
Crédit: Flick
« Allô? » Je sortis discrètement du hall et me glissai dans le salon pour répondre au téléphone. Le numéro qui s’affichait était masqué. Bien que cette idée me mit mal à l’aise, je souhaitais qu’il s’agisse du commissaire. L’apparition de Komenko m’avait bouleversée. J’avais peur à nouveau et je ne savais plus en qui avoir confiance. Je fus presque rassurée quand il me gronda de sa voix grave et paternaliste: « On vient de voir un bateau s’éloigner des falaises de Ploubelle-île! Qui était-ce, Adèle? Répondez-moi, et pas de conneries s’il vous plait. »
« C’était Komenko. Andreï Komenko. Il nous a enlevé… Il a tué Alex… »
Je regardai autour de moi, j’étais toujours seule. Je me postai dans le cadre d’une porte-fenêtre donnant sur le jardin, scrutant les alentours, à l’affût. « C’était Komenko. Andreï Komenko. Il nous a enlevé… Il a tué Alex… » Je pleurais presque, ma voix se brisait à mesure que les mots sortaient de ma gorge. Je ne voulais pas parler, mais une force irrésistible me poussait à me confier. Il n’était pas du côté des méchants… Et moi non plus… C’était peut-être la solution pour blanchir Jean et Robin. Montrer au commissaire qu’ils n’étaient pas coupables, qu’ils n’étaient pas les monstres qu’il imaginait.
« Ecoutez moi attentivement, Adèle. Vous ne bougez pas. Vous ne faites aucun coup d’éclat, vous montez dans votre chambre, vous ne parlez à personne. J’arrive. Je viens vous chercher, vous devez tout nous raconter… Et en détails. Je suis là dans moins d’une heure. » Il raccrocha de façon pour le moins abrupte et je restai là, comme un petit animal paumé, comme un Bambi qui vient de perdre sa mère. Mes larmes coulaient le long de mes joues sans que je ne fis grand chose pour les retenir. C’était la fin du rêve (ou du cauchemar?), j’avais craqué, j’étais passé de l’autre côté de la barrière, je pouvais dire adieu à Jean, aux Séraphin, à Robin même… Puis, sans qu’aucun bruit ne m’ait alertée, je sentis une main glisser le long de ma nuque, puis remonter jusqu’à mes cheveux détachés et encore humides… Lentement. Je me retournai brusquement et plongeai mes yeux dans ceux de Robin. Il souriait, d’un air mélancolique.
« Qui était-ce? Demanda-t-il doucement. A qui parlais-tu de Komenko? » Je soutins son regard, essayant de décrypter l’expression sur son visage. Sa main se baladait sur moi, suivant les lignes de mon front, des mes pommettes, sensuelle et dangereuse. Nous restâmes quelques secondes dans cette contemplation méfiante, des secondes qui me parurent des heures. Et puis je craquai, me liquéfiant littéralement, comme une gamine prise en flagrant délit de vol à l’étalage: « C’était le commissaire Martin, il veut savoir ce qui se passe ici, lâchai-je dans un sanglot. Il est venu me parler hier, il m’a mis une pression d’enfer… Et de revoir Komenko, j’ai eu peur, je n’ai pas su… Je suis désolée… » Robin ne me quittait pas des yeux. Sa main était fermement posée sur ma joue. Il semblait perdu dans ses pensées. Songeur. Puis il dit:
« Ce n’est pas grave, Adèle. Nous n’avons rien à nous reprocher. Ni toi d’ailleurs. Mais, dans notre famille, nous avons l’habitude de régler nos problèmes nous-mêmes. La police n’a rien à voir dans nos affaires. Ce Martin, il se fait des idées. Il s’attaque aux mauvaises personnes… Ne t’inquiète pas. Je veille sur toi. » Il fit une pause avant de reprendre: « Par contre, pas question qu’il nous trouve ici. » Et m’attirant contre lui, il me serra dans ses bras un long moment. J’étais pétrifiée. Partagée entre deux sentiments aux antipodes l’un de l’autre. L’appréhension d’abord. Qu’entendait-il par cette dernière phrase? Où comptait-il m’emmener? Qu’allait-il faire de moi? Une boule d’angoisse s’était formée au creux de mon estomac… Et puis, me laissant aller dans ses bras, je pris conscience de l’ambivalence de ma position. J’étais bien là. Il sentait bon. La douceur de son souffle dans mon cou me fit même frissonner. Me repoussant légèrement vers l’arrière, il me regarda longuement, alors que je pleurais toujours, doucement. Et puis il m’embrassa langoureusement et je lui rendis son baiser.
