Chapitre 1 – L’annonce

Carte

Je pianotais sur mon ordinateur, sautant du site de Marie-Claire Maison au site du magazine Glamour. J’en foutais pas une rame, quoi ! Pas l’ombre d’un boulot en perspective. Pas l’ombre d’un pote à appeler, d’une course à faire. Frigo plein, armoire archi pleine, compte en banque à sec, répertoire… déprimant. A part ma mère ou ma sœur, personne à qui téléphoner.

Bref, le fond du trou.

Sur le chemin de la cuisine, j’aperçus mon reflet dans la glace en pied, installée contre un mur dans l’entrée de mon petit deux-pièces. Quelle horreur ! La mine jaunâtre, les cheveux filasses et ternes, le sweet-shirt déformé, le vieux jogging en polaire pas très frais… Pas étonnant qu’aucun représentant de la gente masculine n’ai eu des velléités à prolonger son passage chez moi au-delà du petit déjeuner réglementaire depuis un bon bout de temps.

« Faut te secouer ma fille », marmonnais-je dans l’écharpe en pilou enturbannée autour de mon cou. Un coup d’œil rapide à mes chaussons Isotoner dont les nœuds s’étaient fait la malle depuis un bail et la coupe fut pleine. Si je n’étais pas déprimée avant (si peu…), là mon compte était bon.

Direction la cuisine, où je mis de l’eau à chauffer, un sachet d’infusion pomme-cannelle dans une tasse ébréchée, le fond (dé)coloré par les décoctions multi-quotidiennes que j’ingérais. Mon regard tomba alors sur les plaques chauffantes aux contours calcinés et, un peu plus haut, sur les étagères ou une dizaine de boîtes en fer multicolores s’entassaient, collantes de graisse de cuisson… Beurk ! S’rait peut-être temps de faire le ménage à fond.

J’étais diplômée depuis cinq mois et m’enfonçais lentement dans la déprime. Cette déprime banale qui suit la fin des études et le saut dans la vie active. Enfin, l’ « après études » puisque, de vie active, il n’était pas (encore) question. Mes copines de fac voulaient toutes être profs. Très peu pour moi, merci au revoir.

« Mais, tu vas faire quoi avec ton diplôme de Lettres modernes ? Secrétaire ? » Très drôle m’man. « Ben, t’as qu’à faire une école de journalisme ! » Nan, ça va aller, p’pa. « T’es intelligente pourtant, pourquoi qu’tu t’es mise dans cette galère ? Pourquoi t’as pas fait Sciences po comme je t’l’avais conseillé, ou HEC ? C’est bien HEC pourtant ! » Euh, mamie, j’te remercie pour le… euh, conseil, j’vais pas faire HEC maintenant, pis le commerce, c’est pas tellement mon truc, tu sais. »

Lettres modernes ! Mais qu’est-ce qui m’avait pris. Stupide ! Pourtant, dans mon malheur (bon, relatif, hein, mon malheur…), j’avais quand même un endroit à moi. Pas besoin d’habiter chez papa-maman… J’avais hérité de ma grand-tante (et oui, ça arrive) un petit appart sous les toits, dans le 18ème arrondissement de Paris, quartier des Abbesses. Pas dégueu, je sais. J’y trainais mon ennui, y usait mes Adidas d’étudiantes ou mes Camper de stagiaires à 300€ par mois, après avoir passé des semaines à envoyer CV/lettres de motivation, sans trop d’espoir. Bon, j’aurais pu devenir caissière ou bosser dans la restauration –je sais, y a pas de sous métiers… Mais le cœur n’y était pas (n’y la nécessité d’ailleurs…).

Je retournai m’affaler dans mon fauteuil de bureau et pianotai à nouveau distraitement sur le clavier de mon ordinateur.

Soudain, surfant d’une page à une autre, je tombai sur le site d’une petite maison d’édition, dont la page d’accueil, ô pincez-moi je rêve, affichait une offre d’emploi. « Recherche éditeur(trice) pour monter une collection de romans adolescents – poste à pourvoir immédiatement – contacter le… » Un numéro de portable, un mail, un nom : « Robin Séraphin ».

Même dans mes rêves les plus fous, une telle opportunité n’existait pas.

