il va se douter qu&#8217;on lui cache quelque chose. Et pas question de lui dire que nous avons une petite invitée. Tu connais trop bien son goût pour la chair fraiche&#8230; » Son jeune frère cligna des yeux et marmonna trois mots dans un rictus amer, puis s&#8217;adressant à moi: « Tu sais jouer au Uno? Me demanda-t-il le sourire aux lèvres. Sinon, j&#8217;ai un Scrabble, mais je trouve ça super chiant. » Je ne parvenais pas à comprendre comment cet&#8230; orphelin pouvait paraître si détaché. J&#8217;étais en plein marasme émotionnel et lui me parlait de se faire un p&#8217;tit Uno&#8230; On croyait rêver.</p>
<p>Je me précipitai vers la porte au moment où Jean s&#8217;apprêtait à sortir. « Quand est-ce que vous aller appeler la police? Quand allez-vous me laisser partir? » J&#8217;attrapai sa main et plongeai mon regard dans le sien, tentant ainsi d&#8217;y puiser un début de réponse. Il se détacha brusquement et claqua la porte derrière lui. Pour la&#8230; troisième fois de la journée, je mis mis à pleurer à chaudes larmes. Mais au-delà de la peur et de l&#8217;incertitude sur ma situation, mes larmes avaient le goût de l&#8217;abandon. Jean parti, je me sentis immensément seule.</p>
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		<title>Chapitre 12 &#8211; Migraine</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 18:58:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: Linternaute Derrière mes paupières fermées, je ne vis que le noir. Le noir de la nuit? Celui du ciel noirci par la tempête? Immédiatement, je me remémorai les heures sombres que je venais de vivre&#8230; Combien de temps étais-je restée inconsciente? Aucune idée. Faisant glisser mes doigts sur les draps autour de moi, je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-60" title="salle de bain" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/salle-bain-230822.jpg" alt="salle de bain" width="540" height="358" /><em>Crédit: <a href="http://www.linternaute.com/sortir/magazine/photo/le-chateau-des-tesnieres/salle-de-bain-suite-du-nord.shtml" target="_blank">Linternaute</a></em></p>
<p>Derrière mes paupières fermées, je ne vis que le noir. Le noir de la nuit? Celui du ciel noirci par la tempête? Immédiatement, je me remémorai les heures sombres que je venais de vivre&#8230; Combien de temps étais-je restée inconsciente? Aucune idée. Faisant glisser mes doigts sur les draps autour de moi, je devinai être à nouveau couchée sur mon lit. Dans cette chambre que je voulais, le matin même, quitter le plus rapidement possible. Cette chambre qui n&#8217;était pas sûre. Cette chambre d&#8217;où partait ce mystérieux passage.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Le cauchemar dans lequel j&#8217;étais plongée depuis la veille au soir était sur le point de s&#8217;achever.</p></blockquote>
<p>J&#8217;ouvris les yeux. La pièce était plongée dans la pénombre. La lumière filtrait à travers les rideaux tirés. Une lumière grise et froide, celle de l&#8217;orage. Cela ne devait pas faire des lustres que je m&#8217;étais évanouie. Peut-être est-il à peine midi&#8230; Peut-être même un peu plus tôt encore. Quand je voulus me relever, ma tête me parut lourde et vide. Un peu comme un&#8230; médecine ball. Ce gros <span style="text-decoration: line-through;">truc</span> ballon qu&#8217;on nous <span style="text-decoration: line-through;">forçait</span> faisait manipuler au collège. Je me redressai complètement, rassurée sur le fait que le cauchemar dans lequel j&#8217;étais plongée depuis la veille au soir était sur le point de s&#8217;achever. La police devait déjà être prévenue. Peut-être même les forces de l&#8217;ordre étaient-elles parvenues à accéder jusqu&#8217;à Ploubelle-île.</p>
<p><span id="more-59"></span>Je me levai tout à fait, prenant appui sur le cadre du baldaquin, la migraine affreuse qui s&#8217;éveillait sous mon crâne m&#8217;empêchant de sauter à terre. Esquissant un mouvement vers la porte, je me dirigeai finalement vers la salle de bain, espérant n&#8217;avoir pas encore empaquetée ma trousse de toilette. C&#8217;était bien mon style&#8230; Tout laisser trainer. Et en effet, elle était bien là, à m&#8217;attendre gentiment sur le rebord du lavabo. J&#8217;en sortis une plaquette de médicaments contre <span style="text-decoration: line-through;">les douleurs menstruelles</span> le mal de tête. En avalai deux d&#8217;un coup et ressortis de la petite pièce. A la porte soudain, je tendis l&#8217;oreille, certaine d&#8217;avoir perçu un chuchotis de l&#8217;autre côté du chambranle. Posant la main délicatement sur la poignée, je la tirai ensuite vers moi. En vain. Je réessayai un peu plus fort. Sans plus de succès. La porte était fermée.</p>
<p>Agacée d&#8217;abord, puis sentant la colère monter en moi, je cognai sur le bois ancien et appelai (sans trop d&#8217;espoir tant je me doutai de ce que serait la réponse): « Ouvrez-moi! La porte est fermée! Ouvrez-moi! » Mais le silence se fit de l&#8217;autre côté du mur. Plus un bruit. Plusieurs secondes s&#8217;écoulèrent sans que j&#8217;entendis le moindre murmure. Puis une voix mal assurée s&#8217;éleva: « Adèle, tu ne peux pas sortir pour l&#8217;instant. C&#8217;est pour ta sécurité&#8230; Ne&#8230; ne m&#8217;en veux pas ». C&#8217;était la voix de Julien. « Julien, ouvre cette porte toute suite! Hurlai-je. Je ne peux pas rester dans cette chambre. Tu dois me libérer, Julien! Sinon&#8230; » Sinon quoi? Je n&#8217;avais aucun argument à y accoler. J&#8217;étais seule, sans soutien, sans défense. Robin? Où était-il? Savait-il que j&#8217;étais là, enfermée dans cette maudite pièce&#8230;?</p>
<p>Enfermée? Enfermée&#8230; Je me tus. Il fallait que je vérifie. M&#8217;élançant vers le pan de mur amovible, à quelques pas de la porte d&#8217;entrée, je vérifiai qu&#8217;il pivotait toujours. L&#8217;ouverture se dessina immédiatement, laissant libre un mince passage par lequel je m&#8217;engouffrai, sans réfléchir. Je refermai le pan derrière moi – une tentative sans doute vaine de camoufler ma fuite. Descendant à toute vitesse les escaliers découverts la veille, je me dirigeais à tâtons dans le noir total. Mais cela ne me faisait plus peur. Je préférais être là, dans cet ailleurs sombre et déjà familier, que dans ma chambre, à la merci de mes&#8230; geôliers.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>« Vous êtes le bienvenu ici, Andreï. Le personnel et toute la famille sont bien sûr à votre disposition pour toute la durée de votre séjour. »</p></blockquote>
<p>A hauteur du salon, je tendis l&#8217;oreille. Je perçus immédiatement plusieurs voix, que je n&#8217;identifiai pas de prime abord. Je pris le risque insensé d&#8217;entrouvrir le passage. D&#8217;un coup, je fus aux premières loges pour écouter la conversation, dont je ne pouvais en revanche voir les interlocuteurs: « Vous êtes le bienvenu ici, Andreï. Le personnel et toute la famille sont bien sûr à votre disposition pour toute la durée de votre séjour. D&#8217;ici la fin de la tempête, vous pouvez loger au manoir. Ce sera plus confortable pour vous et vos amis. Ce sont d&#8217;ailleurs les consignes de mon père. » C&#8217;était la voix de Robin. Elle était ferme, mais amicale. Aucune trace d&#8217;urgence ou d&#8217;amertume dans cette voix-là. « Je vais faire prévenir votre capitaine. Vos bagages seront déchargés au plus vite, monsieur Komenko. Votre personnel pourra, cela va sans dire, s&#8217;installer dans les dépendances. » C&#8217;était Alex cette fois. Presque obséquieux.</p>
<p>Je refermai le pan de mur, le plus doucement possible pour ne pas attirer l&#8217;attention. Me retrouvant dans le noir complet à nouveau, mon cerveau s&#8217;emballa en conjectures multiples.  Ce petit travail de méninges commençaient peu ou prou à devenir mon nouveau sport quotidien. La police n&#8217;était donc pas là. Mais ce fameux Komenko, lui, oui. Comment avait-il pu arriver sur l&#8217;île par ce temps? Mystère. Etait-il au courant du meurtre? Rien n&#8217;était moins sûr. Et pourquoi les frères avaient-ils tenu à m&#8217;écarter? Cela en revanche semblait évident: j&#8217;étais gênante. Présente au moment de la découverte du corps du paternel, j&#8217;aurais sans doute créer quelques complications au moment du débarquement de ce mystérieux client. Oui, sans le moindre doute, ne me serais-je pas effacée gentiment, comme ces employés froidement efficaces et dévoués que devaient être Annick et Maxime. J&#8217;étais si choquée, qu&#8217;ils avaient dû juger préférable de ne pas me présenter à ce Komenko. Ou même me laisser libre d&#8217;aller et venir. Tout cela était bien brumeux et effrayant&#8230; Qu&#8217;allais-je donc pouvoir faire maintenant? Je n&#8217;avais confiance en personne, même plus en Robin, qui devait être complice de mon enfermement – voire même son ordonnateur. Julien et Alex était sans nul doute dans la combine. Restait Jean et&#8230; Blanche. Etait-ce elle la meurtrière de monsieur Séraphin, <a href="http://www.lefeuilletondeficelle.com/?p=50" target="_blank">comme l&#8217;avait laissé entendre Alex</a>?! Elle était peut-être froide et calculatrice, mais elle avait l&#8217;air de faire une belle équipe avait son futur époux. Je ne savais que penser.</p>
<p>Alors que les voix s&#8217;éloignaient côté salon, je perçus d&#8217;infimes bruissements côté passage. L&#8217;endroit devait être infesté d&#8217;insectes, ou même de rongeurs&#8230; Brr. Quelle horreur. Soudain, mon cœur cessa de battre. Une main se referma durement sur mon avant-bras gauche.</p>
<p><img id="kosa-target-image" style="position: absolute; visibility: hidden; z-index: 2147483647; left: 736px; top: 1386px;" src="data:image/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAABYAAAAUCAYAAACJfM0wAAAABHNCSVQICAgIfAhkiAAAAAlwSFlzAAAK8AAACvABQqw0mAAAAB90RVh0U29mdHdhcmUATWFjcm9tZWRpYSBGaXJld29ya3MgOLVo0ngAAAAWdEVYdENyZWF0aW9uIFRpbWUAMDQvMDQvMDhrK9wWAAACLklEQVQ4jbXUP0wTcRQH8O/9ekdjkT8CUqpee00bRyNNmSRSV0PcJJoQg2i6ODTExEUHg04OaNSppqtCjQ4ukDSKSuLUwcm4NNZcQYsIGtD+u/f7MZSWXltqo/Ul7/JL7u7z3r3fLye53e5xj8ejoYWRSCSSstfr1YLBYHcr4XA4rMmMMciy3EoXjDHIjDEoivL/4fefrP1P3nYEvqzLajOIo8fQz5/cfH3cnVttCM8udQaODBxQFx44Ye9h4HxvdGWtgMlbSXV2SQoMHf0RNcGSJJlmvPLdos7fdyIWL+D5myx+ZwwUDAIRh2EU1wYRFItA6FwvIjdcGJr4qFYakiSBlTavlABwsJth7mUWmSyBOAfnAkQE4gKccxBx/MoYmHmcxuH+NgAwGQ03j3NeRjjnoGqcC/zcIgghAMBkNISJuKlbEy4EaKdoKerC5nNMxQdlgVx+t0siKhYQovwV1rbdtyoNxlhxxoqilBMA0uuES6Pt6NqP2hHsoDarhJuXD2F5NV/uuJR1T4XLzvTJ25/VyHUnzgzba0YkKq6pdB4T00m47EyvPhU1M54asy3ee5o55bvwQQWAr/PHMBfbQGhGrykCANqARZ8asy3+ccYjg/K3kcF9UQAYvrJ29dmrDUxHlnOxu72P+rpYrq5eFU39K649TCF0tnPB0WdtCt2z48rQHIp+8XTHu9ET7alm0aY6fnFHjda98a/w3wZjDJLP5xv3+/1aK+F4PJ7cBm32CUNiyI2GAAAAAElFTkSuQmCC" alt="" /></p>
