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Le lendemain matin, je me réveillai seule au milieu du grand lit de Jean. Sa chambre se situait au fond du couloir du premier étage. Il fallait grimper quelques marches intermédiaires pour parvenir à son « antre ». Les murs, d’un gris souris impeccable, étaient nus. Tout comme le reste de la vaste pièce, où n’étaient disposés qu’un large fauteuil club et une armoire massive en bois sombre. Ses draps étaient frais et doux, couleur crème. Je m’y prélassai quelques minutes, pensive. J’avais entendu Jean se glisser hors du lit aux aurores, mais ne l’avais pas retenu. Il s’était habillé très vite puis avait quitté la chambre, et sans doute l’île. Il m’avait fait comprendre à demi-mots la veille qu’il s’absenterait sans doute quelques jours. Je n’avais pas eu le cœur à en savoir d’avantage. Il ne fallait d’ailleurs en aucun cas que j’en sache d’avantage. Ce fouille-m**£&* de commissaire devait m’appeler dans la journée et il n’était pas question que je lui donne une quelconque information qu’il n’ait déjà.
Je fus parcourue d’un violent frisson en identifiant l’un d’entre eux.
Alors que je sortais de la douche et enfilai un large pull en coton sur mon jean, je tendis l’oreille. Au-dehors, je perçus du mouvement. Je me postai à la fenêtre, en prenant soin d’être cachée par les lourds rideaux camel qui encardaient le chambranle. Je vis alors Maxime courir à travers le jardin, droit vers l’entrée du manoir. Il faisait des grands signes à la personne qui devait sans doute se tenir sur le perron, hors de ma vue. En fouillant les feuillages au bout du parc, qui cachaient les falaises et ne laissaient voir qu’un petit bout de mer, je sus qu’un bateau avait accosté. Un gros bateau. Un yacht? Des hommes apparurent à l’orée de la clairière. Je fus parcourue d’un violent frisson en identifiant l’un d’entre eux.
Je sortis précipitamment de la chambre, courus jusqu’à l’escalier, en dévalai les marches quatre à quatre, et parvins en bas juste à temps pour apercevoir Andreï Komenko, à l’entrée de la maison, salué froidement par Robin et Joséphine. « Qu’est-ce que tu veux Andreï?, grinça Robin, beaucoup moins poli que lors de leur dernière rencontre, tandis que je me recroquevillai derrière la rampe du grand escalier, non loin de Julien et Ariane. Alex est mort… Tout ça pour quoi? Une embrouille entre toi et Père? » Komenko l’observait, encadré par deux molosses, pas loin de ressembler à des caricatures de Schwarzi, option Terminator. « Ton père et moi, on a pas réussi à se mettre d’accord. L’échange que je proposais ne lui a pas plu… C’est Alex qui a payé. Je le… hum… regrette. Maintenant, si ton père ne veut pas qu’il y ait d’autres cadavres, il va falloir qu’il change de ton. »
Aucun des enfants Séraphin ne réagit à cette… révélation? Komenko ne savait donc pas que son « banquier » n’était plus de ce monde? Et de quel échange voulait-il parler? Le silence se fit sur notre petite assemblée. Alors que Robin faisait quelques pas de côté, le visage dans les mains, faisant mine de réfléchir, Ariane et Julien se regardaient du coin de l’œil, tandis que Joséphine observait toujours leur interlocuteur, en se balançant discrètement (mais sûrement) d’une jambe sur l’autre. Elle était visiblement mal à l’aise. Andreï Komenko la fixait d’un air bizarre, pendant deux à trois minutes, longues et étrangement calmes. Ce fut Julien qui se risqua à mettre les choses au clair: « Mais, Andreï, Alex ne vous a donc pas dit ce qui c’était passé au manoir? Ni Blanche? » Avant que Komenko n’ait pu réagir, Robin s’interposa: « Quels étaient les termes de l’échange, Andreï. Père n’est plus là. Alex… l’a tué. Et nous ne te devons plus rien. »
Le visage de Komenko exprima une brève surprise. Puis, le malfrat russe sourit. « Non, votre frère a été plutôt discret concernant le sort de son père… Et Blanche n’a que peu l’occasion de s’exprimer. » Alors que j’imaginai l’ex-future belle-mère de Jean et Robin enfermée dans une cabine du yacht, malmenée par son oncle (pour quelle raison déjà?), Komenko fixait toujours Joséphine, d’un air presque… interrogateur. Il reprit: « Les termes de l’échange ne me semblent plus si… opportuns, dans ces conditions. Plus rien ne me retient ici. » Et il tourna les talons. Quoi? C’était tout? Je bouillonnais, mais cette affaire n’était pas ma bataille… Je dûs me retenir d’interpeller le Russe. Heureusement, Robin s’écria, le visage déformé par une colère rentrée: « Attends, espèce de salopard! Tu butes notre frère, tu viens faire ton mariole ici… Tu nous dois des explications! » Komenko s’arrêta net. Sans se retourner, il lui fit cette réponse, petit cadeau aux relents de bombe atomique: « Je parie qu’Alex n’est pour rien dans la mort de ton père… Et si tu veux te faire une idée sur toute cette affaire, tu n’as qu’à demander à ta sœur… » Et il repartit en direction des arbres, droit vers le ponton nord.
« Qu’est-ce tu crois? Que j’ai buté ce salopard qui nous servait de père? Lâche-moi, merde! »
Tous autant que nous étions, nous restâmes interdits quelques secondes. Et puis Robin se tourna vers Joséphine, tandis que Julien avait attrapé Ariane par le bras, le lui secouant d’un air rageur. C’est Robin qui commença: « Joséphine, je ne veux pas céder à la paranoïa. Je sais qu’Andreï est un malade qui ne cherche qu’à nous monter les uns contre les autres. Il l’a toujours fait. C’est un pourri… Mais si tu as quelque chose à nous dire, c’est le moment. » Il regardait sa cadette d’un air neutre, attendant simplement une réponse claire et négative de la part de Joséphine. Ce que sa sœur s’empressa de lui fournir. « Je t’assure, dit-elle, les yeux visiblement embués de larmes (l’émotion?), je ne sais pas du tout de quoi il parle! Père, Alex… Il a avoué! Andr… Komenko… Il raconte n’importe quoi! »
Robin se détourna et fixa Julien et Ariane. Cette dernière hurlait: « Mais tu vas me lâcher espèce de taré! Qu’est-ce tu crois? Que j’ai buté ce salopard qui nous servait de père? Hein, c’est ça que tu crois? Lâche-moi, merde! » Elle se débattait et finit par balancer un coup de genou dans l’entrejambe de son frère, qui poussa un cri et tomba en arrière, libérant sa proie. Ariane se tourna vers nous. « T’es bien capable de penser ça de moi, hein, toi aussi, dit-elle à Robin, d’une voix forte et amère. Ben tu te fourres le doigt dans l’œil. Et pis merde, je me casse. » Elle s’enfuit vers les cuisines. On entendit une porte claquer, et puis plus rien. C’est à ce moment-là que je sentis mon téléphone vibrer dans ma poche de jeans.
11/08/2009 at 22 h 30 min Liens permanent
c’est quand la suite ????
14/08/2009 at 9 h 54 min Liens permanent
Lectrice fidèle (et unique?), je te promets une suite aux p’tits oignons… quand je rentre de vacances? Hum… désolée, j’ai du mal à trouver du temps avec lardon qui me sollicite tout le temps! Mais je ne t’oublie pas!
25/08/2009 at 21 h 43 min Liens permanent
Bon, ben voilà …. j’ai tout lu … et là … ben j’attends la suiiiitttte !!