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Alors qu’au-dehors, le soleil d’été commençait à pointer son nez, je ne sortis plus de mon bureau les 10 jours qui suivirent. Robin recevait déjà des quantités impressionnantes de manuscrits, alors que sa petite maison d’édition commençait à peine à s’imposer dans les rayons jeunesse des librairies hexagonales. Je naviguais à vue entre les imitations timides d’Harry Potter, des plagiats grossiers d’Eragon et autres Twilight, les romans dignes de la série BD « so 80′ » Tendre banlieue. Puis, je tombai sur cette histoire, celle de Coline, une ado « bien sous tous rapports » et une amoureuse… comme moi. Ecrite par une jeune femme, dont il est inutile de citer le nom ici, cette histoire me rappela des souvenirs.
Avec le fric que je m’étais fait pendant cet été-là, je m’étais payé mon premier téléphone portable.
« J’avais passé un été pourri. A garder une gosse de deux ans toute la journée, à faire du repassage, du ménage ou à bouquiner (les parents de la p’tite n’avaient même pas la télé, pourtant, ils étaient pétés de thune, mais bon, c’était phi-lo-so-phique). Bref, je m’étais fait chier comme un rat mort. D’ailleurs, c’était une période de ma vie super morte. J’avais 17 ans, je vivais chez mon père et je rentrais en Terminale. Avec le fric que je m’étais fait pendant cet été-là, je m’étais payé mon premier téléphone portable. Un Nokia 410 ou un truc dans le genre. Il était super beau, bleu-vert canard.
Le jour de la rentrée, j’étais au fond de la classe. Avant les vacances, je m’étais frittée avec mes copines et j’avais pas encore refait mon stock de potasses. J’étais donc derrière, contrairement à mes habitudes de bonne élève. Le prof principal était nouveau. Il portait un nom un peu ridicule (j’ai pouffé quand il l’a écrit au tableau) et était plutôt jeune, avec une bonne tête. Enfin, plus jeune que les autres profs, tous vieux et moches, de ce bahut de premiers de la classe (fallait un super bon dossier pour y entrer).
Et puis les mois ont passé. J’aimais bien ce prof. Il était fort dans sa matière. Il présentait les choses de façon plus intéressante que ses prédécesseurs, tous très… académiques, pour ne pas dire chiants. J’ai rapidement réintégré le premier rang avec ma nouvelle cops. On s’entendait bien toutes les deux. Elle était différente des autres, discrète mais décidée. Et surtout, elle n’avait pas froid aux yeux. Et se tapait pas mal de mecs. C’était plutôt fun et motivant dans la grisaille ambiante. J’avais déjà eu ma part de parties de jambes en l’air, mais les choses s’étaient un peu calmées. Je rongeais mon frein, navigant entre un blondinet frisé qui se prenait pour Pascal Obispo et un gars de prépa math qui ne voulait décidément pas de moi. « Trop jeune », qu’il disait. Je crois que c’était, à ce moment-là de ma vie, la pire insulte possible. Je ne comprenais pas qu’un mec de 25 ou 30 ans puisse se taper une minette de 16 ou 17, mais qu’un mec de 18 ou 20 ans ne voit dans la même fille qu’une gamine pas baisable. Pire, qu’il s’imagine avec un détournement de mineure aux fesses s’il tentait quoi que ce soit. Un vrai mystère.
Bref, mon énergie à draguer des mecs à peine majeurs était visiblement dépensée en pure perte. Un constat que je ne fis pas consciemment alors. Mais tranquillement, sans crier gare, mon attention et mon désir changèrent peu à peu d’objet. Fini les ados boutonneux (qui ne m’avaient attirée que dans ce court intervalle), bonjour le crush du siècle. Ce fut d’abord un peu de gloss mis avant les cours, des dossiers bourrés de post-it amusants et spirituels, une lenteur infinie pour ranger mes affaires une fois la sonnerie passée, de longues minutes consacrées à réfléchir à la question que j’allais lui poser pour attirer son attention… Puis, des sourires échangés, des phrases lâchées pleine de sous-entendus. « Vous savez monsieur, aujourd’hui c’est mon anniversaire. » « Ah oui? Et quel âge as-tu? » « 18 ans! » Sourire malicieux de part et d’autre du bureau. Sans commentaire.
