Chapitre 12 – Migraine

salle de bainCrédit: Linternaute

Derrière mes paupières fermées, je ne vis que le noir. Le noir de la nuit? Celui du ciel noirci par la tempête? Immédiatement, je me remémorai les heures sombres que je venais de vivre… Combien de temps étais-je restée inconsciente? Aucune idée. Faisant glisser mes doigts sur les draps autour de moi, je devinai être à nouveau couchée sur mon lit. Dans cette chambre que je voulais, le matin même, quitter le plus rapidement possible. Cette chambre qui n’était pas sûre. Cette chambre d’où partait ce mystérieux passage.

Le cauchemar dans lequel j’étais plongée depuis la veille au soir était sur le point de s’achever.

J’ouvris les yeux. La pièce était plongée dans la pénombre. La lumière filtrait à travers les rideaux tirés. Une lumière grise et froide, celle de l’orage. Cela ne devait pas faire des lustres que je m’étais évanouie. Peut-être est-il à peine midi… Peut-être même un peu plus tôt encore. Quand je voulus me relever, ma tête me parut lourde et vide. Un peu comme un… médecine ball. Ce gros truc ballon qu’on nous forçait faisait manipuler au collège. Je me redressai complètement, rassurée sur le fait que le cauchemar dans lequel j’étais plongée depuis la veille au soir était sur le point de s’achever. La police devait déjà être prévenue. Peut-être même les forces de l’ordre étaient-elles parvenues à accéder jusqu’à Ploubelle-île.

Je me levai tout à fait, prenant appui sur le cadre du baldaquin, la migraine affreuse qui s’éveillait sous mon crâne m’empêchant de sauter à terre. Esquissant un mouvement vers la porte, je me dirigeai finalement vers la salle de bain, espérant n’avoir pas encore empaquetée ma trousse de toilette. C’était bien mon style… Tout laisser trainer. Et en effet, elle était bien là, à m’attendre gentiment sur le rebord du lavabo. J’en sortis une plaquette de médicaments contre les douleurs menstruelles le mal de tête. En avalai deux d’un coup et ressortis de la petite pièce. A la porte soudain, je tendis l’oreille, certaine d’avoir perçu un chuchotis de l’autre côté du chambranle. Posant la main délicatement sur la poignée, je la tirai ensuite vers moi. En vain. Je réessayai un peu plus fort. Sans plus de succès. La porte était fermée.

Agacée d’abord, puis sentant la colère monter en moi, je cognai sur le bois ancien et appelai (sans trop d’espoir tant je me doutai de ce que serait la réponse): « Ouvrez-moi! La porte est fermée! Ouvrez-moi! » Mais le silence se fit de l’autre côté du mur. Plus un bruit. Plusieurs secondes s’écoulèrent sans que j’entendis le moindre murmure. Puis une voix mal assurée s’éleva: « Adèle, tu ne peux pas sortir pour l’instant. C’est pour ta sécurité… Ne… ne m’en veux pas ». C’était la voix de Julien. « Julien, ouvre cette porte toute suite! Hurlai-je. Je ne peux pas rester dans cette chambre. Tu dois me libérer, Julien! Sinon… » Sinon quoi? Je n’avais aucun argument à y accoler. J’étais seule, sans soutien, sans défense. Robin? Où était-il? Savait-il que j’étais là, enfermée dans cette maudite pièce…?

Enfermée? Enfermée… Je me tus. Il fallait que je vérifie. M’élançant vers le pan de mur amovible, à quelques pas de la porte d’entrée, je vérifiai qu’il pivotait toujours. L’ouverture se dessina immédiatement, laissant libre un mince passage par lequel je m’engouffrai, sans réfléchir. Je refermai le pan derrière moi – une tentative sans doute vaine de camoufler ma fuite. Descendant à toute vitesse les escaliers découverts la veille, je me dirigeais à tâtons dans le noir total. Mais cela ne me faisait plus peur. Je préférais être là, dans cet ailleurs sombre et déjà familier, que dans ma chambre, à la merci de mes… geôliers.

