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Les rideaux tournoyaient autour des fenêtres, toutes les deux entrouvertes. Leur épais lainage cendre virevoltant dans la pièce, donnait à la scène un caractère plus lugubre encore. Nous ne réagîmes pas immédiatement. Au bout de trois ou quatre longues secondes, Robin s’avança d’un pas lourd et brusque vers son père immobile, le visage livide rejeté en arrière, à moitié couvert de sang rouge sombre, visiblement déjà coagulé. N’osant pas le toucher, Robin tourna autour du fauteuil, les yeux rivés sur le cadavre – le doute n’était franchement pas de mise quand à notre capacité à le réanimer…
Quant à moi, mon cœur s’était arrêté en entrant dans la pièce et le bougre mettait du temps à redémarrer.
Nous n’esquissâmes même pas un geste en ce sens. Il sembla évaluer la situation, peut-être les causes de cette mort aussi brutale qu’incroyable. Quant à moi, mon cœur s’était arrêté en entrant dans la pièce et le bougre mettait du temps à redémarrer. Bientôt, je criai de façon presque inaudible, pour moi seule. Façon de vérifier que j’étais pour ma part toujours en vie.
Puis, je repris mes esprits. Et m’écriai: « Robin, est-il… Est-il mort? » Il ne répondit à cette question réthorique, puis, se précipitant vers la porte en me bousculant presque, il sortit. Puis rentra à nouveau et me prit par l’épaule, me tirant vers l’extérieur. « Ne restez pas là enfin, Adèle. Venez. » Sur le pallier, alors que, tremblante, perplexe et effrayée, je me tenais à côté de lui, il déverrouilla le clavier de son portable et, tournant sur lui-même, très agité, il finit par dire: « Jean, c’est moi. Descends, on a un très gros problème. » Sa voix était saccadée, son ton plus grave que d’ordinaire, mais je ne sentis dans cette simple phrase aucune de trace de peur ou de chagrin.
Je le regardai avec des yeux ronds, infoutue de capter ce qui était en train de se passer. Très choquée, je cherchai en vain une once de tristesse ou de panique sur son visage, en vain. Son comportement était incompréhensible. A mesure que montait mon angoisse et ma colère, mes larmes commencèrent à couler, sans que vraiment je ne m’en aperçus. « Mais Robin enfin, que se passe-t-il? Je ne comprends pas… Votre père? Est-il mort… là, dans la pièce? Qu’avez-vous vu? Vous ne l’avez même pas touché… A-t-il reçu quelque chose au viasge…? S’est-il cogné? Fais ça tout seul? Quelqu’un lui a-t-il fait du mal? » Je bégayais, traversées maintenant de sanglots montant par vagues, de plus en plus fortes. Il se tourna vers moi, me prit doucement par les épaules et me souffla: « Adèle, calmez-vous. Oui, mon… père est mort. Sans doute un coup porté au visage. Peut-être un accident. Vous ne devez pas paniquer. Jean arrive… Nous allons… régler ça… Appeler la police. »
Ses yeux, à présent durs et froids, n’exprimaient toujours aucune peine, mais une colère vive.
Mes genoux cotonneux ne me portaient plus, je flanchai. Me portant à moitié jusque sur les marches, Robin s’assis à mes côtés, écarta les cheveux mouillés de larmes collés sur mes joues et continua: « Ne vous en faites pas, ce cauchemar sera bientôt terminé. Nous allons faire fouiller l’île. Nous finirons par trouver le responsable et… il sera arrêté et… puni. » Il avait prononcé ces derniers mots presque sans voix, juste pour lui. Je frissonnai et l’observai encore. Ses yeux, à présent durs et froids, n’exprimaient toujours aucune peine, mais une colère vive. Je ne comprenais pas cette réaction. Et j’osai: « Mais, Robin… Vous n’avez pas l’air surpris ni affecté. Je, je… » N’arrivais pas à mettre des mots sur cette étrange et perturbante réaction. A sa place, j’aurais hurlé, pleuré, me serais peut-être évanoui ou du moins aurait sans doute fini prostrée dans un coin.
