Chapitre 2 – La boutique

Boutique Antik Batik

Bon, des entretiens, j’en avais déjà passés quelques uns – un euphémisme. Tous infructueux, bien sûr. Neil Kellerman, le petit-fils lourdingue du vieux Max, le patron de la pension de vacances dans le film (mythique) Dirty Dancing n’affirmait-il pas : « L’homme est un loup pour l’homme et surtout pour la femme » ? Autrement dit, dans l’édition comme dans la plupart des secteurs, quand on a le choix entre embaucher un jeune « loup » plutôt qu’une jeunette (quand, qui plus est, la jeunette en question ne fait pas du 90 C – je sais, c’est bas mais avéré, multi-preuves à l’appui), on n’hésite pas. Bref, j’étais toujours restée sur le carreau. Si bien que ma détermination et surtout, ma confiance en moi, avaient à chaque fois pris un peu plus de plomb dans l’aile.

Elle fleurait bon l’aventure, le boulot ludique et motivant…

Mais là, pas question de flancher, c’t’affaire-là j’la sentais bien. Elle fleurait bon l’aventure, le boulot ludique et motivant… le bonheur quoi ! Ou, du moins, ce qui s’en rapprochait le plus à ce stade de mon existence. Et ça, c’était plutôt rare, on l’aura compris. Bon, avant de me présenter devant mon futur patron (suffit d’y croire…) restait à régler plusieurs détails.
Le premier : mon look. Quarante-huit heures avant le mardi fatidique, je plongeai courageusement dans les profondeurs de ma penderie, exhumant des couches de vêtements datant de la Préhistoire (l’adolescence n’est vraiment pas une bonne période vestimentaire…) jusqu’à tomber sur des strates plus récentes. Du tailleur aubergine de maman très eighties (veste croisée avec épaulettes et vilaine jupe droite, svp), piqué dans son armoire pour mon entretien de stage de fin de troisième, aux petits tops achetés frénétiquement aux dernières soldes chez Kookaï ou H&M (je ne roulais pas non plus sur l’or, faut pas croire…), je n’arrivais pas à me décider.
Après plusieurs heures de tergiversations et coups de fil familiaux, je finis par trouver un compromis : un petit blazer gris cintré tout simple sur un petit haut blanc, un pantalon à pinces anthracite et des ballerines noires confortables, pour ne pas risquer de m’étaler de tout mon long en trébuchant sur une petite marche ou un tapis, à l’approche de la table où m’attendrait ce Robin Séraphin –bourde ce dont j’étais tout à fait capable et qui ferait à n’en pas douter une excellente première impression…

Etalant cette tenue sobre et prometteuse sur le dos de mon fauteuil de bureau, la veille du jour J, je me glissai sous la couette, enfouissant avec délices ma tête dans les oreillers et attendis le sommeil… en vain. C’est que le « détail » numéro deux n’était pas vraiment réglé. Qu’allais-je dire pour emporter la partie ? Sur quelles expériences professionnelles pourrais-je m’appuyer pour mettre en valeur mon potentiel ? Ce n’était surement pas mon passage éclair à la rédaction d’un quotidien de province qui allait faire la blague. Ni mon stage d’observation (une semaine à trainer à proximité de la photocopieuse et de la machine à café) dans une -certes prestigieuse- maison d’édition parisienne qui pourrait être mis à mon crédit. Quelle garantie alors donner à cet employeur en recherche sans doute de qualités professionnelles déjà bien assises ? Pourquoi avait-il accordé quelque intérêt à mon CV… bien vide ?

Ça cogitait sec dans mon petit cerveau. A deux du mat’, impossible de fermer l’œil. Je rallumai, pris le bouquin qui trainait sur ma table de chevet et l’ouvris à la page marquée par une vieille carte postale –avec des poneys, la carte… oui, je sais, c’est naze et régressif ! Et tentai sans trop d’espoir de me laisser emporter par la prose de Douglas Kennedy, le roi du best seller américain contemporain. Une valeur sûre pour échapper aux insomnies et aux pensées trop envahissantes… Sauf que là, pas moyen de me concentrer. Je refermai l’ouvrage et m’enfonçai finalement dans un sommeil agité.