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		<title>Chapitre 11 &#8211; Piège</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 17:55:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: bernard.versio.fr Les rideaux tournoyaient autour des fenêtres, toutes les deux entrouvertes. Leur épais lainage cendre virevoltant dans la pièce, donnait à la scène un caractère plus lugubre encore. Nous ne réagîmes pas immédiatement. Au bout de trois ou quatre longues secondes, Robin s&#8217;avança d&#8217;un pas lourd et brusque vers son père immobile, le visage [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-54 aligncenter" title="falaises1" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/falaises1.jpg" alt="falaises1" width="333" height="500" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: <a href="http://bernard.versio.fr/index.php?showimage=60" target="_blank">bernard.versio.fr</a></em></p>
<p style="text-align: left;">Les rideaux tournoyaient autour des fenêtres, toutes les deux entrouvertes. Leur épais lainage cendre virevoltant dans la pièce, donnait à la scène un caractère plus lugubre encore. Nous ne réagîmes pas immédiatement. Au bout de trois ou quatre longues secondes, Robin s&#8217;avança d&#8217;un pas lourd et brusque vers son père immobile, le visage livide rejeté en arrière, à moitié couvert de sang rouge sombre, visiblement déjà coagulé. N&#8217;osant pas le toucher, Robin tourna autour du fauteuil, les yeux rivés sur le cadavre – le doute n&#8217;était franchement pas de mise quand à notre capacité à le réanimer&#8230;</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Quant à moi, mon cœur s&#8217;était arrêté en entrant dans la pièce et le bougre mettait du temps à redémarrer.</p></blockquote>
<p>Nous n&#8217;esquissâmes même pas un geste en ce sens. Il sembla évaluer la situation, peut-être les causes de cette mort aussi brutale qu&#8217;incroyable. Quant à moi, mon cœur s&#8217;était arrêté en entrant dans la pièce et le bougre mettait du temps à redémarrer. Bientôt, je criai de façon presque inaudible, pour moi seule. Façon de vérifier que j&#8217;étais pour ma part toujours en vie.</p>
<p style="text-align: left;">Puis, je repris mes esprits. Et m&#8217;écriai: « Robin, est-il&#8230; Est-il mort? » Il ne répondit à cette question réthorique, puis, se précipitant vers la porte en me bousculant presque, il sortit. Puis rentra à nouveau et me prit par l&#8217;épaule, me tirant vers l&#8217;extérieur. « Ne restez pas là enfin, Adèle. Venez. » Sur le pallier, alors que, tremblante, perplexe et effrayée, je me tenais à côté de lui, il déverrouilla le clavier de son portable et, tournant sur lui-même, très agité, il finit par dire: « Jean, c&#8217;est moi. Descends, on a un très gros problème. » Sa voix était saccadée, son ton plus grave que d&#8217;ordinaire, mais je ne sentis dans cette simple phrase aucune de trace de peur ou de chagrin.</p>
<p style="text-align: left;"><span id="more-50"></span></p>
<p style="text-align: left;">Je le regardai avec des yeux ronds, infoutue de capter ce qui était en train de se passer. Très  choquée, je cherchai en vain une once de tristesse ou de panique sur son visage, en vain. Son comportement était incompréhensible. A mesure que montait mon angoisse et ma colère, mes larmes commencèrent à couler, sans que vraiment je ne m&#8217;en aperçus. « Mais Robin enfin, que se passe-t-il? Je ne comprends pas&#8230; Votre père? Est-il mort&#8230; là, dans la pièce? Qu&#8217;avez-vous vu? Vous ne l&#8217;avez même pas touché&#8230; A-t-il reçu quelque chose au viasge&#8230;? S&#8217;est-il cogné? Fais ça tout seul? Quelqu&#8217;un lui a-t-il fait du mal? » Je bégayais, traversées maintenant de sanglots montant par vagues, de plus en plus fortes. Il se tourna vers moi, me prit doucement par les épaules et me souffla: « Adèle, calmez-vous. Oui, mon&#8230; père est mort. Sans doute un coup porté au visage. Peut-être un accident. Vous ne devez pas paniquer. Jean arrive&#8230; Nous allons&#8230; régler ça&#8230; Appeler la police. »</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Ses yeux, à présent durs et froids, n&#8217;exprimaient toujours aucune peine, mais une colère vive.</p></blockquote>
<p style="text-align: left;">Mes genoux cotonneux ne me portaient plus, je flanchai. Me portant à moitié jusque sur les marches, Robin s&#8217;assis à mes côtés, écarta les cheveux mouillés de larmes collés sur mes joues et continua: « Ne vous en faites pas, ce cauchemar sera bientôt terminé. Nous allons faire fouiller l&#8217;île. Nous finirons par trouver le responsable et&#8230; il sera arrêté et&#8230; puni. » Il avait prononcé ces derniers mots presque sans voix, juste pour lui. Je frissonnai et l&#8217;observai encore. Ses yeux, à présent durs et froids, n&#8217;exprimaient toujours aucune peine, mais une colère vive. Je ne comprenais pas cette réaction. Et j&#8217;osai: « Mais, Robin&#8230; Vous n&#8217;avez pas l&#8217;air surpris ni affecté. Je, je&#8230; » N&#8217;arrivais pas à mettre des mots sur cette étrange et perturbante réaction. A sa place, j&#8217;aurais hurlé, pleuré, me serais peut-être évanoui ou du moins aurait sans doute fini prostrée dans un coin.</p>
<p style="text-align: left;">Il n&#8217;eut pas le temps de répondre que Jean, suivi d&#8217;Alex et de Julien, montèrent quatre à quatre les marches du grand escalier. Jean se précipita immédiatement dans le bureau paternel, sans même que Robin ait eu besoin de lui faire le moindre signe. Il en ressorti moins d&#8217;une minute plus tard, le visage déterminé et calme. Ces deux-là réagissaient d&#8217;une façon vraiment inhumaine. N&#8217;éprouvaient-ils aucune peine à perdre leur père? Tels deux rocs, ils ne pensaient déjà qu&#8217;à l&#8217;après. Les cadets ne furent pas aussi placides. Une fois entré dans la pièce où se trouvait toujours le corps, Alex poussa un cri bref et resta un long moment invisible. Julien ressortit quant à lui illico, les larmes aux yeux. Son regard, interrogateur, scrutait ses deux aînés, en quête d&#8217;une réponse, d&#8217;une marche à suivre.</p>
<p style="text-align: left;">« Nous devons absolument cacher cela, commença Jean. Au moins jusqu&#8217;au 12. On ne peut pas risquer d&#8217;avoir les flics sur le dos en présence de Komenko et de sa clique. » Il parlait à voix basse, souhaitant sans doute que j&#8217;en entende le moins possible. « Ils ne pourront pas accoster à cause de la tempête de toute façon, lui rétorqua Robin. Et puis qu&#8217;est-ce qu&#8217;on leur dira la semaine prochaine, quand le corps sera à moitié décomposé? Non, on n&#8217;a pas le choix. On appelle. Et on précise que l&#8217;île est inaccessible jusqu&#8217;à nouvel ordre. » « On peut le descendre au congélo, hasarda Julien. Annick nous fera un peu de place. » Je hoquetai. Un haut le cœur me contracta le torax. D&#8217;une empleur telle que je faillis rendre mon pantaguélique petit déjeuner.</p>
<p style="text-align: left;">Alex ressortit du bureau à son tour, les yeux rougis. « Qui a fait ça, hurla-t-il? Je vais la buter. C&#8217;est elle, c&#8217;est forcément cette pute. » Il s&#8217;élança dans l&#8217;escalier, la rage au ventre et continuant à vociférer des injures. Jean se précipita à sa suite et parvint à le maitriser. « Non, tu restes là. On ne sait pas qui a fait ça. Et puis, de toute façon, personne ne peut quitter l&#8217;île. Si c&#8217;est elle, elle est prise au piège. Comme nous tous d&#8217;ailleurs. » Réprimant un nouveau haut le cœur, je parvins à me redresser et, tanguant franchement sur mes gambettes, je m&#8217;adressai aux frères à mi-voix: « On ne peut pas partir, c&#8217;est ça. On est coincés ici? Je veux partir Robin, je veux m&#8217;en aller&#8230; J&#8217;ai peur. Je veux partir! » « Non, Adèle, c&#8217;est impossible, vous êtes coincée ici, tout comme nous et la personne qui a sans doute commis ce crime. Je sais que c&#8217;est difficile pour vous là, tout de suite, mais je suis là. Nous sommes là, vous n&#8217;avez rien à craindre. » La panique montait et je ne le croyais plus. Je criai soudain: « Mais Robin, je dois PARTIR, c&#8217;est urgent! Ici, ça n&#8217;ira pas, je ne serai pas en sécurité, je ne veux pas rester&#8230;! » « Vous n&#8217;avez pas le choix, Adèle, c&#8217;est comme ça. Mais ce ne sera sans doute pas long. L&#8217;affaire de quelques jours. » Je sentis la terre tourner, le sol s&#8217;affaisser sous moi. Et puis le noir.</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Le Feuilleton peut, à ce stade, s&#8217;élancer dans plusieurs directions. C&#8217;est maintenant à vous de décider. Quelle sera la suite des aventures d&#8217;Adèle?</strong></p>
<p style="text-align: left;">1) Adèle se réveille dans sa chambre. Perdue, elle se rend au rez-de-chaussée, aperçoit Robin trempé par la fenêtre, qui entre et la salue comme s&#8217;il ne l&#8217;avait pas revue depuis leur entretien parisien.<br />
2) Adèle se réveille dans sa chambre. Elle tente d&#8217;en sortir, mais elle est verrouillée. Empruntant le passage, elle descend jusqu&#8217;au salon, d&#8217;où elle entend des bribes de discussion. Komenko et sa troupe sont déjà là.<br />
3) Adèle se réveille dans un endroit inconnu dont elle ne peut s&#8217;échapper. Il s&#8217;agit sans doute d&#8217;une grotte quelque part sur l&#8217;île. C&#8217;est Maxime, l&#8217;intendant, qui joue les geôliers.<br />