Je clignais des yeux, enchantée, incrédule… Le site était toujours là, l’offre idem. Pas une minute à perdre, je cliquai sur l’adresse mail et envoyai en moins de temps qu’il n’en faut pour… réfléchir et faire machine arrière mes références et coordonnées. Sirotant mon infusion, je me baladais ensuite, assez excitée quoique sans trop y croire, sur ce site inconnu. « Ne pas s’emballer, ne pas s’emballer. » Un poste d’éditrice sur le net, diriger une collection… Même dans mes rêves les plus fous, une telle opportunité n’existait pas. On verrait bien, ce Séraphin devait recevoir des dizaines (des centaines ?) de candidatures par jour.

Rebasculant sur ma boîte mail, je tombai en arrêt. Une réponse ? Déjà ?

« Mademoiselle Laurisson,

Je vous remercie de votre candidature. Votre profil nous intéresse. Je serais heureux de pouvoir vous rencontrer pour discuter d’une éventuelle collaboration.

Veuillez m’indiquer vos disponibilités,

Bien cordialement,

R.S.
Directeur général des Editions Séraphin

1, route de la Margebelle, Ploubelle-île »

Ploubelle-île ? Mais où cela pouvait-il bien se trouver. Je n’étais pas trop mauvaise en géographie, mais là, je séchais. Un petit coup d’œil sur Google s’imposait. Rien à la première page, ni à la seconde, ni à la troisième. Au bas de la quatrième page, outre le site de la maison d’édition, je tombais sur la page « tourisme » d’un site ventant les beautés de la Bretagne, qui mentionnait l’îlot de Ploubelle, presque sauvage.

« Accessible en catamaran ou bateau à moteur, Ploubelle-île est un havre de paix, aux criques et falaises à découvrir en été. On peut y déguster des fruits de mer dans les dépendances du manoir de la famille Séraphin, propriétaire des lieux. »

En été ? On ne pouvait donc pas y accéder l’hiver ? Un manoir ? Un îlot ? Dans quelle galère mettais-je encore embarquée… Et l’entretien d’embauche, aurait-il lieu sur place ? Devrais-je travailler sur l’îlot familial ou dans un bureau… ailleurs ? Malgré toutes ces interrogations, poussée par l’envie d’en savoir plus, autant que par la nécessité de décrocher enfin un job intéressant, je m’empressais de répondre au mail de ce Robin Séraphin :

« Monsieur,

Etant libre de toute obligation professionnelle à ce jour, je peux vous rencontrer dès la semaine prochaine, à l’endroit qui vous conviendra.

Bien cordialement… »

A peine dix minutes plus tard, je reçus confirmation de notre rendez-vous, fixé le mardi suivant, à l’heure du déjeuner, dans une grande brasserie parisienne. Rouge d’excitation, je pianotai frénétiquement le numéro de ma sœur.

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6 Commentaires pour "Chapitre 1 – L’annonce"

  1. Ficelle
    Cathy
    18/05/2009 at 13 h 21 min Liens permanent

    Ce premier article donne envie de lire la suite, j’adore le style, c’est très bien écrit (normal pour une journaliste ^^), avec une pointe d’humour!

  2. Ficelle
    Poussinette
    18/05/2009 at 16 h 04 min Liens permanent

    J’adore le premier épisode en tout cas. On dirait moi à tous points de vue!

  3. Ficelle
    La Mère Joie
    17/07/2009 at 17 h 02 min Liens permanent

    La situation est bien posée. Je note que tu as corrigé les mauvais emplois d’imparfait (pas taper ;-) ).
    Pour les parenthèses, je trouve que ton récit gagnerait en force en en supprimant certaines avec le contenu soit en les intégrant directement dans le texte.

  4. Ficelle
    Ficelle
    22/07/2009 at 22 h 23 min Liens permanent

    Merci, merci… J’espère que vous persévérez dans la lecture, héhé…

  5. Ficelle
    Béatrice
    24/08/2009 at 22 h 16 min Liens permanent

    Encore moi …..!!
    Un épisode par soir pour rattraper mon retard (en fait, j’ai lu le chapitre 22, faudrait quand même savoir comment on en est arrivé là !!!)
    @+

  6. Ficelle
    Ficelle
    25/08/2009 at 7 h 57 min Liens permanent

    C’est clair… S’en est passées des choses, héhé… bonne lecture!

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