
Crédit: Topic-Topos
En même temps que je sentis cette main, immense et ferme, se refermer sur mon bras, une autre, appartenant de toute évidence au même propriétaire, s’abattit sur ma bouche. Etouffant ainsi mon cri instinctif de surprise mêlé d’effroi. L’homme m’entraina ensuite le long du passage, toujours plongé dans le noir, d’un pas rapide et souple. Terrorisée, je n’essayai même pas de me dégager de son étreinte. Etreinte qui se desserra au fil des minutes, jusqu’à ce que, presque libre, j’aperçoive au loin une éclaircie… Puis une ouverture sur un espace plus large m’apparut peu à peu. Au bout d’un court laps de temps, ce fut le bout du tunnel. Nous débouchâmes sur une immense cavité minérale. Sur les murs de la grotte (appelons les choses par leur nom, hein!?), les reflets marins dansaient, imitant le clapotis de l’étendue d’eau qui s’étalait à nos pieds. Il y faisait froid et humide, nous devions nous trouver bien au-dessous du manoir, non loin de la mer.
Du haut de son mètre quatre-vingt dix, Jean Séraphin me toisa d’un air méprisant.
« Qu’est ce que vous faisiez là derrière? me demanda brusquement mon kidnappeur, d’une voix grave et brutale. Vous n’aviez rien à faire là. Vous auriez pu nous mettre dans une sale situation! Vous ne savez pas qui sont ces gens. » Je me tournais vers lui, sûre de connaître à présent l’identité de mon interlocuteur. « Et vous! Répliquai-je, agressive, tout en me dégageant avec force. Pourquoi m’avez-vous enfermée? Vous n’aviez pas le droit! Vous n’avez pas le droit de me retenir contre mon gré! » Du haut de son mètre quatre-vingt dix, Jean Séraphin me toisa d’un air méprisant. « Je ne comprends pas que Robin ait pris le risque de vous faire venir ici! Quel égoïste… » Sa voix était à présent plus basse.
Il me lâcha tout à fait et s’approcha d’une alcôve taillée dans la pierre. Il en sortit deux grands sacs étanches, qu’il ouvrit et vida. « Mettez ça, me dit-il, en me tendant une grande veste imperméable et des bottes en caoutchouc. Nous allons devoir marcher un peu… pour vous cacher dans les dépendances. Vous allez avoir froid si vous restez comme ça. »
Dépitée, j’enfilai la veste, immense sur mes épaules pas bien épaisses, et les bottes dans lesquelles je nageais. « Et votre père? » Jean se retourna, blême. « Dans son bureau… De toute façon, je ne peux rien vous dire. J’ignore qui, précisément, a fait le coup, même si j’ai une vague idée de qui en est le commanditaire. Mon père était un homme à la morale élastique et aux méthodes controversées. Il avait beaucoup d’ennemis, parmi lesquels des personnalités haut placées, voire dangereuses… Alors, ne faites pas l’imbécile et suivez-moi. La personne qui a tué mon père est peut-être toujours dans les parages. Et, honnêtement, j’ignore ses intentions. »
Il me fit signe de le suivre. Nous longeâmes prudemment le lac intérieur par un petit corridor de pierre, adossé à la paroie. Il marchait rapidement, j’avais du mal à le suivre. « Attendez-moi », fis-je, alors qu’il me distançait déjà d’une dizaine de mètres. Ma voix dérailla et je m’arrêtai, prise de sanglots. J’avais honte et peur. J’étais submergée. Jean fit demi-tour et se figea face à moi. « Ecoutez Adèle, dit-il d’un ton moins rude qu’à son habitude. Je ne veux pas vous brusquer. Mais j’ai des choses urgentes à régler… Je dois vous conduire jusqu’à un endroit sûr. Je… je suis désolé. Ne pleurez pas… » Je ne parvins à me calmer qu’en apercevant son visage gêné entre deux salves de larmes salées. Il me regardait de ses yeux intenses et noirs, mais ne parvenait pas à faire un geste vers moi. Prenant conscience de ce manque d’assurance face à la situation visiblement pénible et inhabituelle que je lui infligeais, une bouffée de courage et d’orgueil m’étreignit le ventre et je me frottai le visage pour tenter d’y effacer les traces de pleurs. Je hochai la tête et nous reprîmes notre chemin.
Au bout de quelques minutes à marcher à présent le long d’une large galerie, je levai finalement les yeux et fut littéralement soufflée par la vision qui s’offrait à moi. Nous étions en contrebas d’une profonde ouverture dans les falaises, une seconde grotte ouverte sur la mer. Les vagues déchainées se brisaient sur les rochers à dix mètres de nous, me rappelant cette tempête qui faisait rage dehors. « Venez », m’intima Jean, en me prenant la main. Il m’entraina vers un autre passage, plus étroit celui-là, dans lequel nous nous engouffrâmes.
Très vite, nous fûmes à nouveau dans le noir. Me serrant la main, Jean me guida au fur et à mesure, m’indiquant les tournants et les obstacles tout le long du boyau. Alors que mes yeux s’abituaient progressivement à la pénombre, je distinguai des escaliers. Nous les empruntâmes jusqu’à une nouvelle porte, à laquelle Jean frappa doucement. Nous patientâmes quelques instants. Je sentis sa main serrer la mienne. Ferme et protectrice. Cette main me rassurait, je la pressai donc à mon tour. Envie ou simple reflexe? Je ne sus me l’expliquer. Surpris, Jean tressaillit. Je sentis malgré l’obscurité qu’il se tournait vers moi d’un air interrogateur. Mais très vite, la porte s’ouvrit. Et c’est un Julien le visage crispé qui nous laissa entrer dans la pièce.