4) Adèle se réveille dans son appartement, à Paris, et tente en vain de contacter les Séraphin. Même Ploubelle-île a disparu de la carte.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Le vote s&#8217;est déroulé <a href="http://ficelleetboulotte.hautetfort.com/archive/2009/04/23/chapitre-onze-piege.html" target="_blank">là</a>. C&#8217;est la seconde option qui a remporté le plus de suffrage.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><img id="kosa-target-image" style="position: absolute; visibility: hidden; z-index: 2147483647; left: 339px; top: 701px;" src="data:image/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAABYAAAAUCAYAAACJfM0wAAAABHNCSVQICAgIfAhkiAAAAAlwSFlzAAAK8AAACvABQqw0mAAAAB90RVh0U29mdHdhcmUATWFjcm9tZWRpYSBGaXJld29ya3MgOLVo0ngAAAAWdEVYdENyZWF0aW9uIFRpbWUAMDQvMDQvMDhrK9wWAAACLklEQVQ4jbXUP0wTcRQH8O/9ekdjkT8CUqpee00bRyNNmSRSV0PcJJoQg2i6ODTExEUHg04OaNSppqtCjQ4ukDSKSuLUwcm4NNZcQYsIGtD+u/f7MZSWXltqo/Ul7/JL7u7z3r3fLye53e5xj8ejoYWRSCSSstfr1YLBYHcr4XA4rMmMMciy3EoXjDHIjDEoivL/4fefrP1P3nYEvqzLajOIo8fQz5/cfH3cnVttCM8udQaODBxQFx44Ye9h4HxvdGWtgMlbSXV2SQoMHf0RNcGSJJlmvPLdos7fdyIWL+D5myx+ZwwUDAIRh2EU1wYRFItA6FwvIjdcGJr4qFYakiSBlTavlABwsJth7mUWmSyBOAfnAkQE4gKccxBx/MoYmHmcxuH+NgAwGQ03j3NeRjjnoGqcC/zcIgghAMBkNISJuKlbEy4EaKdoKerC5nNMxQdlgVx+t0siKhYQovwV1rbdtyoNxlhxxoqilBMA0uuES6Pt6NqP2hHsoDarhJuXD2F5NV/uuJR1T4XLzvTJ25/VyHUnzgzba0YkKq6pdB4T00m47EyvPhU1M54asy3ee5o55bvwQQWAr/PHMBfbQGhGrykCANqARZ8asy3+ccYjg/K3kcF9UQAYvrJ29dmrDUxHlnOxu72P+rpYrq5eFU39K649TCF0tnPB0WdtCt2z48rQHIp+8XTHu9ET7alm0aY6fnFHjda98a/w3wZjDJLP5xv3+/1aK+F4PJ7cBm32CUNiyI2GAAAAAElFTkSuQmCC" alt="" /></p>
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		<title>Chapitre 10 &#8211; Tempête</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 17:51:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: goutdeliberte.blogspot.com Quand j&#8217;ouvris un œil, un rai de lumière grise me fit immédiatement cligner des paupières. Les volets n&#8217;étaient qu&#8217;à moitié fermés, claquant au vent encore plus fort que la veille. J&#8217;avais dormi toute habillée, allongée sur l&#8217;édredon, en travers du lit. Je mis quelques secondes à me souvenir du lieu où je me [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-48" title="pluie" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/pluie.jpg" alt="pluie" width="375" height="500" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit: <a href="http://goutdeliberte.blogspot.com/2008_01_01_archive.html" target="_blank">goutdeliberte.blogspot.com</a></em></p>
<p>Quand j&#8217;ouvris un œil, un rai de lumière grise me fit immédiatement cligner des paupières. Les volets n&#8217;étaient qu&#8217;à moitié fermés, claquant au vent encore plus fort que la veille. J&#8217;avais dormi toute habillée, allongée sur l&#8217;édredon, en travers du lit. Je mis quelques secondes à me souvenir du lieu où je me trouvais. Puis, le déroulé de ma première journée à Ploubelle-île me revint en mémoire d&#8217;une traite. D&#8217;un coup, je me dressai sur mes coudes et vérifiai que mes valises étaient toujours là, bouclées à mes pieds&#8230; et que j&#8217;étais bien seule et en sécurité dans la pièce. Un frisson me parcourut en repensant au fait qu&#8217;on pouvait entrer dans ma chambre comme dans un moulin.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Je ne pouvais décemment pas invoquer la discussion surprise au salon.</p></blockquote>
<p>Me redressant complètement, je tentai de rassembler mes idées de la nuit, en grande partie passée à imaginer un prétexte pour partir dès le matin. Je ne pouvais décemment pas invoquer la discussion surprise au salon, alors que je me trouvai dans le passage secret, derrière la porte dérobée.</p>
<p><span id="more-47"></span>Mais, guidée par une peur diffuse quoique légèrement irrationnelle et un certain dégoût pour cette étrange endroit, je savais instinctivement qu&#8217;il me fallait quitter les lieux au plus vite. Rassemblant ce qui me restait de courage, je décidai de descendre d&#8217;abord tâter le terrain (et grappiller quelques petites choses à manger) avant de me lancer auprès du maître des lieux dans des explications vaseuses sur, au choix: ma mère et son soudain cancer, ma sœur et son imminent accouchement, mon lapin nain retrouvé découpé en rondelles par le voisin, mon père écrasé par un camion pompe tonne à sa sortie du boulot, et autre excuses nullissimes, sorties de mon imagination bornée prolixe.</p>
<p>Entrouvrant la porte de ma chambre, je m&#8217;assurai que la voie était libre. Me dirigeant vers les escaliers, je réalisai soudain que le vent soufflait vraiment fort, s&#8217;engouffrant sous les cadres des fenêtres, sifflant jusque dans le hall du manoir. Brrr&#8230; Je frissonnai à nouveau, glacée cette fois. Je serrai mon gilet contre moi, heureuse d&#8217;avoir revêtu ma tenue de combat breton (jeans, chaussettes en laine moelleuse et boots à larges semelles en cuir, écharpe en coton à grosses mailles et top à manches longues en coton bio, oui, hein, bon – même dans les situations les plus déagréables, il est indispensable de garder une certaine allure/éthique&#8230;). Arrivée au bas de l&#8217;escalier, je visai la cuisine, l&#8217;inquiétude et le stress ne parvenant pas à occulter mon appétit légendaire. Les odeurs de café mêlées aux émanations de pain chaud et de chocolat me conduisirent tout droit à l&#8217;arrière du rez-de-chaussée. Longeant un large couloir, sur les murs duquel s&#8217;étalaient nombre d&#8217;estampes et autres gravures anciennes, j&#8217;aperçus en bout de course, à travers une porte entrouverte, les fourneaux ainsi qu&#8217;une femme s&#8217;y affairant. C&#8217;était Annick, à n&#8217;en pas douter. Virvoltant de l&#8217;évier aux placards, elle semblait en grande conversation avec un tiers. « Ils arrivent plus tôt que prévu, entendis-je prononcé par une voix masculine. Demain sans doute. Va falloir qu&#8217;on fasse un aller-retour d&#8217;urgence à terre pour faire le plein. Ils sont 27 normalement. Tu connais Komenko&#8230; Il ne peut pas se déplacer sans sa cour au grand complet. » Et Annick de répondre: « Je ne l&#8217;aime pas celui-là, c&#8217;est un vrai mafieux. Je trouve que le patron devrait pas fricotter avec ce genre d&#8217;individus. Ils me donne la chair de poule. Et sa façon de traiter les femmes et les employés&#8230; ça me révolte. Pire que des chiens. »</p>
<p>Je fis claquer durement mes talons plats sur les dalles du couloirs pour les prévenir de ma présence. Puis j&#8217;entrai. « Ah, bonjour Adèle », me lança Maxime d&#8217;un ton un peu gêné. Assis à table, il tenait un large bol de café au lait entre les main, et portait déjà sa veste et son bonnet. « Bonjour Maxime, bonjour Annick. Puis-je me joindre à vous pour avaler quelque chose? » « Mais bien sûr, vous êtes la bienvenue! » me dit encore l&#8217;intendant, me désignant un siège face à lui. Je m&#8217;asseyai et remerciai la gouvernante qui dressait un couvert devant moi. Le ventre un peu noué, je m&#8217;enfilai grignottai quand même deux tartines de beurre salé/confiture de prunes, avec un peu de jus d&#8217;orange pour faire couler. Ma devise: toujours voyager/travailler/buller le ventre plein. Je ne perdai pas en revanche mon objectif de vue et demandai: « Est-il possible de se rendre à Lorient aujourd&#8217;hui? » « Pourquoi? Vous venez d&#8217;arriver! » s&#8217;étonna Maxime Coutereau, bien à propos. Annick, elle aussi, s&#8217;était tournée vers moi et m&#8217;observait d&#8217;un air interrogateur. « Et bien, je&#8230; heu&#8230; Je dois faire quelques boutiques pour compléter ma garde robe. Il fait beaucoup plus froid ici que ne me l&#8217;était imaginé. » A mon plus grand étonnement, je m&#8217;étais totalement dégonflée. Je ne parvenais pas à avouer mon envie de départ, et encore moins ma réelle motivation.</p>
<p>« Je suis désolée Adèle. Mais vous ne pourrez pas vous enfuir aujourd&#8217;hui. Ni même demain ou après-demain. La mer est très mauvaise. La météo annonce même une violente tempête. » « Mais&#8230; N&#8217;y a-t-il aucun moyen&#8230;? » J&#8217;étais soudain perdue, désemparée. Je me rendais compte que même si j&#8217;avais dit mon besoin de quitter cette île, cela n&#8217;aurait servi à rien. J&#8217;étais coincée. Prise au piège. Je restai sans mot dire, quand Maxime ajouta: « Seul les très gros bateaux peuvent accoster par ce temps. D&#8217;ailleurs, nous en avons un qui arrive demain. Vous serez sans doute occupée à d&#8217;autres tâches, mais vous croiserez ses occupants à coup sûr: ce sont des clients importants des Séraphin. Pas du genre discrets. »</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>J&#8217;étais sur mes gardes quant aux raisons réelles ou supposées de mon embauche par Robin&#8230;</p></blockquote>
<p>Je mordis dans une troisième tartine, cachant à grand peine mon trouble. Je me levai bientôt et pris congé des deux employés, qui avaient repris leur conversation logistique. Longeant le couloir jusque dans le hall, je réfléchis rapidement. Pas moyen de fuir. Et puis, fuir pourquoi? Finalement, j&#8217;étais informée, du moins partiellement, des activités familiales, qui visiblement n&#8217;étaient pas très nettes. J&#8217;étais sur mes gardes quant aux raisons réelles ou supposées de mon embauche par Robin&#8230; Mais n&#8217;avais-je pas moi-même eu des pensées similaires en acceptant le job. Et puis, à la lumière du jour, mes fantasmes de mauvais polars prenaient tout à coup du plomb dans l&#8217;aile. Et dehors, le vent redoublait encore de violence. Pas un temps à mettre une Adèle dehors. Dehors d&#8217;ailleurs, j&#8217;aperçus par la fenêtre une personne accourir vers le manoir, enroulée dans un imperméable vert foncé. Quelques secondes plus tard, la grande porte s&#8217;ouvrait et l&#8217;imperméable, ruisselant de pluie, faisait son entrée à deux mètres de moi.</p>
<p>Mon sang ne fit qu&#8217;un tour. C&#8217;était Robin. Se débarrassant rapidement de sa veste trempée, il se tourna vers moi, le sourire aux lèvres. « Adèle, quel plaisir de vous voir ici! Vous avez fait bon voyage? Vous êtes bien installée? Vous avez trouvé de quoi vous nourrir? Je suis désolé de ne pas avoir pu vous escorter moi-même hier mais une affaire m&#8217;a retenue en Italie&#8230; » Il n&#8217;arrêtait plus. Sa belle voix grave maintenait un débit de paroles chantantes et agréables&#8230; Contre toute attente, sa présence à ce moment précis me rassurait, me réchauffait. J&#8217;étais heureuse de la voir. Un comble. Il semblait me rendre la pareille et cela me mit encore plus de baume au cœur.</p>