Des falaises, le vent, la mer déchainée… des cris ? Je me réveillai en sueur. L’aube pointait à peine. Je décidai d’enfiler mon uniforme de bonne élève et de quitter la pénombre rassurante de mon petit appartement pour me balader dans Paris.

J’arrivai bien sûr beaucoup trop en avance à notre rendez-vous. Je flânai dans le quartier de la place des Vosges, impatiente et rêveuse. J’entrai par hasard dans la boutique de fringues Antik Batik, histoire de me changer les idées. J’aimais bien ce style « ethnic chic », pourtant pas tellement à la portée de ma bourse… Mais bon. Faut savoir se faire plaisir, hein ?

Ses cheveux châtains ébouriffés étaient coupés courts et sa barbe de trois jours lui donnait un air un peu négligé, très sensuel.

Je balayai l’endroit du regard et mon attention se porta sur un couple parfaitement assemblé, en train de parlementer avec la vendeuse. A propos d’un sac emperlousé ? A partir de l’endroit où je me tenais, je ne distinguais pas bien ce qu’ils tenaient dans leurs mains. Par contre, j’observai leur allure archi-classe à la dérobée. Lui portait un manteau trois-quarts en laine foncée, souple et de bonne facture –à première vue. Ses cheveux châtains ébouriffés étaient coupés courts et sa barbe de trois jours lui donnait un air un peu négligé, très sensuel. La femme à ses côtés, une belle brune pulpeuse, n’avait rien à envier à Monica Bellucci ou Laetitia Casta. C’est dire. Ses longs cheveux ondulaient dans son dos. Sa robe en cachemire bleu marine parfaitement ajustée sur ses formes généreuses semblait taillée pour elle, et ses chaussures (à talons de 12, bien sûr…) apportait s’il le fallait encore, une touche de glamour à l’ensemble.
Je restais là, à les scruter du coin de l’œil tandis que mes doigts frôlaient les vêtements alignés sur les portants. Est-ce que je n’avais pas déjà vu ces deux visages à la télé ? Au cinéma ? Leurs traits ne me disaient rien, mais tout chez eux transpirait le luxe et la renommée. Bon, y en a chez qui c’est inné…
J’allais sortir de la boutique quand l’homme sembla se détourner de la conversation animée entre les deux femmes. Son regard tomba alors sur moi. Ses magnifiques yeux verts s’arrêtèrent sur mon visage, et à mon immense stupéfaction, c’est également de la surprise que je lus dans ses yeux.
Il ne lui fallu pourtant pas plus d’une seconde pour se reprendre et faire mine de se diriger vers moi. Je restai interdite, ne sachant quelle attitude adopter alors que l’Apollon (le mot n’est pas trop fort…) s’approchait. Me tendant une main fraîche et ferme, il me dit, un large sourire aux lèvres (pulpeuses, les lèvres !) :

« - Robin Séraphin, enchanté de vous rencontrer, Melle Laurrisson.
- Appelez-moi Adèle », fut la seule réponse que je réussis à articuler.

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2 Commentaires pour "Chapitre 2 – La boutique"

  1. Ficelle
    Cathy
    18/05/2009 at 13 h 27 min Liens permanent

    Vive l’intuition féminine !! ;-)

  2. Ficelle
    La Mère Joie
    17/07/2009 at 17 h 06 min Liens permanent

    C’est mon avis, mon humble avis mais je supprimerais des formules telles que « Oui, je sais, c’est naze et régressif ! », « C’est dire » ou « Bon ». Pour moi, ça coupe le rythme et ça sent le blog moins le roman. Je trouve la description du couple un peu longue par rapport au reste.
    Mais on a envie de savoir vite la suite ! ;-)

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