« Je suis désolé Jean! Comment aurais-je pu savoir qu’elle allait trouver le passage! » Le jeune homme était visiblement énervé et inquiet. Son aîné le toisa d’un air impassible, tout en me poussant doucement au centre de cette petite chambre. « Qu’est-ce que tu veux que je te dise? Tu n’avais qu’à pas faire le malin hier! Qu’est-ce que c’était que cette idée d’espionner papa et Blanche par le passage?! On ne te l’a jamais demandé. C’était totalement inutile et tu t’es retrouvé coincé. » J’écoutais leur échange, incrédule. « Et Blanche? Demandai-je. C’est elle qui a tué votre père? » Julien se tut, alors que Jean se tournai vers moi: « Je vous ai déjà dit que je ne savais pas qui était le meurtrier… Et je ne crois pas que ce soit elle… Malgré ce que pense Alex. Elle avait trop d’intérêts à ce qu’il reste en vie. »
Mais au-delà de la peur et de l’incertitude sur ma situation, mes larmes avaient le goût de l’abandon.
« Tu la gardes là jusqu’à ce que je revienne, dit-il ensuite à Julien, se dirigeant vers une seconde porte, plus traditionnelle celle-là. Je dois aller saluer ce salopard de Komenko. S’il ne me voit pas arriver, il va se douter qu’on lui cache quelque chose. Et pas question de lui dire que nous avons une petite invitée. Tu connais trop bien son goût pour la chair fraiche… » Son jeune frère cligna des yeux et marmonna trois mots dans un rictus amer, puis s’adressant à moi: « Tu sais jouer au Uno? Me demanda-t-il le sourire aux lèvres. Sinon, j’ai un Scrabble, mais je trouve ça super chiant. » Je ne parvenais pas à comprendre comment cet… orphelin pouvait paraître si détaché. J’étais en plein marasme émotionnel et lui me parlait de se faire un p’tit Uno… On croyait rêver.
Je me précipitai vers la porte au moment où Jean s’apprêtait à sortir. « Quand est-ce que vous aller appeler la police? Quand allez-vous me laisser partir? » J’attrapai sa main et plongeai mon regard dans le sien, tentant ainsi d’y puiser un début de réponse. Il se détacha brusquement et claqua la porte derrière lui. Pour la… troisième fois de la journée, je mis mis à pleurer à chaudes larmes. Mais au-delà de la peur et de l’incertitude sur ma situation, mes larmes avaient le goût de l’abandon. Jean parti, je me sentis immensément seule.
14/05/2009 at 13 h 22 min Liens permanent
trop bien!!!
18/05/2009 at 13 h 03 min Liens permanent
J’ai découvert ton site grace à e-zabel et je pense que je ne serai pas la seule à y revenir souvent.
J’ai lu les trois premiers chapitres mais comme je suis au taf, faut pas exagérer. Alors j’ai imprimé le reste et je le lis ce soir car je suis déja accrochée.
C’est drôle, vivant
Le club des cinq : c’était pas si mal, cela reste un grand souvenir d’enfance…le manoir en bretagne, l’ile perdue …
Bon tres curieuse de la suite, bon vent
18/05/2009 at 13 h 39 min Liens permanent
Bonjour Ficelle (
),
J’arrive chez toi depuis le blog de E-Zabel et je suis plus que ravie de cette belle découverte qu’elle m’offre là!…
J’ai comme beaucoup de filles, adoré et goulument dévoré beaucoup d’aventures de Fantômette, Le Club des 5, le Clan des 7, etc… Toutes ces histoires dans la même veine sorties de sous la plume d’Enid Blyton etc…
C’est pourquoi, je viens de dévorer d’une traite les 13 premiers chapitres de ton aventure avec délectation!…
J’adore le côté mi-aventurière, mi-glamour que tu donnes à ton héroïne Adèle… On hésite entre le style aventure et « Arlequin » à tout moment : j’adoooore!!!…
Tes personnages ont tous un caractère bien trempé, bien défini. Ils sont tous très attachant, y compris le frère ainé qui est quasiment mon préféré!!!…
J’ai vraiment hâte de lire la suite des aventures d’Adèles et de la famille Séraphin… Continues!…Bravo!…
Si tu comptes faire éditer ton histoire, je serais ravie de m’en procurer le livre…
A bientôt de te relire encore et encore…
Bonne journée à toi Ficelle…Bizbye
18/05/2009 at 16 h 47 min Liens permanent
@ Camille: euh… merci (hihihihih, ricanement hystérique)!
@ Anne-Marie: j’espère que tu as raison! La Bretagne, c’est parce que mon père me bassine tout le temps avec… et au final, m’en a quand même insufflé le goût; le manoir c’est parce que notre rêve commun avec mon mari, c’est d’en posséder et d’en retaper un un jour (avec des passages secrets, svp)…
@ Evilysangel: mi-aventurière mi-glamour, c’est EXACTEMENT ce que je veux faire passer comme impression !!!! Je suis heureuse que ça te plaise… Et, promis, beaucoup plus d’ambiance Arlequin pour faire surtout plaisir à Boulotte (normalement… va même y avoir un peu de scènes coquines!).
19/05/2009 at 14 h 20 min Liens permanent
Coucou Ficelle!
Tout d’abord comme quelques unes de tes lectrices j’ai connu ton blog grâce à celui d’e-zabel.
Je viens de dévorer tes articles, j’ai pris énormément de plaisir à te lire et attend avec impatience la suiiite!!!
Je t’embrasse,
A bientôt!
19/05/2009 at 18 h 36 min Liens permanent
Merci, merci, ça me motive à mord !!! Demain (mercredi), chapitre 14…