Chapitre 15 – Apparition

yacht

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Les filles marquèrent un temps d’arrêt. Julien referma sa main sur mon avant-bras. Si fort que j’étouffai un cri. Mais la scène était si effrayante que je ne cherchai pas à me dégager. Les deux inconnus s’avancèrent vers nous, tandis qu’Alex restait en arrière, le visage fermé. « Alors, les filles, lança l’homme avec un fort accent russe, en direction des sœurs Séraphin. On est pas venu me dire bonjour? C’est pas très gentil, ça. » Je vis Ariane fixer celui que j’identifiai (à regrets) comme étant Komenko, sans ouvrir la bouche. Joséphine s’approcha au même moment, repoussant sa petite sœur et affichant un large sourire (sa marque de fabrique?) sur son doux visage.

« Joséphine, ma caille, je te croyais plus maline… »

« Yuri! Quel plaisir de vous revoir! Nous ne savions pas que vous étiez déjà là… Nous tentions de quitter l’île avant que ce ne soit impossible à cause de la tempête… Ariane et Julien doivent retourner à l’école… à terre. » L’homme ne rembrunit. « Joséphine, ma caille, je te croyais plus maline… Vous saviez bien que j’étais là, hein? Et qui est la jeune femme qui vous accompagne? » Il me regarda avec ses petits yeux porcins. « C’est, hum… C’est une amie à moi, elle vit à Paris et doit aussi rentrer. » « Mmm », fit-il simplement. Et, se tournant vers Monsieur « porte-parapluie »: « Tu me les embarque ». Il ajouta à destination d’Alex: « Et toi, tu vas pas rester sans rien faire, hein! Tu l’aides ».

Un grognement se fit entendre du côté d’Ariane, mais celui qui me sembla le plus surpris à la découverte de cette duplicité fraternelle fut sans conteste Julien. Nous n’eûmes pas le loisir de protester plus avant. Je tremblais comme une feuille, toujours maintenue par le cadet des Séraphin, quand nous fûmes vigoureusement poussés vers la vedette. Alors que le moteur démarrait, je vis une silhouette se dessiner sur la crête de la falaise nous surplombant. Robin? Jean? Maxime? Du bateau, je ne sus pas reconnaître qui fut témoin de la scène.

Le trajet, très désagréable (le vent? La pluie? La peur? Les trois mon capitaine!), ne dura que quelques minutes. La vedette se rapprocha rapidement d’un immense yacht. Trois ponts, une longueur que j’évaluai à quelque cinquante mètres, et un nom, le « Sasha ». Un bien joli nom… pour un séjour qui s’annonçait moins sympathique. Des hommes en uniforme nous aidèrent à nous hisser à bord. Aucun d’entre nous ne se risqua à se débattre ou à poser des questions. Je fus la dernière à découvrir la star de notre comité d’accueil. Au milieu d’un grand canapé crème, dans le salon gigantesque du pont supérieur, la belle Blanche se prélassait en nous observant. Comme lors de nos précédentes rencontres, elle n’exprima avec ses grands yeux noirs qu’un profond mépris envers mes compagnons autant qu’envers moi (envers l’espèce humaine toute entière?).

« Vous connaissez déjà ma nièce, s’amusa Komenko en s’asseyant aux côtés de la beauté froide. Votre future belle-mère. Ou devrais-je dire votre… ex-future belle-mère. » Un éclat de rire fusa dans la pièce, nous glaçant le sang. Mais ce n’était pas le fait de notre charmant hôte russe. Ariane hurlait de rire: « Ahahahahah! C’est la meilleure! Papa, buté par sa pute frigide! » Blanche se raidit, visiblement plus gênée par le volume sonore du rire hystérique d’Ariane que par la teneur de ses propos. Joséphine fit signe à sa sœur de se calmer (sans grand succès), puis interpella brusquement Alex: « Tu es de mèche avec elle? C’est elle, hein? C’est elle qui a tué papa? » Alex n’eut pas le temps de répondre (en aurait-il seulement eu l’envie, rien ne le laissa paraître…) que Komenko s’interposa: « Joseph, mets-moi ces gosses au trou. Un par cabine. Tout de suite. » Alex se glissa derrière le canapé, le visage mutique, tandis que l’homme au parapluie nous poussait vers la sortie.