<p>« Venez, venez! Nous allons monter dans mon bureau. » « Mais, votre père, que j&#8217;ai rencontré hier, m&#8217;a demandé de passer le voir ce matin. Dois-je aller m&#8217;excuser auprès de lui et vous rejoindre ensuite? » « Pas la peine, nous allons de ce pas lui annoncer ensemble que je suis de retour. » Et nous gravîmes d&#8217;un pas rapide les marches menant au premier étage, moi courant presque derrière lui. Une fois en haut, il frappa d&#8217;un geste vif sur le battant d&#8217;une grande porte de bois travaillé et n&#8217;attendit pas la réponse pour entrer. « Père, je me permets de vous déranger quelques instants. Je viens de croiser Adèle dans le hall et vous l&#8217;enlève dès aujourd&#8217;hui&#8230; » Je le suivai d&#8217;un pas et m&#8217;arrêtai net derrière lui. Devant nous, la vaste pièce était parfaitement ordonnée, décorée avec rafinement, quoique un peu froide. Sur le grand siège de cuir derrière un magnifique bureau en chêne massif, Monsieur Séraphin se tenait assis, droit comme un i. Sa tête, basculée vers l&#8217;arrière, était maculée de sang.</p>
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		<title>Chapitre 9 &#8211; Curiosité</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 17:48:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: www.chateaudejouhe.com « Terminé! Tu peux le leur dire. C&#8217;est fini, terminé! » L&#8217;homme avait prononcé ces mots d&#8217;une voix forte et grave. L&#8217;expression de son visage m &#8216;échappait – il me tournait le dos. Mais je compris au ton de sa phrase qu&#8217;il ne souffrirait pas d&#8217;être contredit. D&#8217;ailleurs son père, raide dans son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-45" title="escalier" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/escalier.jpg" alt="escalier" width="267" height="400" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;"><em>Crédit: <a href="http://www.chateaudejouhe.com/page3/page5/page34/page34.html" target="_blank">www.chateaudejouhe.com</a></em></span></p>
<p>« Terminé! Tu peux le leur dire. C&#8217;est fini, terminé! » L&#8217;homme avait prononcé ces mots d&#8217;une voix forte et grave. L&#8217;expression de son visage m &#8216;échappait – il me tournait le dos. Mais je compris au ton de sa phrase qu&#8217;il ne souffrirait pas d&#8217;être contredit. D&#8217;ailleurs son père, raide dans son fauteuil mais toujours souriant, ne fit pas même mine de lui demander des explications.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>« Adèle est la nouvelle assistante de Robin. Elle va vivre parmi nous quelques temps. »</p></blockquote>
<p>« Jean, nous parlerons de tout cela plus tard. Nous avons une invitée, que tu as bousculée, je te signale. Tu devrais peut-être t&#8217;en excuser auprès d&#8217;elle. » Ce que l&#8217;homme, visiblement toujours aussi furieux, ne fit pas. Se levant, le maître des lieux me dit alors, sans plus de cérémonie: « Adèle, je vous présente mon fils aîné, Jean Séraphin. Veuillez pardonner sa rudesse, il vient de faire un long voyage&#8230; » Et se tournant à nouveau vers son fils, il ajouta: « Adèle est la nouvelle assistante de Robin. Elle va vivre parmi nous quelques temps ».</p>
<p><span id="more-44"></span></p>
<p>Le nouveau venu m&#8217;observa une minute, son regard fouillant le mien, puis il sortit précipitamment de la pièce. « Nous avons à parler, père, lança-t-il, déjà dans le hall. Et vite. » Nous l&#8217;entendîmes grimper les marches du grand escalier, le bruit de ses bottes résonnant jusqu&#8217;à nous. J&#8217;étais franchement interpellée par ce comportement&#8230; rustre? Je ne décelais aucune méchanceté ni mépris dans ces agissements (contrairement à sa future belle-mère&#8230;), mais bien plutôt de la colère, teintée de réserve à mon encontre. Son père prit congé d&#8217;un sourire, et quitta la table pour la pièce adjacente – un salon des plus confortables, par la porte duquel j&#8217;avais pu jeter plus tôt un coup d&#8217;œil curieux. Larges fauteuils clubs et cheminée de pierre, tapis épais et guéridons fleuris donnaient à la pièce toute sa chaleur et son confort.</p>
<p>Alex et Blanche le suivirent, tandis que Julien m&#8217;entrainai dans le hall. « Encore désolé pour mon frère, il est plutôt ours dans son genre. Viens, je te raccompagne jusqu&#8217;en haut. » Je me laissai guider, vaguement intriguée par les murmures qui filtraient de la pièce voisine, mais comprenant que je n&#8217;étais plus la bienvenue au rez-de-chaussée. Quel homme étrange&#8230; me dis-je. Et pourquoi une telle rage? Que ne voulait-il plus faire? Ou voir? Ou dire? Encore un étrange comportement et un mystère de plus à élucider. Mais souhaitais-je vraiment en savoir plus. Jean m&#8217;avait fait un peu peur. Peut-être les activités de la famille Séraphin ne gagnaient-elles pas à être explorées plus avant finalement. Ma curiosité était piquée, mais la violence de l&#8217;entrée de Jean m&#8217;avait un peu refroidie. Quelle chose pouvait mettre un tel homme dans un état pareil?</p>
<p>Julien bavardait à côté de moi, mais je n&#8217;écoutais que distraitement. Il était question de son bac, de ses résultats toujours insuffisants aux yeux de son père&#8230; « Et ta mère? », fis-je soudain, réalisant qu&#8217;il manquait nettement une personne au tableau. « Elle est morte », dit simplement l&#8217;adolescent. « Oh&#8230; Je suis désolée. » A voir son visage soudain fermé, je regrettai immédiatement ma brusque sortie. Il ne sembla pas enclin à m&#8217;en dire d&#8217;avantage et je ne posai aucun question supplémentaire. Je sentis que j&#8217;en avais assez dit. Sombre, Julien me laissa sur le palier du deuxième étage et redescendit en marmonnant un « à demain » à peine audible.</p>
<p>J&#8217;avais gaffé, là. Peut-être ce décès était-il récent? Mais alors, que venait faire cette Blanche si tôt au bras d&#8217;un veuf de fraîche date? Peut-être M. Séraphin et son épouse n&#8217;étaient-ils déjà plus un couple au moment du décès&#8230; Je me perdais en conjectures. C&#8217;est alors qu&#8217;au fond du couloir, j&#8217;apperçus Jean refermer une porte et s&#8217;avancer dans ma direction. Quand il me vit, il eut un geste de surprise. Il passa devant moi sans m&#8217;adresser la parole et pris le virage vers l&#8217;escalier d&#8217;une démarche rapide et assurée. Je glissai quant à moi la clé dans ma serrure et me rendis compte que la porte n&#8217;était pas verrouillée. Je me souvenais pourtant de l&#8217;avoir fermée en partant&#8230; Ou peut-être avais-je simplement pensé le faire et oublié, après avoir découvert le passage utilisé par Julien. Peu importait, je savais à présent que je n&#8217;étais pas la seule à pouvoir entrer dans cet endroit.</p>
<p>Envoyant valdinguer mes compensées et jetant ma robe et mon gilet à sequins sur le fauteuil à côté du lit, j&#8217;enfilai rapidement mon vieux t-shirt à l&#8217;effigie des Bisounours (un peu la honte quand même&#8230;) et filais me rafraîchir dans la salle de bain. Farfouillant dans la trousse de toilette, j&#8217;en sortis deux petits élastiques strassés, que j&#8217;enroulai rapidement à l&#8217;extrémité de mes deux tresses. Me regardant dans le miroir, je me fis deux réflexions: 1) A 25 ans, je trouvais mon visage encore très enfantin, ce qui ne me plaisais guère&#8230; Les tresses n&#8217;arrangeaient rien, mais bon, personne n&#8217;était censé les voir. 2) Même si je tombais de sommeil, je n&#8217;étais pas certaine de pouvoir m&#8217;endormir tant j&#8217;étais excitée par ce lieu, ses habitants et le halo de mystère qui entourait le tout. De plus, le vent soufflait dehors, s&#8217;engouffrant dans les volets et les faisant claquer régulièrement. Malgré cela, la pièce était douillette. Les radiateurs fonctionnaient encore – ce qui n&#8217;était franchement pas du luxe par cette nuit glaciale de ce début du mois de mai.</p>
<p>Je grimpais dans mon lit, enfonçant avec délice mon visage dans les oreillers. J&#8217;éteignis la lampe de chevet et fermai les yeux, serrant très fort l&#8217;édredon entre mes cuisses. Quelle journée! Je ne devais pas oublier d&#8217;appeler ma sœur et ma mère le lendemain, pour leur dire que j&#8217;étais bien arrivée, que tout allait bien, blablabla. Surtout, ne pas leur raconter mes doutes quant à la « normalité » des Séraphin, ni mes interrogations sur leurs activités et leur drôle de manière de se déplacer dans le manoir. Se déplacer dans le manoir&#8230; Voilà qui me donnait des idées. Mauvaises, les idées, bien sûr.</p>
<p>Je sautai au bas du lit et enfilai rapidement mon long gilet de laine beige. Je pris mon briquet dans mon sac à dos de voyage, un joli sac Bensimon bleu marine à tirettes en cuir, et vérifiai qu&#8217;il était encore en état de marche&#8230; prolongée. Je passai ensuite une main sur le mur où j&#8217;avais découvert un peu plus tôt la fente et le passage, l&#8217;ouvris sans difficulté et me faufilai à l&#8217;intérieur. Il y faisait nuit noire. Mon cœur battait la chamade, mais pas de quoi me faire reculer, au contraire. A la lumière de la flamme du briquet, je suivis un long couloir dont je ne voyais pas le bout. Puis soudain, je faillis tomber. Des marches. En avançant la flamme, j&#8217;en découvris qui montaient et d&#8217;autres qui descendaient. Je pris le chemin du bas.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Non que je me sentis en danger, mais j&#8217;avais peur d&#8217;être découverte.</p></blockquote>
<p>La descente fut plus longue que ce à quoi je m&#8217;attendais. A mi-parcours, un palier, que je laissai sur ma droite. Au bout de quelques minutes, qui me semblèrent une éternité, je parvins à un nouveau couloir. Je m&#8217;y enfonçai le cœur palpitant, quand je vis, non loin, un rai de lumière. Je m&#8217;en approchai le plus doucement possible, nettement effrayée cette fois. Non que je me sentis en danger, mais j&#8217;avais peur d&#8217;être découverte. Nouvelle venue fouineuse et cachotière&#8230; Pas bon, pas bon du tout. A quelques centimètres de la fente, je m&#8217;arrêtai et tendis l&#8217;oreille.</p>