« Vous êtes le bienvenu ici, Andreï. Le personnel et toute la famille sont bien sûr à votre disposition pour toute la durée de votre séjour. »

A hauteur du salon, je tendis l’oreille. Je perçus immédiatement plusieurs voix, que je n’identifiai pas de prime abord. Je pris le risque insensé d’entrouvrir le passage. D’un coup, je fus aux premières loges pour écouter la conversation, dont je ne pouvais en revanche voir les interlocuteurs: « Vous êtes le bienvenu ici, Andreï. Le personnel et toute la famille sont bien sûr à votre disposition pour toute la durée de votre séjour. D’ici la fin de la tempête, vous pouvez loger au manoir. Ce sera plus confortable pour vous et vos amis. Ce sont d’ailleurs les consignes de mon père. » C’était la voix de Robin. Elle était ferme, mais amicale. Aucune trace d’urgence ou d’amertume dans cette voix-là. « Je vais faire prévenir votre capitaine. Vos bagages seront déchargés au plus vite, monsieur Komenko. Votre personnel pourra, cela va sans dire, s’installer dans les dépendances. » C’était Alex cette fois. Presque obséquieux.

Je refermai le pan de mur, le plus doucement possible pour ne pas attirer l’attention. Me retrouvant dans le noir complet à nouveau, mon cerveau s’emballa en conjectures multiples.  Ce petit travail de méninges commençaient peu ou prou à devenir mon nouveau sport quotidien. La police n’était donc pas là. Mais ce fameux Komenko, lui, oui. Comment avait-il pu arriver sur l’île par ce temps? Mystère. Etait-il au courant du meurtre? Rien n’était moins sûr. Et pourquoi les frères avaient-ils tenu à m’écarter? Cela en revanche semblait évident: j’étais gênante. Présente au moment de la découverte du corps du paternel, j’aurais sans doute créer quelques complications au moment du débarquement de ce mystérieux client. Oui, sans le moindre doute, ne me serais-je pas effacée gentiment, comme ces employés froidement efficaces et dévoués que devaient être Annick et Maxime. J’étais si choquée, qu’ils avaient dû juger préférable de ne pas me présenter à ce Komenko. Ou même me laisser libre d’aller et venir. Tout cela était bien brumeux et effrayant… Qu’allais-je donc pouvoir faire maintenant? Je n’avais confiance en personne, même plus en Robin, qui devait être complice de mon enfermement – voire même son ordonnateur. Julien et Alex était sans nul doute dans la combine. Restait Jean et… Blanche. Etait-ce elle la meurtrière de monsieur Séraphin, comme l’avait laissé entendre Alex?! Elle était peut-être froide et calculatrice, mais elle avait l’air de faire une belle équipe avait son futur époux. Je ne savais que penser.

Alors que les voix s’éloignaient côté salon, je perçus d’infimes bruissements côté passage. L’endroit devait être infesté d’insectes, ou même de rongeurs… Brr. Quelle horreur. Soudain, mon cœur cessa de battre. Une main se referma durement sur mon avant-bras gauche.

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6 Commentaires pour "Chapitre 12 – Migraine"

  1. Ficelle
    Matthieu
    10/05/2009 at 14 h 37 min Liens permanent

    Ce premier com’ pour souhaiter la bienvenue dans la blogosphère à ce nouveau blog made in Ficelle! Et bonne chance pour l’écriture des chapitres à venir…

  2. Ficelle
    camille
    10/05/2009 at 16 h 25 min Liens permanent

    ouuuuuuuuuuuuuuuuu!!!la suite!!!!!!!!!!!!!
    ce nouveau blog est parfait et super lisible!!!
    bisous

  3. Ficelle
    Ficelle
    10/05/2009 at 16 h 47 min Liens permanent

    Merci ! Merci les amis, pour ce dépucelage bloguesque ! J’espère que le contenu sera à la hauteur du contenant…

  4. Ficelle
    delphine
    10/05/2009 at 18 h 08 min Liens permanent

    ouh la la!!!! ça commence à s’officialiser….et ressembler de plus en plus à vrai un livre!! En tout cas je reste super fan!!!! Merciiiiiii
    bises.

  5. Ficelle
    miss lee
    12/05/2009 at 22 h 11 min Liens permanent

    j’adorr! quelle classe ce blog… et maintenant qu’on ma demandé une fois mon avis sur la suite, et bien je vais pas me priver de continuer : la main sur la bouche c’est le jeune alex qui la monte contre robin, alors qu’en fait robin et bien il lui veut pas de mal bien au contraire..
    juste une chose ficelle : j’aime pas le passé simple et le participe présent… ça fait club des 5, stp fais qqchose!

  6. Ficelle
    Ficelle
    13/05/2009 at 11 h 48 min Liens permanent

    ouais mais là, si je passe au présent, ça va faire un peu zarbi… alors désolée, mais c’est comme ça! il est bien, hein, ce nouveau blog! Je peux le dire parce que c’est pas moi qui l’ai fait toute seule, tu penses bien… merci à l’ami Pierrot (On est mal – lien sur le blog de Ficelle et Boulotte).

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