Et puis des discussions à n’en plus finir dans la cour du lycée. Des clopes taxées. On avait encore le droit de fumer dans la cour des bahuts à ce moment-là. Et puis, un café, à l’extérieur. Il voulait savoir « ce qui n’allait pas bien en ce moment ». « Ben, je vis avec mon père et on s’engueule souvent. Par exemple, j’me suis fais un piercing à la langue et il trouvait ça affreux, alors il m’a demandé de ne plus dîner avec eux à table, pour pas choquer ma petite sœur. » « Eh ben dis donc! Oui, c’est vraiment n’importe quoi! Et ça doit être très dur pour toi… Et ta mère? » « Oh, ben, elle est partie vivre dans une autre ville, je la vois plus. » « Oh, je suis désolée. » « Ne le soyez pas, on s’entendait pas du tout. »
J’étais totalement sous le charme. Le ventre noué. Et il m’a pris la main. Et dans le métro, on s’est fait un rapide baiser sur la bouche.
Pour ce rendez-vous, j’avais mis une mini-jupe rouge de chez Mango et un pull rouge de chez H&M, avec un grand col roulé large et assez sexy. Il m’a dit qu’il aimerait bien qu’on se revoie. « On pourrait aller au salon du livre samedi? Qu’est-ce que tu en penses? » J’en revenais pas. Mes efforts pour attirer son attention allaient-ils enfin payer? « Oui, bien sûr, ce serait génial. » Je me souviens plus comment je me suis fringuée pour cette occasion. Je me souviens plus non plus de ce qu’on a fait au salon du livre d’ailleurs. Je pense qu’on n’y est pas resté longtemps. On est allé déjeuner dans une brasserie pas loin de la porte de Versailles. Mais j’ai rien pu avaler. J’étais totalement sous le charme. Le ventre noué. Et il m’a pris la main. Et dans le métro, on s’est fait un rapide baiser sur la bouche. Incroyable. C’était incroyable. Sa femme, son enfant, je n’y pensais même pas. Plus que de simples obstacles à mon bonheur immédiat, ils n’étaient que des concepts auxquels je ne pouvais/voulais donner aucune chair, aucune existence réelle. Et puis, quelques jours plus tard, il me proposa de le retrouver à l’hôtel. Je lui dis oui bien sûr… »
Je connaissais la suite de cette histoire. Elle ressemblait à beaucoup d’autres. Des histoires de filles amoureuses folles, de passions de circonstance, de bonheur hors du temps qui rongent peu à peu tous les protagonistes. Mais ce n’était pas une histoire pour adolescents, c’était une histoire d’adolescente vue/écrite par une adulte. Dommage. Je la rangeais dans un tiroir de mon grand bureau en chêne. Elle ne figurerait pas dans la pile destinée à Robin. Je m’attelai de nouveau à la tâche. Avec une nouvelle certitude, c’était l’amour que je recherchais, cet amour fort et impulsif, passionné et destructeur qui caractérise les histoires adolescentes. Mais il me fallait une romance vue de l’intérieur, toute aussi banale peut-être, mais racontée sur le vif. La quête s’annonçait passionnante. Je quittai mon bureau, des idées pleins la tête, descendis au rez-de-chaussée pour avaler un dîner sur le pouce avant de rejoindre Jean, quand je tombai sur une tête connue. Celle du commissaire Martin.
12/07/2009 at 9 h 14 min Liens permanent
Voilà le com’ d’une copine qui hésite à le poster… Moi je trouve ça constructif, alors je vous le lâche en pâture!
« Désolée de t’enfoncer alors que tu as eu du mal à écrire ce chapitre… mais je suis pas emballée par la nouvelle: si c’est une adulte qui l’écrit, le ton ne va pas, elle emploie un vocabulaire d’ado effrontée, et tout d’un coup elle place un « académique » et des « concepts » auxquels elle « donne chair »…! En fait, ça déconne jusqu’au « crush du siècle », après ça roule assez…
Maintenant, ce que ça apporte au feuilleton, là je suis sceptique: ça va apporter quelque chose après ou …?
Parce que pour l’instant, on ne voit pas trop. A moins que l’auteur ait quand même un lien avec la Famille (ce serait une des filles?). Mais le côté: je lis une histoire d’amour et je suis amoureuse, ça suffit pas à mon avis.