Sans relâcher son étreinte, il m’entraina dans le petit bureau attenant, dont il ferma la porte d’un petit coup de pied maitrisé. Il m’assis sur la banquette accolée à la bibliothèque et me déshabilla de ses mains expertes. Pas un geste brusque, une fausse note. Je me laissai faire, impuissante à repousser ses assauts. Il me prit là, sans ménagement, sans un mot. Un délice coupable qui ne nous prit que quelques minutes. Extrêmement intenses. Alors qu’il se redressait, il m’attira à nouveau vers lui et me souffla: « Tu ne peux plus reculer maintenant, Adèle. Tu dois venir avec moi, tu es à moi… Tu es à nous. » Etourdie par notre étreinte, je ne relevai pas ses derniers mots, qui pourtant aurait dû me glacer le sang. Me rhabillant maladroitement, je le vis ouvrir un passage dans la bibliothèque (un autre?), puis se tourner vers moi, m’attraper le bras et m’attirer à l’intérieur. Tremblante, je le suivis sans faire mine de résister, asservie à cet homme dont tout l’être m’inspirait à présent du désir. Une fois le passage refermé sur nous, il colla son corps sur le mien, debout. Il m’embrassa à nouveau, me fit l’amour à nouveau. J’étais à sa merci.
Alors que nous sortions silencieusement de la grotte, je soufflai à Robin, bien malgré moi: « Et Jean? »
Nous restâmes là un temps indéterminé, quand nous perçûmes des bruits à l’extérieur. « Ils arrivent, suis-moi. » L’ordre intimé à mon oreille ne pouvait en aucun cas être négocié. Tirée par la main, je tentai de le suivre dans sa marche rapide et décidée, dans le noir du tunnel. Nous parvînmes à une grotte, différente de celle que j’avais découverte avec Jean. Oh, Jean! Qu’avais-je fait! Alors que je me débattais avec ma culpabilité, j’aperçus Maxime et Julien en contrebas, qui chargeaient du matériel et des cagettes sur la vedette qui nous avait ramenés à bon port la veille. Ils levèrent les yeux vers nous, et Julien s’écria: « Qu’est-ce qu’elle fait là? On n’était pas sensé l’emmener! Qu’est ce que tu branles Robin? » Son grand frère, me tirant toujours derrière lui, descendit rapidement au bas de l’escalier taillé à même la roche. « T’occupes, intima-t-il à son cadet. Où sont Joséphine et Ariane? » C’est Maxime qui lui répondit: « Ariane est introuvable. J’te parie qu’elle boude dans un coin de l’île. T’inquiète pas pour elle, elle saura quoi faire en cas de problème. Elle connait la procédure. Elle sera au point de rendez-vous dans 36 heures. » Il marqua une pause et reprit: « Joséphine par contre, je sais pas ce qu’elle a fichu. Après le départ d’Andreï, elle est montée dans sa chambre. Je pense qu’elle a bouclé ses bagages et s’est tirée. Comment? J’en sais foutre rien. »
Robin s’assombrit d’un coup. Sa sœur chérie. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu manigancer? Et s’adressant à Maxime et Julien: « Ce fouille-merde de Martin va pas tarder. On met les bouts tout de suite. Pas question de revenir ici avant quelques temps. Direction la plate-forme. » Les trois hommes m’aidèrent à monter dans le bateau, qui démarra au même moment. Alors que nous sortions silencieusement de la grotte, je soufflai à Robin, bien malgré moi: « Et Jean? » Il me dévisagea le regard vide, puis me répondit: « Où nous allons, il t’attend déjà. » Et Maxime fit rugir le moteur sous les nuages de cette bien étrange journée.
26/08/2009 at 12 h 24 min Liens permanent
Ah ouais… C’est hot ! Adèle, la petite chose fragile, a du potentiel
26/08/2009 at 12 h 40 min Liens permanent
Héhé, faut pas lui en promettre…!
26/08/2009 at 13 h 10 min Liens permanent
oulala, oulala …..!!!
26/08/2009 at 14 h 10 min Liens permanent
hihihi j’adore…!!!
26/08/2009 at 14 h 58 min Liens permanent
c’est chaud chaud !!! vivement la suite !!
26/08/2009 at 17 h 10 min Liens permanent
Bon, en fait, suffit d’mettre un peu de cul pour booster l’audience… Je suis affligée, les filles (et le garçon), a-ffli-gée!
27/08/2009 at 1 h 12 min Liens permanent
hé ouais, le rouge fait toujours mieux vendre que le blanc…
Mais faut dire aussi que c’est bien amené, cette face cachée du personnage, qui d’ordinaire se pose beaucoup plus de questions ! Là, on va à l’essentiel, et quel essentiel !
Enfin, je garde une petite réserve pour ce Robin qui n’est franchement pas gonflé, voire pervers : tu es à nous, ça ne laisse rien présager de bon… Et 2 culbutes et tu retrouves mon frère ensuite, non plus… Le rouge est en train de virer au violine pas très reluisant, non ?
27/08/2009 at 7 h 27 min Liens permanent
Héhéhéhéhéhé….
31/08/2009 at 1 h 06 min Liens permanent
Ben franchement que veux-tu ? Cette Adèle est carrément mon style alors…
03/09/2009 at 14 h 26 min Liens permanent
Ouf, ça y est ! J’ai rattrapé mon retard -5 épisodes tout de même- et il va me falloir un peu de temps pour digérer tous ces rebondissements… Enfin, j’attends tout de même la suite avec impatience.
03/09/2009 at 17 h 25 min Liens permanent
Je VAIS m’y mettre… Demain?