Chapitre 18 – Sauvetage

couloir1

Crédit: Eric

« Oui? » demandai-je doucement, sur les ordres de Jean, à nouveau à l’affût. « C’est moi, c’est Maxime » entendis-je faiblement derrière la porte. Jean lui ouvrit et laissa entrer l’intendant suivi de près par Julien, Joséphine et Ariane. Nous nous retrouvâmes à huit dans cet espace confiné, où nous ne disposions pas plus que d’environ deux centimètres carrés par personne (j’exagère… mais pas tant qu’ça). « On met les voiles glissa Robin à Maxime. On ne peut pas prendre le risque d’attendre encore. Ils pourraient venir chercher Adèle, ou l’une des filles… C’est bien le genre de Komenko. » Alors que les trois hommes récapitulaient les étapes du plan d’évasion, les trois plus jeunes des Séraphin remarquèrent la présence d’Alex, recroquevillé dans un coin.

Les filles et Julien ne devaient pas apprendre la vérité avant de mettre pied à terre…

« Mais qu’est-ce qu’il fout là, lui, marmonna Ariane en direction de son frère. Hein, pauv’ nase! Qu’est-ce que tu fais là? Tu changes de camp? Encore? Tu te dégonfle? Pauv’ minable… » Jean se tourna vers sa petite sœur et lui fit signe de la boucler. Ce n’était clairement pas le moment de rentrer dans de nouvelles explications. Les filles et Julien ne devaient pas apprendre la vérité avant de mettre pied à terre… Je frissonnai en imaginant leur réaction lorsqu’ils seraient mis dans la confidence. Quelle horreur… Comme Alex avait dû souffrir pour en arriver à une telle extrémité… Comme il devait souffrir encore à présent… après ce qu’il avait fait. Mais il n’était plus temps de compatir.

Robin et Maxime nous rassemblèrent: « Bon, on a pas beaucoup de temps, commença le premier. Nous allons devoir sortir les uns à la file des autres en passant par le pont inférieur. Objectif: se tailler avec le canot principal. Jean, tu te poste à l’avant, Maxime à l’arrière. On tire sur tout ce qui bloque le chemin. Compris? » Nous hochâmes la tête, tandis qu’Alex restait prostré dans son coin et que Jean s’était rapproché de moi sans dire un mot. Tandis que les têtes de file rechargeaient leurs armes et rassuraient Joséphine et Julien, franchement stressés, Jean restai près de moi. Je sentis son haleine dans mon coup, sa main frôler mon bras. « N’aie pas peur, il ne t’arrivera rien… Je vais veiller sur toi. Tu restes toujours derrière moi, tu ne traînes pas. » Il avait prononcé ces mots très doucement, afin que personne ne les entende à part moi. Je fis oui de la tête et savourait ce moment d’intimité… électrique. Ce petit souffle de douceur au cœur de l’action. Un vrai réconfort. Je levai les yeux. Robin regardait dans notre direction. Nos regards se croisèrent et il détourna la tête.
Puis tout se précipita. Jean me prit la main fermement et ouvrit la porte. Il fit signe aux autres de suivre le mouvement. Nous sortîmes tous les uns après les autres de la petite cabine. Jean et moi, suivis d’Ariane et Julien, puis de Joséphine et Robin, traînant avec poigne son malheureux frère, et Maxime fermant la marche. Durant une ou deux minutes, qui me semblèrent une éternité, nous longeâmes un long couloir aux teintes acajou et miel, seulement illuminé par de petites veilleuses. Puis Jean m’attira à travers une porte et nous débouchâmes sur le pont inférieur. Là, je sentis sa main se crisper sur le mienne avant d’être repoussée violemment en arrière. Des détonations fusèrent. Je me jetai à terre, les mains sur les oreilles, les paupières écrabouillées les unes sur les autres… Le tout, en hurlant.

Puis un silence. Et à nouveau des coups de feu. Jean se précipita sur moi, me releva et me força à courir en sens inverse. Dans l’urgence, je jetai malgré tout un regard en arrière pour apercevoir que j’étais suivie d’Ariane. Les autres venaient aussi derrière, le dos courbé, les mains sur la tête… Terrorisée, je m’accrochai à la main de Jean, qui bientôt me fit sauter dans le vide. J’atterris dans une embarcation assez vaste. Alors qu’il lançait le moteur, ses frères et sœurs sautèrent à leur tour dans le canot, suivis de Maxime qui continuait à tirer des coups de feu par intermittence. Puis nous démarrâmes. L’agitation était telle qu’il me fallut quelques minutes pour reprendre mon souffle et constater qu’il manquait l’un d’entre nous. Alex. Alex n’était pas là. Robin devança la question qui me brûlait les lèvres: « Il s’est interposé… Il a protégé Joséphine. »

Ariane maintenait sa sœur emmitouflée dans sa parka, si bien que je n’avais pas vu qu’elle avait été touchée.

