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« Mademoiselle Laurrisson, c’est ça? » Il me regardait d’un œil amusé et plutôt bienveillant. Le commissaire était un homme rondelet, au visage avenant, un peu rougeot. D’vait s’enfiler pas mal de litrons de cidre brut celui-là… Je gardai ma réflexion pour moi et lui répondis: « Oui? Je peux vous aider? Vous chercher quelqu’un en particulier? » « Oui, vous. Je vous cherchais, vous. Vous me suivez? » Il me fit signe de le devancer dehors. Nous sortîmes sur la terrasse, puis il m’invita à faire quelques pas dans le jardin. « Je souhaitais vous parler en privé, mademoiselle. Je sais que vous venez d’arriver, mais… Connaissiez-vous la famille Séraphin avant de venir vous installer à Ploubelle-île? » « Non, pas du tout », répondis-je, du tac au tac, encore intimidée et angoissée à l’idée de ce que ce policier souhaitait tirer de notre conversation.
« Je souhaite seulement que vous me teniez un peu au courant de ce qui se passe ici. Des allers et venues des membres de la famille… »
Il me conduisit dans un recoin du jardin, où nous nous assîmes sur un petit banc de pierres. L’endroit était charmant. « Je vous explique, reprit-il. Nous enquêtons sur certains membres de cette famille. Et d’autres, qui semblent avoir… disparu. Je sais que vous êtes étrangère à cela… N’est-ce pas? Mais j’ai besoin de votre aide. J’ai besoin que vous collaboriez avec nous. » Je restai sans voix. « Euh, oui. Je ne sais pas… Je ne comprends pas très bien ce que vous attendez de moi… »
J’étais dans mes petits souliers. « C’est très simple. Ne vous inquiétez pas, je ne vous demande pas de jouer un double jeu… Je souhaite seulement que vous me teniez un peu au courant de ce qui se passe ici. Des allers et venues des membres de la famille… Je sais que votre sœur… Lucie, c’est ça? Je sais que votre sœur fait partie de la maison. Elle travaille au commissariat de Marseille, non? » Ah oui. Il s’était renseigné. J’étais coincée. Maudite Lulu. « oui, c’est ça. Elle a été nommée là-bas il y a quatre ans. » Je réfléchissais à cent à l’heure. « Ecoutez, je ne sais pas trop quoi vous dire… Je ne peux rien vous promettre. Je ne les connais pas bien… » Il sourit. « J’ai vu que Jean et Robin Séraphin vous tenaient déjà en haute estime, j’me trompe? » Il était loin d’avoir les yeux dans le godet de cidre, argh. « Oui, heu, nous nous entendons déjà assez bien. J’ai été très gentiment accueillie ici, je ne voudrais pas… » « Non, je vous le redis, nous n’avons pas l’intention de vous mettre en porte-à-faux par rapport à vos nouveaux employeurs. Je vous téléphonerai tous les deux jours environ, pour savoir un peu ce qui se passe ici, c’est tout. Et d’ailleurs… Vous êtes sûre de n’avoir vu ni Alex, ni monsieur Séraphin depuis votre arrivée? » « Hum… Non, je vous l’ai dit, je… » J’étais nulle en mensonges.
« N’en dites pas plus. Je sais que vous ne me dites pas toute la vérité. De la même manière que je sais que vous n’êtes pas venue ici en train. Votre sœur nous l’a dit. » Mais de quoi elle se mêlait-elle celle-là… toujours à balancer les copines, scr***&?! « Ce n’est pas grave, ajouta le commissaire dans un sourire. J’ai bien vu le petit jeu des deux aînés, là… Ils vous ont fait peur, ou ils vous ont embobinée avec leurs belles gueules. J’me formalise pas pour ça. Je sais que vous n’êtes pas dans le coup. Alors maintenant, vous avez plutôt intérêt à m’aider à les coincer. Vous n’êtes pas d’accord? » Sa question n’appelait pas de réponse. J’étais prise au piège (une fois de plus?), en effet. Je hochais la tête en baissant les yeux. Il reprit: « Très bien, on s’est compris. Si par hasard, notre collaboration connait d’autres aléas, je vous rappellerai votre engagement. Vous ne voulez pas devenir complice de ces gens-là? Vous ne savez rien, ou très peu de leurs agissements. Mais, il y a des choses pas très belles à entendre sur cette famille. Et si le père est une ordure, les enfants, filles comme garçons, sont pires. »
Alors que je faisais mine de me lever, le commissaire Martin me retint. « Pour vous convaincre que vous êtes du côté des gentils, je vais vous faire un petit topo sur le palmarès familial. » Je soufflai: « Je ne tiens pas… » « Si, si, vous y tenez. » Il m’attrapa la manche et me fit rasseoir un peu brutalement. « Juste pour marquer un peu votre petit cerveau. D’abord, le père. Un mafieux, ou au moins un banquier de mafieux. D’envergure internationale. Il fait faire le sale boulot par ses rejetons. Le liquidateur, c’est Jean. Il aurait tué une trentaine de « partenaires » gênants. C’est ce qu’en pense Interpol en tout cas. Alex est le rabatteur, il ramène les proies à plumer, celles à sauter. Robin, Joséphine, les beaux parleurs… On ne sait pas trop quel est réellement leur rôle dans le dispositif paternel. Mais on ne va pas tarder, hein? Ariane et Julien ont été à bonne école. Elle, elle s’est fait virer de plusieurs établissements, a fait un petit séjour en maison pour adolescents délinquants. Elle est soupçonnée d’avoir étranglé un camarade de classe. On a jamais eu de preuves… Elle a été chopée plusieurs fois pour trafics divers. Lui, rien de concret, mais il est pas blanc-bleu, c’est clair. » Je n’avais pas envie d’en savoir d’avantage. D’ailleurs, tout ça, je m’en doutais.