Il n’eut pas le temps de répondre que Jean, suivi d’Alex et de Julien, montèrent quatre à quatre les marches du grand escalier. Jean se précipita immédiatement dans le bureau paternel, sans même que Robin ait eu besoin de lui faire le moindre signe. Il en ressorti moins d’une minute plus tard, le visage déterminé et calme. Ces deux-là réagissaient d’une façon vraiment inhumaine. N’éprouvaient-ils aucune peine à perdre leur père? Tels deux rocs, ils ne pensaient déjà qu’à l’après. Les cadets ne furent pas aussi placides. Une fois entré dans la pièce où se trouvait toujours le corps, Alex poussa un cri bref et resta un long moment invisible. Julien ressortit quant à lui illico, les larmes aux yeux. Son regard, interrogateur, scrutait ses deux aînés, en quête d’une réponse, d’une marche à suivre.
« Nous devons absolument cacher cela, commença Jean. Au moins jusqu’au 12. On ne peut pas risquer d’avoir les flics sur le dos en présence de Komenko et de sa clique. » Il parlait à voix basse, souhaitant sans doute que j’en entende le moins possible. « Ils ne pourront pas accoster à cause de la tempête de toute façon, lui rétorqua Robin. Et puis qu’est-ce qu’on leur dira la semaine prochaine, quand le corps sera à moitié décomposé? Non, on n’a pas le choix. On appelle. Et on précise que l’île est inaccessible jusqu’à nouvel ordre. » « On peut le descendre au congélo, hasarda Julien. Annick nous fera un peu de place. » Je hoquetai. Un haut le cœur me contracta le torax. D’une empleur telle que je faillis rendre mon pantaguélique petit déjeuner.
Alex ressortit du bureau à son tour, les yeux rougis. « Qui a fait ça, hurla-t-il? Je vais la buter. C’est elle, c’est forcément cette pute. » Il s’élança dans l’escalier, la rage au ventre et continuant à vociférer des injures. Jean se précipita à sa suite et parvint à le maitriser. « Non, tu restes là. On ne sait pas qui a fait ça. Et puis, de toute façon, personne ne peut quitter l’île. Si c’est elle, elle est prise au piège. Comme nous tous d’ailleurs. » Réprimant un nouveau haut le cœur, je parvins à me redresser et, tanguant franchement sur mes gambettes, je m’adressai aux frères à mi-voix: « On ne peut pas partir, c’est ça. On est coincés ici? Je veux partir Robin, je veux m’en aller… J’ai peur. Je veux partir! » « Non, Adèle, c’est impossible, vous êtes coincée ici, tout comme nous et la personne qui a sans doute commis ce crime. Je sais que c’est difficile pour vous là, tout de suite, mais je suis là. Nous sommes là, vous n’avez rien à craindre. » La panique montait et je ne le croyais plus. Je criai soudain: « Mais Robin, je dois PARTIR, c’est urgent! Ici, ça n’ira pas, je ne serai pas en sécurité, je ne veux pas rester…! » « Vous n’avez pas le choix, Adèle, c’est comme ça. Mais ce ne sera sans doute pas long. L’affaire de quelques jours. » Je sentis la terre tourner, le sol s’affaisser sous moi. Et puis le noir.
Le Feuilleton peut, à ce stade, s’élancer dans plusieurs directions. C’est maintenant à vous de décider. Quelle sera la suite des aventures d’Adèle?
1) Adèle se réveille dans sa chambre. Perdue, elle se rend au rez-de-chaussée, aperçoit Robin trempé par la fenêtre, qui entre et la salue comme s’il ne l’avait pas revue depuis leur entretien parisien.
2) Adèle se réveille dans sa chambre. Elle tente d’en sortir, mais elle est verrouillée. Empruntant le passage, elle descend jusqu’au salon, d’où elle entend des bribes de discussion. Komenko et sa troupe sont déjà là.
3) Adèle se réveille dans un endroit inconnu dont elle ne peut s’échapper. Il s’agit sans doute d’une grotte quelque part sur l’île. C’est Maxime, l’intendant, qui joue les geôliers.
4) Adèle se réveille dans son appartement, à Paris, et tente en vain de contacter les Séraphin. Même Ploubelle-île a disparu de la carte.
Le vote s’est déroulé là. C’est la seconde option qui a remporté le plus de suffrage.
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