<p>J&#8217;identifiai bientôt le crépitement d&#8217;un feu de bois, puis des bruits de pas, lents et réguliers. Et soudain, une voix: « Je pense que c&#8217;est une erreur d&#8217;avoir fait venir une étrangère ici ». C&#8217;était la voix grave de Jean. « Nous n&#8217;avons aucun intérêt à avoir quelqu&#8217;un susceptible de découvrir nos petits secrets&#8230; Et je t&#8217;épargne le pire, sache-le. » « Il n&#8217;y aura pas de problème, je t&#8217;assure, nota la voix policée et rassurante de son père. Elle n&#8217;a pas l&#8217;air plus maligne que ça&#8230; Et puis, si elle fait bien son travail, Robin arrêtera de nous fatiguer avec cette maison d&#8217;édition. C&#8217;est une perte de temps pour lui, et donc pour nous. » « Je n&#8217;aime pas ça, je te dis. En plus, avec ce que j&#8217;ai du faire pour les Komenko, on n&#8217;a pas intérêt à faire les malins et à attirer l&#8217;attention. J&#8217;espère que tu en as conscience&#8230; » « Je suis d&#8217;accord avec Jean, même si je trouve que c&#8217;est sympa d&#8217;avoir une fille ici. En plus, elle est plutôt mignonne&#8230; » « Ne te fais pas d&#8217;illusion, reprit son aîné. S&#8217;il l&#8217;a fait venir jusqu&#8217;ici, c&#8217;est qu&#8217;il compte bien se la garder pour son usage personnel&#8230; »</p>
<p>Je frissonnai. Je ne souhaitai pas en apprendre d&#8217;avantage. Faisant le chemin inverse le plus rapidement possible, je refermai la porte du passage derrière moi, allumai la lumière et restai là, secouée, les larmes aux yeux. Chez quelle bande de mafieux sadiques et pervers étais-je tombée? Je n&#8217;avais pas vraiment d&#8217;autre choix: j&#8217;attrapai ma valise et commençai à rassembler mes affaires.</p>
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		<title>Chapitre 8 &#8211; La firme</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 17:36:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit: pampille.over-blog.com Bizarrement, je n&#8217;étais pas complètement surprise. Je commençais à m&#8217;attendre un peu à tout avec cette étonnante famille&#8230; Les deux tourteraux se tenaient là, côte à côte, la main de l&#8217;une caressant la chevelure poivre et sel de l&#8217;autre. Monsieur Séraphin père, très digne dans son costume printanier parfaitement ajusté (du sur-mesure, sans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-42" title="couverts" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/couverts.jpg" alt="couverts" width="407" height="407" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;"><em>Crédit: <span style="color: #000000;"><a href="http://www.hautetfort.com/admin/posts/pampille.over-blog.com" target="_blank">pampille.over-blog.com</a></span></em></span></p>
<p>Bizarrement, je n&#8217;étais pas complètement surprise. Je commençais à m&#8217;attendre un peu à tout avec cette étonnante famille&#8230; Les deux tourteraux se tenaient là, côte à côte, la main de l&#8217;une caressant la chevelure poivre et sel de l&#8217;autre. Monsieur Séraphin père, très digne dans son costume printanier parfaitement ajusté (du sur-mesure, sans doute aucun), était assis sur l&#8217;une des chaises en métal blanc, installées sur la très spacieuse terrasse. Derrière lui, le regard fixé sur l&#8217;horizon et la mer, visibles au delà des arbres, la splendide et froide Blanche n&#8217;était pourtant pas avare de gestes tendres envers celui qui aurait pu être son père. Au premier coup d&#8217;oeil néanmoins, on s&#8217;apercevait aisément qu&#8217;ils formaient un couple bien assorti.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>L&#8217;expression sympathique de son visage contrastait avec le caractère impassible, voire rigide, des traits de sa compagne.</p></blockquote>
<p>« Mademoiselle Laurrisson!, me lança soudain le patriarche. Vous voilà enfin. » Et, se levant d&#8217;un bond, il s&#8217;avança vers moi et me serra vigoureusement la main. « Enchanté » fis-je poliment. « De même, répondit-il. Je suis heureux de faire votre connaissance. Robin nous a prévenu de votre arrivée. Je crois que vous connaissez déjà Blanche, ma fiancée. » L&#8217;expression sympathique de son visage contrastait avec le caractère impassible, voire rigide, des traits de sa compagne, pas prête à se laisser aller à un simple sourire envers mon insignifiante personne. Monsieur Séraphin ne s&#8217;en offusqua pas et m&#8217;indiqua d&#8217;un geste où m&#8217;asseoir.<span id="more-41"></span></p>
<p>Alex et Julien, restés en retrait lors de ce bref échange, suivirent le mouvement et s&#8217;installèrent également autour de la table ronde, sur laquelle était dressé l&#8217;apéritif. « Que souhaitez-vous boire, me demanda pour la forme le maître de maison, rassi à son tour. Annick, apportez-nous une bouteille de champagne, s&#8217;il vous plait. » Une employée de maison que je n&#8217;avais pas croisée jusqu&#8217;à présent, apparut sur le seuil et hocha la tête avant de s&#8217;exécuter.</p>
<p>« Nous sommes heureux de vous accueillir Mademoiselle, reprit-il, se tournant vers moi. Robin avait bien besoin d&#8217;une assistante. » Assistante? Je ne relevai pas, une nouvelle fois&#8230; « Il se pique d&#8217;éditer des auteurs obscurs! Chacun sa marotte, je ne vais pas m&#8217;y opposer&#8230; Mais heureusement, ce hobby ne lui prend pas tout son temps. » Blanche sourit (enfin!), manière pour elle d&#8217;adhérer aux propos de son « fiancé ». Quel âge pouvait-il avoir? Soixante-cinq, soixante-dix ans? Au bas mot. Ce qui ne l&#8217;empêchait ni d&#8217;être tout à fait alerte, et encore moins séduisant. Un homme viril, charismatique, à qui l&#8217;on avait instantanément envie de plaire, dont on se devait d&#8217;attirer l&#8217;attention&#8230; Prudence cependant, son cerbère veillait. Si je ne voulais pas m&#8217;attirer plus encore les foudres de la beauté brune, mieux vallait m&#8217;en tenir à ce pour quoi j&#8217;étais là et faire profil bas.</p>
<p>Une fois le champagne versé dans nos verres, le patriarche leva le sien et nous invita à faire de même. « A votre arrivée, ma chère. A notre fructueuse collaboration. J&#8217;espère que vous apprécierez la vie à Ploubelle-île et plus généralement la vie parmi nous. » Gênée, j&#8217;affichai cependant mon plus beau sourire et goûtai le délicieux nectar effervescent – issu, je n&#8217;en doutais pas, d&#8217;une très belle cave à vins. « Merci pour votre accueil, soufflai-je. J&#8217;espère me rendre utile et ne pas trop vous déranger par ma présence. » « Ne vous inquiétez pas, nota Monsieur Séraphin, ici, on va, on vient, il y a toujours du monde. Vous ne nous dérangerez pas du tout, et au contraire nous serez très utile. »</p>
<p>Je ne relevai pas cet énième sous-entendu incompréhensible et essayai de savourer la douceur de la soirée et la beauté du cadre. Alors que Blanche était rentrée « terminer un travail avant le dîner », la conversation s&#8217;amorça tranquillement entre Alex et son père, à propos du&#8230; yacht attendu dans quelques jours. « J&#8217;ai peur qu&#8217;il lui faille mouiller au large, confiait Alex. Leur bateau est énorme et le ponton un peu court. Ils n&#8217;auront rien contre&#8230; On leur assurera une navette 24 heures sur 24. Maxime y veillera. » « Demande lui d&#8217;embaucher quelques extras, répondit son père. Il nous faudra du monde pour assurer le service. Je veux que ça se passe sans fausse note. Je veux un service impeccable. »</p>
<p>Je ne perdais pas une miette de la discussion. Mais je dus m&#8217;interrompre quand Julien m&#8217;adressa la parole: « Alors, comment trouves-tu la maison? » « Superbe! Je n&#8217;avais jamais visité un endroit pareil&#8230; Mais, je n&#8217;ai pas bien compris. Un étage complet du manoir est réservé aux bureaux, or, si l&#8217;activité d&#8217;édition n&#8217;est pas l&#8217;activité principale de Robin et de ta famille, à quoi servent-ils? » Julien n&#8217;eut pas le temps de répondre. Son père, qui visiblement avait entendu (ou écouté?) ma question, me répondit sur un ton très sérieux: « Nous sommes banquiers d&#8217;affaires, mademoiselle, j&#8217;ignorais que Robin ne vous en avait pas informée. Nous travaillons avec quelques grands de ce monde et nous assurons, depuis quelques générations, que leur patrimoine prospère à travers la planète ».</p>
<p>Rien que ça. Bon, ça collait à peu près avec l&#8217;image de la famille bourgeoise et fortunée que souhaitait afficher cet homme accompli, père de famille nombreuse et riche homme d&#8217;affaires. N&#8217;empêche, plusieurs détails me chagrinait. Qu&#8217;attendait-on de moi ici? Etais-je réellement là pour suppléer Robin dans son « hobby »? Pourquoi Julien (et peut-être Alex) se déplaçaient-ils dans la maison en utilisant des passages secrets? Quels riches clients allaient bientôt débarquer à Ploubelle-île? Je n&#8217;eus pas le temps de cogiter très longtemps. Nos coupes sifflées, nous fûmes invités à passer à table.</p>
<p>Le couvert était dressé dans la vaste salle à manger du manoir. Nappe blanche, couverts en argent, assiettes de porcelaine, serviette en lin beige, verres en cristal&#8230; La décoration était sobre, somptueuse. Sans faute de goût. Ma mère aurait été ra-vie. Aux murs, sur les pierres apparentes étaient tendues de superbes tapisseries anciennes, représentant des scènes de combat naval, de pêche royale et d&#8217;agapes champêtres.</p>
<p>Nous prîmes place de part et d&#8217;autre de la longue table rectangulaire. En face de moi, Alex me sourit de son air rassurant et coquin. Julien s&#8217;installa à mes côtés. En bout de table, Monsieur Séraphin et Blanche de Fronsac déplièrent leur serviette et entamèrent l&#8217;entrée sans plus de cérémonie. Je tentai de me détendre et savourait le carpaccio de Saint-Jacques à l&#8217;estragon et huile d&#8217;olive, me retenant de saucer vigoureusement mon assiette&#8230; Pendant que le maître des lieux étrillait Julien à propos de ses résultats scolaires navrants, ainsi qu&#8217;il les qualifiait, Alex et moi échangeâmes quelques banalités, puis, sentant mon besoin d&#8217;en apprendre un peu plus sur les activités familiales, il me glissa: « Mon père est dans les affaires, et nous travaillons tous, de près ou de loin, en lien avec lui. Sauf bien sûr Julien et Ariane, qui sont encore étudiants. Robin est le bras droit de mon père. Banquier de formation. C&#8217;est lui qui gère le portefeuille de plusieurs de nos plus gros clients. Il voyage beaucoup, en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Il a monté une petite maison d&#8217;édition il y a quelques années, avec l&#8217;une de ses conquêtes d&#8217;alors. Madeleine. Très intelligente. Je l&#8217;appréciais beaucoup, même si j&#8217;étais pas très vieux à l&#8217;époque. Bon, ça c&#8217;est un peu mal terminé&#8230; » remarqua-t-il avec une pointe de regret. « Il a du mal à se consacrer à cette activité, reprit-il, mais il ne lâche pas. C&#8217;est pour ça qu&#8217;il a fait appel à vous. Pour le seconder dans cette tâche. »</p>