Comment éviter de jouer les agents doubles? Il était hors de question de mettre en danger Robin, Jean ou les autres…
Je me levai et il ne me retint pas. Je l’entendis cependant lancer derrière mon épaule: « Je vous appelle demain, laissez votre portable allumé… » Je ne me retournai pas. Cet homme-là m’était extrêmement antipathique. Comment éviter de jouer les agents doubles? Il était hors de question de mettre en danger Robin, Jean ou les autres… Mais, si tout ce qu’avait dit le commissaire était vrai, était-ce à moi de protéger les Séraphin? Jean… Je ne pouvais pas perdre Jean! Déjà… Mais pouvais-je imaginer ma vie avec ce… meurtrier? Tout devait être de la faute de leur père. Il était mort, peut-être allaient-ils changer de vie, d’orientation? Et puis, Komenko devait revenir, c’était lui le méchant, pas eux… Je ne pouvais pas les vendre. Comment allais-je jouer cette partie? Misère…
Alors que je m’apprêtais à passer la porte-fenêtre du grand salon, je sentis une main m’attraper l’épaule. « Alors, qu’est-ce qui t’voulais le flic? » Je sursautai en reconnaissant Ariane. « Heu… Il voulait me poser des questions sur mon voyage… Il ne croit pas que je suis venue ici en train… Il recherche Alex. » Mon cœur battait à tout rompre, mon mensonge devait être écrit en turquoise sur mon front… Je soutins pourtant son regard. « Ah. Et tu lui as dit quoi? » fit Ariane, soupçonneuse. « Rien… Que si, j’avais pris le train et que non, je ne savais pas où était Alex. » « Ouais. » Elle me croyait? Pas sûr. « T’as pas intérêt à l’ouvrir, hein, j’t'ai à l’œil. » « Comment tu parles à Adèle, dis donc! Qu’est-ce que ça veut dire, Ariane! Tu n’as pas à la menacer… » C’était Robin, qui venait de surgir derrière nous. « Elle papotait tranquille avec le flic dans le jardin… J’lui demande seulement ce qu’elle lui a raconté », se défendit Ariane en tournant les talons. Avant de quitter le salon, elle me jeta un coup d’œil plein de méfiance. Un regard qui me fit baisser les yeux.
17/07/2009 at 22 h 59 min Liens permanent
Bon, puisqu’il n’est pas permis de faire des commentaires confidentiels, allons-y pour les déclarations publiques ! Si ça peut servir…
Hé bien moi je l’aime bien ce nouveau chapitre ! On retrouve notre héroïne bien coincée de partout, on n’entrevoit pas d’issue… Donc on meurt d’envie de connaître la suite !!! On rebondit bien plus que dans la nouvelle (encore une fois, si on imagine qu’elle va servir à l’intrigue, pourquoi pas…!)
Et ce commissaire, avec de vieux airs d’Hercule Poirot (pour ses certitudes), me plaît assez… même si on va s’en méfier !!
A la place d’Adèle, franchement, je saurais pas… Cette famille, ce n’est pas « 8 ça suffit », les têtes d’anges ce sera pour une autre fois. Mais justement, Jean… !! C’est aussi le grand charme du mystérieux mâle dangereux, un brin primaire, mais qui protègera sa belle au péril de sa vie !
Alors, Ficelle : as-tu déjà un début de solution pour la tirer de ce choix inextricable, ou bien tu comptes sur tes lectrices assidues…?
18/07/2009 at 0 h 20 min Liens permanent
Héhé, tu sauras la prochaine fois! En tout cas, c’est bien que tu te décides à donner ton avis au grand jour, lectrice fidèle! J’en suis bien aise… Merci! (Bon, ça va que cette fois t’es pas trop méchante, hein, bon, quand même…)
19/07/2009 at 18 h 50 min Liens permanent
Bonjour
j’ai découvert votre feuilleton depuis quelques jours et j’ai tout lu avec grand bonheur et bien évidemment je suis très impatiente de connaitre la suite.
Bravo !!
20/07/2009 at 8 h 21 min Liens permanent
Super! Merci et bienvenue! C’est toujours un plaisir d’avoir de nouveaux lecteurs(trices)! La suite, dans les prochains jours…
21/07/2009 at 23 h 00 min Liens permanent
hihihi!!! moi aussi j’aime!!!
et je suis curieuse de la suite!!! elle va quand même pas faire la balance???
j’aimerais pas…
30/07/2009 at 20 h 25 min Liens permanent
Alors :
Je ne me souviens pas avoir lu quelque part l’âge d’Adèle ni le nom de famille d’Annick.
Joséphine a un an de plus qu’Alex, il le dit à Adèle lors du « déjeuner en famille » lors de l’arrivée d’Adèle sur l’île
Voilà …
31/07/2009 at 7 h 54 min Liens permanent
Merci! Merci! Trop forte… Je fais tout mon possible pour boucler le chapitre 22 avant de partir en vacances! (Et avancer un peu sur ces fiches personnages, héhé…)