Je n’avais pas remarqué que Joséphine était en pleurs. Et en sang. J’esquissai un geste vers elle, vite découragée par ses jeunes frère et sœur,qui la protégeaient en l’entourant de toutes leurs forces. Ariane maintenait sa sœur emmitouflée dans sa parka, si bien que je n’avais pas vu d’abord qu’elle était touchée. Les larmes coulaient sur les joues de la cadette, tandis que Julien tentait de réchauffer les mains de Joséphine. « On va s’occuper de toi, lui glissa Ariane, les joues trempées. C’est rien, on va arranger ça… Tu tiens, t’as pas le choix. » « Je sais ce qu’il a fait, lui dit Joséphine, d’une voix à peine audible, le visage marqué par la douleur. Il a voulu se racheter à mes yeux… C’est ça qu’il a voulu faire… Je ne voulais pas… Je sais pourquoi il a fait ça à papa… C’était de ma faute… » Elle s’effondrait, difficilement tenue à flots par sa cadette. Alors que Jean poussai les gaz au maximum, je me serrai contre lui, au bord des larmes moi aussi. Mais une angoisse me taraudait: « Pourquoi ils ne sont pas là, derrière nous? lui demandai-je, autant étonnée qu’angoissée par l’étrange facilité avec laquelle nous étions à présent débarrassés de nos poursuivants. Pourquoi Komenko nous a-t-il forcés à monter à bord…? Je comprends pas… Tu dois m’expliquer. » Moi aussi je flanchais. J’enfouis ma tête dans le creux de son épaule, dos aux autres. Il me dit, doucement, comme il en avait (déjà) pris l’habitude: « Je t’expliquerai tout ça plus tard… Sois patiente. Komenko ne nous courra pas après. Il a Blanche… Alex est… Enfin, voilà. Il ne peut pas. En tout cas pas tout de suite. Mais nous n’en avons pas fini avec lui. Malheureusement. »

Je sentis une main se poser sur mon épaule. « Adèle, ça va? » Je levai la tête, un peu hagarde: « Oui… Je pense que ça va aller ». Robin me sourit gentiment, tandis que je me détachai de Jean, mal à l’aise. « Vous restez de toute façon…, me dit-il ensuite. On ne vous… On ne te laisse plus partir. On a beaucoup de choses à faire ensemble. Et puis tu fais partie de la famille maintenant. » Je ne pris pas la peine de répondre, assommée que j’étais par tous ces événements, et fixai la mer droit devant moi, la main droite dans celle, large et chaude, de Jean, la gauche prisonnière de la paume de Robin, douce et ferme. En ligne de mire, Ploubelle-île, la fin (provisoire) de ce cauchemar et… un lit douillet où oublier toute cette affreuse (et palpitante?) aventure.

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5 Commentaires pour "Chapitre 18 – Sauvetage"

  1. Ficelle
    Ficelle
    17/06/2009 at 7 h 32 min Liens permanent

    Merci à Céline pour les corrections du milieu de la nuit… Trop forte!

  2. Ficelle
    camille
    17/06/2009 at 8 h 25 min Liens permanent

    belle pirouette, nous sommes à nouveau en halène…!!

  3. Ficelle
    Ficelle
    17/06/2009 at 17 h 43 min Liens permanent

    Héhé… Pas mal le coup du frère zigouillé, hein? C’est moral mon Feuilleton, enfin, c’est ce que l’on peut croire… pour l’instant (rire fou)!

  4. Ficelle
    Catherine
    18/06/2009 at 12 h 31 min Liens permanent

    Décidemment, quelle famille !

  5. Ficelle
    Boulotte
    26/06/2009 at 0 h 53 min Liens permanent

    Ils sont oufs dans la famille ! Mais Alex est-il vraiment mort ?
    On attend la suite !!!!!!!!! Et les soldes c’est pas une excuse !!!!!!!!!!!!!!

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