<p>« Joséphine, elle, s&#8217;occupe de la logistique, des agendas, reprit-il. Elle a un an de plus que moi. Jean, lui, bon, c&#8217;est un peu compliqué&#8230; Il, euh, assiste les clients, les dépanne en cas de pépin. Avec ce type de personnalités, il faut être au petit soin, régler leurs business dans les moindres détails. Blanche travaille avec mon père, et moi, je déniche, je prospecte, je suis la partie émergée de l&#8217;iceberg. De la firme Séraphin. » La firme? Je n&#8217;étais pas beaucoup plus avancée, mais il avait fait un effort. Je compris que je n&#8217;en saurais pas plus lorsque son père s&#8217;intéressa à nos messes basses. « Qu&#8217;est-ce que tu lui racontes Alex? Ne lui dévoile pas tout nos petits secrets, s&#8217;il te plait! » Il avait prononcé cette phrase sur le ton de la plaisanterie, mais je sentis qu&#8217;il y faisait passer un message clair à son fils. Alex avala une bouchée de queue de lotte et me sourit gentiment, l&#8217;air de s&#8217;excuser.</p>
<p>Fatiguée par le voyage, je sentis une bonne vieille migraine pointer son nez dans la partie émergée de mon iceberg, alors que nous avalions notre dernière bouchée de dessert. « Je vous pris de m&#8217;excuser, fis-je. Mais je suis exténuée. Je vais monter me reposer. » « Vous êtes toute pardonnée, m&#8217;assura Monsieur Séraphin. Passez dans mon bureau demain matin à 9h, nous verrons ensemble ce que vous pouvez régler avant le retour de Robin. » Je souhaitai une bonne nuit à l&#8217;assemblée et me dirigeai vers l&#8217;escalier, quand je fus violemment bousculée. Nous restâmes quelques instants sonnés par le choc. Puis je levai la tête et me trouvai nez à nez avec un homme échevelé, grand et musculeux, une large veste imperméable recouvrant ses larges épaules. Je restai interdite, tandis que le nouvel arrivant plongeait son regard dur dans le mien, avant de me contourner sans ménagement et de se planter devant celui qu&#8217;il appela papa.</p>
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		<title>Chapitre 7 &#8211; Le passage</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 17:35:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Je sentis les traits de mon visage se figer, le sang se glacer dans mes veines. Puis, très vite, je me détendis. La mine du très jeune homme (il ne devait pas avoir plus de 17 ou 18 ans&#8230;), grand et mince, qui se tenait devant moi, était tout aussi tendue, exprimant un profond désarroi. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-39" title="chambre" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/chambre.jpg" alt="chambre" width="400" height="500" /></p>
<p>Je sentis les traits de mon visage se figer, le sang se glacer dans mes veines. Puis, très vite, je me détendis. La mine du très jeune homme (il ne devait pas avoir plus de 17 ou 18 ans&#8230;), grand et mince, qui se tenait devant moi, était tout aussi tendue, exprimant un profond désarroi.</p>
<p>« Mais qui êtes-vous? » Demanda-t-il soudain d&#8217;une voix blanche, rompant le silence dans lequel nous nous toisions depuis quelques secondes. « Qui êtes-vous, vous? » Répondis-je du tac au tac. « Je&#8230; Je suis désolé, balbutia-t-il cette fois. Je ne voulais pas&#8230; »</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Il ne dit plus rien, mais son regard semblait crier quelque chose.</p></blockquote>
<p>Il n&#8217;eut pas le temps d&#8217;en dire plus, interrompu par un grattement discret sur la porte de ma chambre. « Adèle? Puis-je vous déranger? C&#8217;est moi, Alex. » « Entrez », dis-je plus fort que je ne l&#8217;eusse souhaité, la voix légèrement trop aigüe. Quand Alex apparut sur le seuil, il marqua une pause en apercevant le garçon. Eberlué, il s&#8217;écria: « Mais qu&#8217;est-ce que tu fous là, toi? » Le jeune homme paru deux fois plus paniqué, sa tête fixant le mur face au lit, les yeux révulsés. Il ne dit plus rien, mais son regard semblait crier quelque chose. Un message que je ne pus déchiffrer.<br />
<span id="more-38"></span><br />
Alex fit mine de se reprendre, puis, visiblement toujours aussi furieux, se tourna vers moi: « Veuillez excuser mon frère Julien, Adèle. Il ignorait que vous étiez logée dans cette chambre. » « Mais comment a-t-il fait pour entrer? Explosais-je. Je n&#8217;ai rien vu ni rien entendu. A peine un bruit de porte! » « Julien, comme tous les membres de la famille, possède un passe qui donne accès à chacune des pièces de la maison. Mais il ne l&#8217;utilisera plus pour entrer ici, je vous le promets, Adèle. C&#8217;est une regrettable erreur. »</p>
<p>« Ce n&#8217;est pas grave, l&#8217;assurai-je, mentant un peu pour protéger l&#8217;adolescent, dont l&#8217;état d&#8217;agitation ne semblait pas vraiment s&#8217;améliorer. Il n&#8217;y a pas de mal. Je suis entière et s&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;une erreur&#8230; » « Non, c&#8217;est grave au contraire, repris Alex. Julien n&#8217;a pas à se glisser ainsi dans toutes pièces de la maison. Mais changeons de sujet. Je venais vous inviter à prendre l&#8217;apéritif avec moi sur la terrasse. Seriez-vous intéressée par un petit remontant après ce voyage et cette, euh&#8230; mésaventure impardonnable? » « Oui, bien sûr. Je me rafraichis et je vous rejoinds dans quelques minutes. » « Super! A tout de suite. » Il sourit, fit signe à Julien de sortir de la pièce et le suivis, refermant la porte derrière lui.</p>
<p>Une fois seule, je m&#8217;assis sur le lit, m&#8217;octroyant quelques secondes pour digérer les derniers événements. Un passe? Un&#8230; troisième frère? La colère d&#8217;Alex? L&#8217;étrange attitude de Julien? Tout cela était bien mystérieux. Je voulais bien croire que le jeune homme était entré chez moi par erreur, mais je ne comprenais pas, en revanche, pourquoi il avait besoin de se balader ainsi de pièce en pièce. Et sa façon bizarre de ne pas nous regarder, ni Alex ni moi, mais de fixer le mur, presque tétanisé. Il était peut-être complètement paumé, le pauvre garçon. Ou, fils gâté et oisif d&#8217;une famille riche, en proie à des rêveries solitaires. Ou à des activités pas très nettes? J&#8217;imaginais toute sorte de choses, des plus innocentes aux plus extravagantes, voir franchement graveleuses&#8230;</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Mes longs cheveux étaient tout emmêlés, la faute au voyage en bateau.</p></blockquote>
<p>Halte aux supputations. Je devais me secouer et rejoindre Alex. Faisant un petit tour dans la salle de bain attenante à ma chambre, je constatai que je faisais franchement peur à voir. Heureusement que Robin n&#8217;était pas là. Robin? Non, il était fiancé, je ne devais plus penser à lui. Au moins pas dans ces termes. Mes longs cheveux étaient tout emmêlés, la faute au voyage en bateau. Mon maquillage avait largement déserté les lignes courbes et néanmoins régulières de mon visage. Ma bouche était rouge d&#8217;avoir été trop mordue. Stress, frayeur et air du large ne faisait pas bon ménage avec des lèvres fermes, hydratées et glossées. Qu&#8217;à cela ne tienne, il me fallut dix petites minutes pour me ravaler la façade. Puis j&#8217;enfilai ma petite robe de printemps fétiche, signée Tara Jarmon, mon gilet à sequins tout neuf et mes compensées en raphia et cuir naturel, avant de jeter un nouveau coup d&#8217;oeil dans le miroir. Autrement plus présentable.</p>
<p>J&#8217;allais quitter la pièce quand je remarquai une ombre sur le mur face à mon lit à baldaquin. Une ligne sombre que je n&#8217;avait pas remarquée auparavant. Comme un mauvais raccord de tapisserie. Je passais la paume de la main sur le mur et sentis une fine aspérité. Je m&#8217;approchai encore et tentai d&#8217;accrocher avec mes ongles (trop longs et non-manucurés&#8230; no comment) l&#8217;interstice entre les deux pans de murs. Un faible mouvement m&#8217;encouragea à tirer pour fort vers moi et l&#8217;interstice s&#8217;agrandit. Persévérant avec difficulté, je parvins bientôt à la conclusion que le pan de mur pivotait. Et qu&#8217;il devait bel et bien s&#8217;agir d&#8217;une&#8230; porte. Au bout d&#8217;une ou deux minutes, le battant céda tout à fait et un passage se dessina sous mes yeux, donnant sur une cavité sombre, mais apparemment aménagée. L&#8217;évidence me frappa. Julien avait fixé ce mur de façon quasi-désespérée pendant tout le temps qu&#8217;il avait passé là. Il n&#8217;avait pas emprunté la porte d&#8217;entrée « officielle » de ma chambre, mais bien ce passage dérobé. A quelles fins? D&#8217;où venait-il? Impossible de le deviner&#8230; pour l&#8217;instant. Il me semblait évident que ce passage était connu d&#8217;Alex et que sa colère avait pour objet l&#8217;utilisation intempestive qu&#8217;en avait fait son jeune frère. Ou la possibilité pour moi d&#8217;en découvrir l&#8217;existence. Pourquoi alors m&#8217;avoir installée dans cette chambre&#8230;</p>
<p>Les questions s&#8217;accumulaient et les réponses possibles se bousculaient au portillon de mon imagination, encouragées à éclore par mon intense et soudaine curiosité. Cependant, il n&#8217;était pas question de dévoiler ma découverte. J&#8217;allais faire durer un peu le suspense, quitte à découvrir par moi même le pourquoi du comment, tout en restant sur mes gardes. Il semblait évident que ni Alex, ni Julien ne me voulait aucun mal. Néanmoins, le fait que mes appartements étaient accessibles à ceux qui n&#8217;y étaient pas invités m&#8217;imposait un peu plus de prudence dans la gestion de mon intimité. Les choses se corsaient, devenant toujours plus passionnantes, me dis-je, un peu naïvement. Midinette au pays d&#8217;Agatha Christie? Quel mal y avait-il à éprouver quelques frissons, tant que je ne découvrais pas un cadavre derrière ma porte, rigolais-je toute seule.</p>