Voilà pour mes commentaires, tu vas peut-être regretter d’en avoir sollicité !! Et ça va peut-être pas te motiver, je suis désolée. Mais je préfère te dire plutôt que tu penses qu’on te lit pas ! »
12/07/2009 at 9 h 17 min Liens permanent
Pour te répondre: oui, tu as sans doute raison, ça peut paraître un peu à côté de la plaque… mais j’avais envie de raconter autre chose, j’ai plein de trucs comme ça dans la tête qui demandent qu’à sortir, mais c’était pas forcément la bonne technique. Un essai sans doute un peu maladroit… Je vais essayer de raccrocher ça à l’intrigue directe du Feuilleton, c’est une bonne idée! Tu as raison: appréciation… peu mieux faire! Merci pour ta franchise et ton intérêt!
12/07/2009 at 11 h 14 min Liens permanent
ben moi…j’aime beaucoup…!mais c’est peut être parce que ça m’a fait rire!!!
cela dit, je trouve pas que ça fasse « écrit par une ado » d’ailleurs toi « à ton age! », tu écris souvent comme ça!!et j’aime beaucoup ce mélange de style…
ensuite je trouve que c’est une habile manière de faire évoluer le feuilleton, on oubli le bateau, la prise d’otages… et l’on se dirige vers la suite de l’aventure avec impatience…
je précise le caractère honnête de mon commentaire, aucun lien affectif n’a corrompu mon objectivité…!
12/07/2009 at 23 h 03 min Liens permanent
Bon moi je ne suis pas très difficile, et je suis incapable de juger en cours de route d’un développement : parfois il y a un truc qui me paraît bof sur le coup et qui ensuite conduit à un truc top et inversement. Mais l’histoire dans l’histoire, ça peut être sympa (cf le monde selon Garp par exemple).
La suite, la suite !
13/07/2009 at 12 h 54 min Liens permanent
Bon, les avis sont donc partagés… Je sais pas si cette lecture d’Adèle sera purement gratuite, jouera uniquement le rôle de transition ou s’insérera plus avant dans l’histoire. Wait and see! Merci pour vos réactions en tout cas, et la suite très vite…
15/07/2009 at 22 h 56 min Liens permanent
J’ai pas lu le reste, je suis honnête. En même temps tu te doutes que ce ne serait pas possible.
Ben moi qui ai beaucoup de mal avec les romans et encore plus sur ordi (ça me pète les yeux….), j’ai pleinement accroché.
Peut-être parce que je me suis bien reconnue dans l’immaturité passagère du personnage et dans l’analyse que tu en fais.
Je ne trouve pas du tout le ton décalé. C’est un mixte de ce qu’on a été, de ce qu’on a ressenti et de la façon dont on l’interprète.
Oui, ce sont les histoires de midinettes inconsciences comme on a été beaucoup à les vivre.
Bonne soirée, Ficelle !
16/07/2009 at 8 h 54 min Liens permanent
Ah, c’est bien! Tu auras mon vote demain encore… (chantage, chantage…) Si tu lis depuis le début, tu me fais une joie immense + mon vote, cela va sans dire (cf. cette mariée de la loose). Traquenard quand tu nous tiens… (Merci de faire remonter mes stats, qui, il faut bien l’avouer, sont pourries.)
17/07/2009 at 10 h 46 min Liens permanent
Je reprendrai depuis le début mais bien plus tard, quand je serai au calme. En septembre, c’est ça…
17/07/2009 at 11 h 36 min Liens permanent
Mouais… je retourne voter… mais c’est bien pour avoir le sac! Grrr
17/07/2009 at 11 h 50 min Liens permanent
Ah mais je peux te proposer un truc qui serait pas mal : si tu me l’envoies en format word ou pdf, je pourrai plus facilement l’imprimer et le lire avant.
Puis je peux prendre des notes aussi directement sur ma feuille.
Y a mon adresse sur mon blog.
17/07/2009 at 11 h 53 min Liens permanent
Bien sûr, je parle de ce qui a déjà été publié sur ton blog.
Franchement je le lirais avec plaisir !
17/07/2009 at 11 h 57 min Liens permanent
Je t’envoie le truc en colis VIP.