Ariane et Julien furent emmenés par deux hommes, tandis que Joséphine et moi étions conduites dans une autre partie du bateau. Les portes s’ouvraient et se refermaient sans que nous puissions réellement savoir où l’on nous emmenait. Puis Joséphine fut poussée dans une cabine, la porte refermée à clé derrière elle, avant que mon tour ne vienne, un mètre plus loin. Une fois seule, je ne parvins même pas à pleurer (une première?). L’angoisse m’étreignait. Mais qu’est-ce que ce Komenko nous voulait? Comment allions-nous nous sortir de ce mauvais pas? Et Alex? Et Blanche? Et le meurtre? Et… Jean, Robin? Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête, si bien que je fermai les yeux, reprise de migraine.

Emmitouflée dans la couverture de la (très luxueuse) couchette, mon gilet humide séchant sur le dos de la chaise de bureau de cette cabine plutôt jolie, j’appuyai ma tête contre le petit hublot. La pluie tombait toujours aussi fort au dehors et l’on ne pouvait plus voir le rivage. Je restai là, désespérée, à observer la mer. Monsieur Séraphin aurait-il été tué sur les ordres de Komenko par Blanche? Ce n’était pas logique. Elle était à deux doigts de l’épouser, à deux doigts de posséder sa fortune… ou du moins une partie. Quel intérêt Blanche et son oncle avaient-ils à éliminer la poule aux œufs d’or? Et si ce n’étaient pas eux? Si quelqu’un d’autre avait voulu éliminer le banquier, avant ce mariage peut-être… Je n’y comprenais rien. Une chose était sûre, j’étais prise au piège dans cette histoire qui ne me concernait pas. Prise en otage, peut-être…

Roulée en boule sur la banquette, je laissai mon esprit vagabonder de Paris à Ploubelle-île, de ma mère à Blanche, de Robin à… Jean. Quand je sentis une caresse si douce, si douce… sur mon épaule. Je rêvais. Je rêvais que Jean me parla tendrement à l’oreille, me pris doucement dans ses bras immenses et forts, m’emmena loin de ce lieu hostile et de sa famille de fous.

Je posai alors ma tête sur son large torse, sans trop savoir pourquoi, ni comment il interprèterait ce geste.

« Adèle » me glissai-il à l’oreille… « Adèle! Adèle, réveillez-vous! » Je sursautai. Hein? Quoi? J’ouvris les yeux et il me plaqua la main sur la bouche… à nouveau. Cette façon de me surprendre au moment le plus improbable commençait à devenir une bien vilaine habitude. « Adèle, surtout taisez-vous. » Je fis oui de la tête et il retira sa main de ma bouche. Je le fixai avec des yeux plus larges que des soucoupes volantes. La porte était toujours fermée… Mais comment diable avait-il pu entrer?! « Mais comment avez-vous fait pour arriver jusqu’ici? » susurrai-je. « Chut! » Il me plaqua à nouveau (oh délice) la main sur la bouche. Je humai son odeur. Scrutai son visage, ses cheveux, ses mains. Il me regarda, sévère. « Je suis là pour vous sortir de ce merdier. Robin et Maxime s’occupent des autres. Komenko a commis une grave erreur en vous emmenant… Il n’aurait pas dû. » Il semblait déterminé. En colère, mais une colère froide.

Je ne comprenais rien à ce qu’il me racontait. Je hochai la tête tandis qu’il restait là, à tendre l’oreille, son bras toujours posé autour de mes épaules. « Nous allons devoir attendre… Nous sommes venus à la nage… Pas moyen de repartir avant la nuit. » Je posai alors ma tête sur son large torse, sans trop savoir pourquoi, ni comment il interprèterait ce geste. Il se figea puis se recula, me relevant la tête de sa main libre. « Je ne crois pas que ce soit le moment… » dit-il, plongeant son regard dans le mien. « Au contraire… » lui répondis-je. Et me redressant tout à fait, j’approchai mes lèvres des siennes.

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1 Commentaire pour "Chapitre 15 – Apparition"

  1. Ficelle
    camille
    27/05/2009 at 22 h 24 min Liens permanent

    rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr j’en peu plus!!!!!!!!!!!
    trop forte cette adèle!!!moi qui la croyait un peu prude!!!

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