<p>Vérifiant que je n&#8217;avais plus à rougir de ma mise, je décidai de descendre affronter Alex et surtout Blanche, la gentillesse et la chaleur faites femme. Dans le grand escalier, je songeai tout de même à cette drôle de famille&#8230; Combien de frères allais-je encore rencontrer? Cette maison était-elle un gruyère trouée de multiples voies de traverse? Mon esprit vagabondait quand je me trouvai nez à nez avec Julien, qui m&#8217;attendait penaud en bas des marches.</p>
<p>« Je suis réellement navré de ce qui c&#8217;est passé, haleta-t-il. Je ne voulais ni vous effrayer, ni vous mettre mal à l&#8217;aise. J&#8217;ignorais que vous seriez déjà là. » « Ce n&#8217;est rien, soufflai-je. C&#8217;est oublié. Et puis, nous avons fait connaissance, comme ça. » « Au fait, lui lançai-je encore avec malice, pourrais-tu m&#8217;éclairer sur le nombre de frères et soeurs que compte cette grande famille? » Le tutoiement allait de soi. Il le prit d&#8217;ailleurs plutôt bien, rassuré par mon ton visiblement amical. Et répondit: « Tu ne vas pas être déçue. Nous sommes quatre frères et deux soeurs! Tu connais déjà Robin je crois, et Alex, et moi. Tu n&#8217;as pas encore rencontré Jean, notre aîné. Ni nos soeurs, Ariane et Joséphine. Elles ne vivent pas là toute l&#8217;année, mais comme pour nous tous, Ploubelle-île est un port d&#8217;attache. Nous n&#8217;en restons jamais éloignés bien longtemps. Tu auras donc vite l&#8217;occasion de rencontrer toute la famille. D&#8217;ailleurs, mon père t&#8217;attend dehors, avec Alex&#8230; et Blanche. » Il avait baissé la voix en prononçant le nom de sa future belle-soeur.</p>
<p>De sa future belle-mère, compris-je instantanément en enjambant la porte-fenêtre menant à la terrasse.</p>
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		<title>Chapitre 6 &#8211; Le manoir</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 17:33:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous contournâmes l’îlot à vitesse réduite pour atteindre un petit ponton où nous accostâmes sans encombre. Encore sur mes gardes quoique soufflée par la beauté du paysage, je constatai que Ploubelle-île, d’une superficie (à la louche) de moins de dix kilomètres carrés, était quasiment exclusivement entourée de falaises abruptes. Difficilement accessible donc, la petite île [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-36" title="manoir" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/manoir.jpg" alt="manoir" width="500" height="375" /></p>
<p>Nous contournâmes l’îlot à vitesse réduite pour atteindre un petit ponton où nous accostâmes sans encombre. Encore sur mes gardes quoique soufflée par la beauté du paysage, je constatai que Ploubelle-île, d’une superficie (à la louche) de moins de dix kilomètres carrés, était quasiment exclusivement entourée de falaises abruptes. Difficilement accessible donc, la petite île n’en était que plus majestueuse… et mystérieuse.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Une dense végétation verte foncée, touffue sur les hauteurs, s’étalait à perte de vue.</p></blockquote>
<p>Agrippée aux rochers, une dense végétation verte foncée, touffue sur les hauteurs, s’étalait à perte de vue, surplombant la mer et recouvrant les falaises. Seule la plage, aperçue à notre arrivée de l’autre côté de l’îlot, semblait ouverte sur le large et tournée vers l’extérieur. Du ponton, sur lequel je sautai d’un pas leste aidée par Alex, le manoir familial était invisible. Seul se profilait derrière mon compagnon un chemin menant à un bel escalier de pierre.<br />
Sur le quai, visiblement constitué d’un bois précieux et exotique, et assez vaste pour accueillir un yacht de grande taille, nous attendait un homme en jeans et chemise foncée, la cinquantaine alerte et le cheveu grisonnant, plutôt bel homme.<br />
<span id="more-33"></span>Je remarquai dans son œil une légère froideur (lueur de mépris ?) quand Alex s’adressa à moi en le fixant : « Je vous présente Maxime Coutereau, notre intendant. Il est en charge d’à peu près tout sur l’île. Il la connaît comme sa poche. Si vous avez le moindre souci, la moindre question, n’hésitez pas à faire appel à lui ». Je serrai la main de l’intendant et nous échangeâmes un sourire poli. « Mademoiselle, me dit-il simplement. Je suis à votre disposition. Je vous indiquerai bien sûr où me trouver… à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. » Prévenance ? Invitation ? Le ton employé était neutre et sans ambiguïté, j’en conclus qu’il s’agissait d’une attention sincère et rassurante, une façon de signifier que j’avais un allié (m’en fallait-il un ?) dans la place. Je lui lançais un regard reconnaissant et m’empressai de suivre Alex dans l&#8217;escalier. Maxime se chargea de mes bagages et nous suivit sans ciller.</p>
<p>Au bout de quelques minutes, je levai les yeux et m’arrêtai, frappée par la beauté des lieux. Devant moi s’étalait un luxuriant jardin parfaitement entretenu, surplombant la mer et bordé d’arbres, au fond duquel se dressait une demeure de pierres gris clair haute de trois étages. Elégante et imposante, la maison était tout simplement magnifique. J’en restai interdite quelques instants, remerciant le sort une fois de plus de m’avoir conduite jusqu’ici.</p>
<p>« Adèle ? Vous venez ? », me héla Alex, déjà au bas des marches du manoir. « J’arrive ! », lançais-je. Et je me précipitai à sa suite, un peu penaude –pour ne pas changer. Je le rattrapai à peine quand une femme, toute de blanc vêtue, contrastant avec sa sublime chevelure brune et brillante, apparut dans l’encadrement de la porte principale. Levant les yeux vers elle, je reconnus immédiatement la femme aperçue dans la boutique aux côtés de Robin. Alex marqua un temps d’arrêt, visiblement (désagréablement ?) surpris de la voir là. « Salut Blanche ! lui lança-t-il finalement, peignant un sourire crispé sur son visage. Je pensais que vous ne seriez pas encore là ! » « J’ai du rentrer plus tôt… Une affaire urgente à régler, lui répondit la madone d’une voix froide. Robin est toujours à Milan. »</p>
<p>Puis, me détaillant d’un bref coup d’œil –sans s’embarrasser d’une quelconque discrétion, comme elle avait déjà eu l’occasion de le faire, et comme satisfaite de constater qu&#8217;elle me dominait en beauté et assurance, elle s’adressa enfin à moi : « Vous devez être Mademoiselle Laurrisson, la nouvelle assistante de Robin ? ». « Heu… Oui », balbutiais-je. Assistante ? Je n’étais pourtant pas vraiment sûre que tel fût l’intitulé de mon poste. Mais je n’allais pas me lancer dans une explication de ce type à peine arrivée. Pas devant elle en tout cas.</p>
<p>Au fond de moi, j’avais trop peur qu’on me renvoie. Puérile et déplacée, cette réaction me surpris. Je me sentais devant cette très belle femme comme une élève devant sa maîtresse, une conductrice ayant menacer d’écraser une petite vieille en grillant un feu devant un policier tout-rouge-le-calepin-de-contraventions-en-main. Bref, comme une cruche, quoi. Désagréable. Très désagréable. Ce job valait-il vraiment la peine de s’infliger tout ça. La question ne se posait plus vraiment. Cette affaire avait (déjà) dépassé le stade du simple « nouveau boulot ». L’aventure qui semblait faire corps avec cette place d’éditrice me tenait en haleine, je ne voulais plus reculer. Tout ça était trop passionnant.</p>
<p>« Je suis Blanche de Fronsac, reprit-elle, la fiancée de M. Séraphin. » Blanc. Rideau. Fin du film. J’affichai un sourire pour le moins figé. L’ « aventure » avait d’un coup pris un peu de plomb dans l’aile. Bien sûre, je n’avais pas eu la naïveté de croire que cette femme sublime était sa… euh, cousine, sœur, confidente. Mais bon, « fiancée », ça calmait clairement mes ardeurs.</p>
<p>« Enchantée », fis-je, poliment, lui tendant une main mal assurée. Elle la serra distraitement, déjà ailleurs, loin de mon insignifiante personne. « Le dîner est à 20 heures », lança-t-elle, s’adressant plus à Alex qu’à moi. Derrière moi, Maxime, qui s’était arrêté sur les marches les deux minutes que durèrent ces présentations, s’anima à nouveau et me contourna pour me faire face : « Adèle –je peux vous appeler Adèle ? Je vous conduis jusqu’à vos appartements. » J’acquiesçai et me tournai à mon tour vers mon hôte : « Je vous attends sur la terrasse pour l’apéritif », me lança alors Alex. « Désolée, heu… Pour elle. » Il ne prit pas la peine de m’en dire plus, mais je compris qu’il ne goûtait pas le ton et l’attitude de sa future belle-sœur. Je souris et entrai dans la maison à la suite de l’intendant.</p>
<p>L’intérieur de la demeure était à la hauteur des façades. La pierre nue recouvrait les murs, sans rendre froide pour autant l’ambiance générale des lieux. Dans le hall, un escalier imposant monopolisait l’attention du visiteur, tandis que quatre portes s’ouvraient sur différentes parties du manoir. « Par là, vous pouvez accéder aux salon, salle à manger et bibliothèque, m’expliqua Maxime. De ce côté-ci se trouvent les bureaux, de ce côté-là les cuisines. Au premier étage se trouvent les appartements de la famille Séraphin, au second, ceux des employés. » Tout en gravissant les marches du grand escalier, direction le deuxième étage, il me précisa encore que les chambres et tables d’hôte, une activité annexe de la maison, étaient sous sa responsabilité, dans une autre aile du manoir.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Mélange de Versailles et de maison de famille bretonne…</p></blockquote>
<p>J’écarquillais les yeux pour ne pas perdre une miette du spectacle. Des tapisseries précieuses et des tableaux de maîtres s’étalaient sur les murs, un épais tapis recouvrait l’escalier jusqu’au premier, tandis que sur les consoles installées sur les paliers, étaient posés horloges anciennes et vases de porcelaine, statuettes de marbre et miroirs dorés. Faste et orgueilleux, cet intérieur n’en était pas pour autant dénué de charme et de chaleur. Mélange de Versailles et de maison de famille bretonne… Etrange mélange, j’en conviens.</p>
<p>Nous parvînmes devant une large porte au deuxième étage, que Maxime ouvrit à l’aide d’une clé qu’il me tendit. « Vous êtes chez vous. » C’était la seconde fois que j’entendais cette phrase en moins d’une heure, prononcée par deux hommes différents. J’allais finir par le croire, si ce n’était l’accueil glacial de Blanche de Fronsac. Mais la vision enchanteresse de ma nouvelle chambre effaça en un instant celle de la froide « fiancée » de Robin. Baignée de lumière, vaste et sobre, les murs blanchis et les fenêtres immenses, la pièce était idéale. En son centre trônait un lit à baldaquin en bois clair, tendu de blanc lui aussi, et garni d’édredons soyeux et confortables.</p>
<p>Ravie, je remerciai Maxime, qui quitta la pièce sans mot dire. Je sautai dans mon lit et restai là, à contempler le plafond et savourer ce moment de détente. Et, sans m’en apercevoir, je sombrai dans un sommeil profond.</p>
<p>Ce fut un bruit de porte qui me réveilla. J’émergeai rapidement, essayant de me souvenir ou je me trouvais. Instinctivement, je sus que je n’étais pas seule dans la pièce. Je me redressai et constatai avec une certaine frayeur qu’un homme se tenait là et me fixait.</p>
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		<title>Chapitre 5 &#8211; Voyage</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 17:31:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ficelle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Adèle et les Séraphin]]></category>

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		<description><![CDATA[Devant la porte de mon immeuble m’attendait un homme de taille moyenne et tout en muscles, adossé à la portière d’une Audi flambant neuve. Décontracté et sûr de lui, l’homme portait des Ray-ban fumées aux montures écailles, malgré une absence totale de soleil, et un perfecto en cuir noir. Jean slim, baskets colorées et chemise à carreaux façon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-31" title="vagues" src="http://www.lefeuilletondeficelle.com/wp-content/uploads/2009/05/vagues.jpg" alt="vagues" width="500" height="367" /></p>
<p>Devant la porte de mon immeuble m’attendait un homme de taille moyenne et tout en muscles, adossé à la portière d’une Audi flambant neuve. Décontracté et sûr de lui, l’homme portait des Ray-ban fumées aux montures écailles, malgré une absence totale de soleil, et un perfecto en cuir noir. Jean slim, baskets colorées et chemise à carreaux façon « bucheron des villes » complétaient son uniforme de mec trendy. Un look eighties totalement tendance. Etrange allure pour un chauffeur.</p>
<blockquote class="pullquote_left"><p>Galamment, il m’ouvrit ensuite la porte côté passager, la referma sur moi et s’installa derrière le volant.</p></blockquote>
<p>« Adèle ? » m’apostropha-t-il en souriant. « Oui », répondis-je. « Bonjour, je suis Alex, le petit frère de Robin. Vous montez ? L’avion décolle à 9h30. » Je n’eus pas le temps de formuler la plus petite réponse. Il prit mes paquets d’une main ferme sans me demander mon reste et les enfourna dans le coffre. Galamment, il m’ouvrit ensuite la porte côté passager, la referma sur moi et s’installa derrière le volant. Je ne recouvris réellement mes esprits que lorsqu’il eut démarré en trombe et mis le cap vers le boulevard périphérique.<br />
J’osai alors lui adresser la parole : « Nous allons voyager ensemble ? » l’interrogeai-je d&#8217;une voix faible. « Tout à fait. A moins que vous ne sachiez piloter », me répondit-il, avec une pointe d’ironie. « Euh, non, bien sûr… Pourquoi, c’est vous le pilote ? » « Je n’en ai pas la tête ? », continua-t-il, à présent ouvertement amusé. « Si, oui… Désolée, je ne voulais pas… » Insinuer quoi que ce soit.<br />
<span id="more-32"></span>Raté. Et comme à l’accoutumée, je passais pour la naïve de service, impressionnée et impressionnable. Grr… Lamentable. Il était urgent de faire mien cet adage : l&#8217;habit ne fait pas le moine, surtout pas chez les Séraphin&amp;Co. Il clôt l’échange par un laconique, quoique rigolard : « Pas de souci. J’ai l’habitude… » Bon, il avait l’air plutôt sympa, c’était déjà ça. Quel âge pouvait-il bien avoir ? 24, 25 ans peut-être. A peu près comme moi. Ça commençait bien, j’allais voyager à bord d’un avion piloté par un débutant… Heureusement qu’aucun membre de ma famille n’était témoin de cette scène, ça aurait fait des histoires –sans aucun doute une crise cardiaque pour ma mère, des hauts cris pour sa voisine, des aboiements réprobateurs pour son chien. Qu&#8217;importe&#8230; Ils n&#8217;étaient pas là et c&#8217;était tant mieux ! J&#8217;étais pas en sucre tout de même&#8230; En plus, y a des gilets de sauvetage et des parachutes dans les avions au cas où ils se crashent&#8230; Et on ne donne une licence de vol qu&#8217;à ceux qui en ont le niveau, nan ?</p>
<p>Bref&#8230; En moins d’un quart d’heure, dans une atmosphère pour le moins tendue (du moins de mon côté) et silencieuse, nous arrivâmes au Bourget. L’aérodrome était plutôt encombré. Nous nous garâmes directement à proximité du jet et, en moins d’une demi-heure nous fûmes à bord. Les contrôles étaient effectués au sol et il suffit à mon chauffeur de s’installer derrière les mannettes, puis de patienter gentiment sur la piste en attendant le décollage. Je pris place à l’arrière du petit avion, sobre et confortable. Ce job allait présenter un maximum d’avantages en nature, commençais-je à me dire… On était bien loin du wagon bondé du TGV Paris-Bretagne, rempli de marmots se bagarrant pour savoir qui, du grand frère ou de la petite sœur, venait d’emporter la cinquantième partie de Uno.</p>
<p>Je sentis bientôt le moteur vrombir, l’avion accélérer puis décoller. Je jetais un regard à travers le hublot. Paris s’étalait, loin déjà. Et cette vue me serra le cœur. Pour la première fois, je m’éloignais de la capitale pour une durée indéterminée, pour « vivre » ailleurs, « m’installer » au loin. Enfin, « au loin », j’me comprends. Au bout d’un temps qui me parut très court –je rêvassais durant tout le trajet, snobant mes dix Vogue, Gala et autre Maison française…, j’aperçus une étendue bleue marine entre les nuages. On dépassait les falaises, contre lesquelles on voyait d’ici l’écume se former et les vagues se déchainer. Ne devions-nous pas atterrir à Lorient ? Je me levais et m’approchait de la cabine de pilotage. « Nous longeons les côtes et arrivons à Lorient dans quelques minutes, me confirma Alex. Asseyez-vous et attachez votre ceinture, s’il vous plait. »</p>
<p>Je fis demi-tour et m’exécutais, sentant monter l’excitation. Le ciel gris, ampli de nuages cotonneux, était épais autour de nous, le vent faisant valser la carlingue et je me demandais, pas très rassurée, comment mon pilote allait s’y prendre pour poser le jet sans encombre. Bon, il avait l’air de maitriser son affaire, mais on ne sait jamais, un malheur est si vite arrivé. Optimiste, hein ? Il n’avait pas l’air affolé, mais je bouclais tout de même rapidement ma ceinture. Au bout de quelques minutes qui me semblèrent une éternité, je vis la terre se rapprocher de nous à travers le hublot. Nous étions pas mal secoués, mais j’apercevais la piste en contrebas. On y était presque. Je me tenais aux accoudoirs, les jointures de mes mains blanchies tant je serrais fort. Je sentis bientôt le train d’atterrissage cogner contre le bitume de la piste et l’engin freiner des quatre fers.</p>
<blockquote class="pullquote_right"><p>Je ne pris pas la peine d’articuler une vraie réponse, n’en ayant aucune en stock à cet instant précis.</p></blockquote>
<p>Quand nous arrivâmes enfin à proximité du petit aérodrome et que l’avion marqua un arrêt un peu brusque, Alex passa la tête à travers le rideau qui séparait la cabine du reste de l’habitacle : « Pas trop secouée ? me demanda-t-il gentiment. Vous êtes toute blanche ! » Je mis quelques secondes à ouvrir la bouche : « Merci, mais je prendrai sans doute le train pour rentrer ». « Vous comptez déjà nous quitter ? » demanda-t-il, un sourire coquin sur les lèvres, qu&#8217;il avait presqu&#8217;aussi belles que son aîné. « Mmm… » Je ne pris pas la peine d’articuler une vraie réponse, n’en ayant aucune en stock à cet instant précis. Je me détachai, me levai et fit mine de rassembler mes affaires. Ne sachant pas s’il m’avait réellement effrayé ou si je jouais les vierges effarouchées (le savais-je moi-même ?), il fit en sorte que nous posions rapidement les pieds sur le tarmac, où une superbe Mini Cooper noire et rouge nous attendait, la clé sur le contact. Nous prîmes place à bord –mes sacs et paquets bouchant honteusement la vue arrière au conducteur, qui ne fit gracieusement aucun commentaire (décidément vraiment charmant et bien élevé, cet Alex…). Nous prîmes la direction du port, où nous montâmes à bord d’un hors-bord au nez long et fuselé. Quand le jeune homme mis les gazes, je regrettai instinctivement la chaleur moite et la cohue protectrice du métro parisien et m’agrippai une nouvelle fois à ce que je trouvais pour ne pas partir en arrière au premier coup d’accélérateur.</p>
<p>Très vite, nous fûmes au large et je scrutai l’horizon, espérant apercevoir le but ultime de ce périple : la fameuse Ploubelle-île. Emmitouflée dans mon coupe-vent doublé de laine polaire, mon bonnet Saint James (on s’équipe ou on ne s’équipe pas…) enfoncé sur les oreilles laissant dépasser mes mèches emmêlées par le vent, je me recroquevillai à côté de mon compagnon de voyage, visiblement enivré par la vitesse et la puissance de son engin.</p>
<p>Quand au loin, j’aperçus une tâche sombre, puis des falaises et une plage, puis, nous rapprochant, les contours d’une grande bâtisse de pierre, mon cœur s’emballa. J’étais heureuse. Heureuse de m’être lancée dans cette aventure, heureuse de constater que j’allais de surprise en surprise, que je me mettais (un peu) en danger et, surtout… que j’allais bientôt revoir Robin. Mon pilote me prit le bras et me sourit : « Bienvenue chez vous ».</p>
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